{"id":1673,"date":"2024-07-18T08:04:41","date_gmt":"2024-07-18T06:04:41","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/le-detachement"},"modified":"2024-10-14T22:29:32","modified_gmt":"2024-10-14T20:29:32","slug":"le-detachement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2024\/07\/18\/le-detachement\/","title":{"rendered":"Le d\u00e9tachement"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Par Alireza Nurbakhsh<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"s3\">L\u2019attachement au monde est un \u00e9tat d\u2019esprit dans lequel on&nbsp;se trouve&nbsp;dans l\u2019incapacit\u00e9 de lib\u00e9rer son attention du fait d\u2019\u00eatre pr\u00e9occup\u00e9 par ses relations, d\u00e9sirs, possessions, peurs, attitudes et opinons.&nbsp;D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le d\u00e9tachement du monde&nbsp;est une disposition par&nbsp;laquelle&nbsp;on peut&nbsp;abandonner ces choses sans remords ni&nbsp;regrets, permettant de voir et d\u2019agir dans le monde sans les distorsions qui d\u00e9rivent de notre inqui\u00e9tude constante pour nos attachements. Un exemple largement r\u00e9pandu d\u2019attachement est notre int\u00e9r\u00eat pour gagner et accumuler de l\u2019argent. Nous avons besoin d\u2019argent pour subvenir&nbsp;\u00e0 nos&nbsp;besoins&nbsp;essentiels&nbsp;et \u00e0&nbsp;ceux qui d\u00e9pendent de nous&nbsp;comme se nourrir, se v\u00eatir et s\u2019abriter. Mais lorsque nous accumulons de l\u2019argent au-del\u00e0 du n\u00e9cessaire&nbsp;en d\u00e9sirant toujours plus et en craignant toujours de le perdre ou de ne pas en avoir assez, nous devenons attach\u00e9s \u00e0 notre richesse avec pour r\u00e9sultat que&nbsp;ces pr\u00e9occupations prennent le contr\u00f4le sur&nbsp;nos pens\u00e9es et notre comportement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"s8\">La plupart des traditions spirituelles ont d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre mis en garde sur les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses li\u00e9es au fait d\u2019\u00eatre attach\u00e9 au monde. Bouddha a enseign\u00e9 que l\u2019attachement conduit \u00e0 la&nbsp;souffrance du fait que&nbsp;beaucoup de choses d\u00e9sir\u00e9es sont hors de notre port\u00e9e et&nbsp;que&nbsp;celles que l\u2019on peut obtenir peuvent changer ou dispara\u00eetre. Ainsi, le d\u00e9tachement du monde, dans le sens de ne plus rien d\u00e9sirer, \u00e9limine la souffrance. Il faut se s\u00e9parer soi-m\u00eame de ses propres&nbsp;d\u00e9sirs pour ne pas \u00eatre bless\u00e9.<a><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"s8\">&nbsp;Dans le&nbsp;Bhagavad&nbsp;Gita, une explication diff\u00e9rente est&nbsp;donn\u00e9econcernant la raison pour laquelle l\u2019attachement au monde est nocif&nbsp;: nos attachements aux fruits de nos actions nous emp\u00eachent d\u2019accomplir nos devoirs dans la vie. Pour qu\u2019un devoir soit proprement r\u00e9alis\u00e9, il faut \u00eatre pleinement engag\u00e9 dans le processus ou dans l\u2019activit\u00e9 en question, pr\u00eater attention \u00e0 ce&nbsp;qui est n\u00e9cessaire&nbsp;dans le pr\u00e9sent&nbsp;et non&nbsp;aux pens\u00e9es de ce qui peut arriver&nbsp;en r\u00e9sultat de nos actions. Par&nbsp;exemple, le devoir d\u2019un enseignant est de se&nbsp;focaliser sur la p\u00e9dagogie. Un bon professeur n\u2019enseigne pas uniquement dans le but d\u2019\u00eatre pay\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"s8\">Le soufisme apprend&nbsp;que l\u2019attachement au monde nous emp\u00eache d\u2019atteindre la v\u00e9rit\u00e9. Les attachements sont comme des voiles recouvrant le visage du Bien Aim\u00e9 ou la rouille sur la surface du miroir du c\u0153ur obscurcissant la vision de la r\u00e9flexion divine. Pour exp\u00e9rimenter la v\u00e9rit\u00e9, on doit \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 s\u2019all\u00e9ger \u00e0 chaque moment de tous les attachements au monde. Cela ne signifie en aucune fa\u00e7on que l\u2019on doive s\u2019isoler ou abandonner tout ce que l\u2019on poss\u00e8de pour exp\u00e9rimenter la v\u00e9rit\u00e9.&nbsp;Poss\u00e9der quelque chose et avoir du confort mat\u00e9riel n\u2019est pas incompatible avec l\u2019\u00e9tat de d\u00e9tachement dans le soufisme. Ce ne sont pas les possessions qui obscurcissent notre vision. Il s\u2019agit plut\u00f4t de notre attachement \u00e0 elles \u2013 le d\u00e9sir de les conserver, la peur de les perdre, l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre satisfait sans elles \u2013 qui forme les voiles. Le d\u00e9tachement n\u00e9cessite de notre part&nbsp;la volont\u00e9 de laisser partir toutes ces pr\u00e9occupations, d\u2019\u00eatre dans un \u00e9tat de pr\u00e9paration \u00e0 tout abandonner \u00e0 tout moment sans regrets&nbsp;ni remords.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"s8\">De prime abord, l\u2019\u00e9tat de d\u00e9tachement tel que d\u00e9crit ci-dessus peut sembler n\u00e9gatif et&nbsp;\u00e9gocentrique. On peut, m\u00eame pour une bonne cause,&nbsp;abandonner ses possessions, d\u00e9sirs&nbsp;et relations mais se faisant accabler les autres pour s\u2019all\u00e9ger soi-m\u00eame. Par exemple, un homme qui abandonne sa femme et ses enfants pour poursuivre une vie de solitude et de m\u00e9ditation peut cr\u00e9er de la souffrance consid\u00e9rable et des \u00e9preuves pour sa famille et les autres.&nbsp;Les actions qui sont accomplies pour notre propre&nbsp;int\u00e9r\u00eat et qui causent des pr\u00e9judices ou de la souffrance aux autres sont loin d\u2019\u00eatre positives ou spirituelles, et ne sont pas des exemples de d\u00e9tachement spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"s8\">La connexion \u00e9motionnelle aux autres est une n\u00e9cessit\u00e9 pour chaque&nbsp;individu afin de&nbsp;pouvoir&nbsp;fonctionner sainement dans le monde.&nbsp;Nous avons besoin d\u2019aimer et de prendre soin des autres pour recevoir de l\u2019amour et de l\u2019attention en retour. Une personne qui ne peut&nbsp;cr\u00e9er de&nbsp;relations \u00e9motionnelles avec les autres, et qui&nbsp;se retrouve&nbsp;de ce fait isol\u00e9, se&nbsp;maintient&nbsp;dans un \u00e9tat n\u00e9gatif. Un tel \u00e9tat est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9tachement spirituel, qui demande d\u2019\u00eatre bienveillant envers les autres et en m\u00eame temps pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 abandonner le d\u00e9sir d\u2019obtenir ou d\u2019\u00e9viter un certain r\u00e9sultat, de retenir les choses qui par nature changent ou finalement disparaissent. Si nous ne sommes pas affect\u00e9s par la perte ou la souffrance des autres, nous sommes isol\u00e9s et incapables de donner ou&nbsp;de&nbsp;recevoir la nourriture \u00e9motionnelle qui est une part essentielle de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"s8\">A l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 de la cha\u00eene se trouve l\u2019\u00e9tat dans lequel notre propre accomplissement \u00e9motionnel devient si important qu\u2019il interf\u00e8re avec notre capacit\u00e9 \u00e0 aimer et \u00e0 prendre soin des autres avec abn\u00e9gation. De tels attachements sont souvent&nbsp;destructeurs et&nbsp;peuvent nous conduire \u00e0 blesser ceux que nous aimons. Un exemple d\u2019un tel attachement est celui d\u2019une m\u00e8re qui nuit \u00e0&nbsp;la croissance de son enfant et&nbsp;\u00e0&nbsp;son d\u00e9veloppement en tant qu\u2019individu ind\u00e9pendant&nbsp;parce qu\u2019elle souhaite que l\u2019enfant continue \u00e0 pourvoir \u00e0&nbsp;ses propres besoins \u00e9motionnels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"s8\">Comment le d\u00e9tachement est-il alors possible&nbsp;? Comment peut-on partager de l\u2019affection et de l\u2019int\u00e9r\u00eat mutuels, et \u00eatre pour autant pr\u00eat \u00e0 abandonner nos d\u00e9sirs et nos peurs mat\u00e9riels \u00e0 n\u2019importe quel moment&nbsp;? Comment peut-on \u00eatre spirituellement d\u00e9tach\u00e9s sans provoquer de&nbsp;la&nbsp;souffrance chez les autres&nbsp;? A l\u2019int\u00e9rieur de la tradition soufie, deux&nbsp;exp\u00e9riences fondamentales&nbsp;dans&nbsp;la vie sont des conditions n\u00e9cessaires pour que cette disposition existe. La premi\u00e8re est l\u2019exp\u00e9rience de la nature transitoire de toutes choses, y compris nous-m\u00eame et tous ceux que nous connaissons. Toutes les choses dans le monde sont dans un \u00e9tat de transition et de transformation.&nbsp;Nous savons que le monde existait bien avant notre venue au monde et existera bien apr\u00e8s notre mort. Nous existons seulement pour une courte p\u00e9riode sur l\u2019\u00e9chelle du temps que nous ne pouvons concevoir comme ayant un d\u00e9but et une fin. R\u00e9aliser la nature transitoire de toute chose dans le monde&nbsp;sert \u00e0 nous montrer l\u2019absurdit\u00e9 de penser que l\u2019atteinte de nos d\u00e9sirs mat\u00e9riels est le but ultime de notre existence.&nbsp;C\u2019est de la folie d\u2019\u00eatre attach\u00e9&nbsp;\u00e0&nbsp;une&nbsp;chose dont nous savons pertinemment qu\u2019elle ne restera pas comme nous lesouhaitons et qu\u2019en tout \u00e9tat de cause nous perdrons le jour de notre mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"s8\">La seconde est l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 et de l\u2019unit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019amour. Par cela je ne veux pas dire une exp\u00e9rience au-del\u00e0 de soi de l\u2019infinie nature du temps et de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019espace. Je fais plut\u00f4t allusion \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience en soi de l\u2019intemporalit\u00e9 et de l\u2019absence d\u2019espace&nbsp;dans des moments d\u2019amour intense \u2013 que ce soit l\u2019amour de Dieu, d\u2019un autre \u00eatre humain ou m\u00eame d\u2019un animal. Lorsque dans un \u00e9tat d\u2019amour, nous ne sommes pas captifs de notre perception du temps et de l\u2019espace, nous sommes libres de nos limitations et de nos fronti\u00e8res. C\u2019est dans de tels moments que tous nos attachements deviennent illusoires et que la seule chose qui reste est l\u2019amour lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"s8\">Le paradoxe du d\u00e9tachement est qu\u2019il est seulement possible \u00e0 travers l\u2019amour de quelqu\u2019un ou de quelque chose \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de nous-m\u00eame.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Alireza Nurbakhsh L\u2019attachement au monde est un \u00e9tat d\u2019esprit dans lequel on&nbsp;se trouve&nbsp;dans l\u2019incapacit\u00e9 de lib\u00e9rer son attention du&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":974,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[30],"tags":[],"class_list":["post-1673","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-discours-dr-alireza-nurbakhsh"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/journalsoufi.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/dervich-1.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1673","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1673"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1673\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1863,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1673\/revisions\/1863"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/974"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1673"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1673"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1673"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}