{"id":1475,"date":"2007-01-12T06:36:36","date_gmt":"2007-01-12T06:36:36","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/la-bonte-dun-ami"},"modified":"2013-03-11T09:32:03","modified_gmt":"2013-03-11T09:32:03","slug":"la-bonte-dun-ami","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2007\/01\/12\/la-bonte-dun-ami\/","title":{"rendered":"La bont\u00e9 d&#8217;un ami"},"content":{"rendered":"<p><em>Caroline McCutcheon<\/em><\/p>\n<p>Je sonnai \u00e0 la porte avec peu d&#8217;espoir. j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 sonn\u00e9 \u00e0 plusieurs<br \/>\nportes auparavant et j&#8217;avais toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u, soit parce que je me<br \/>\nrendais compte presque aussit\u00f4t que la personne que je rencontrais<br \/>\nn&#8217;\u00e9tais pas le ma\u00eetre (professeur) que je recherchais, soit, parce que<br \/>\nje me faisais chasser ou renvoyer. J&#8217;avais \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 pour diverses<br \/>\nraisons : je posais trop de questions ; je ne pouvais pas me tenir<br \/>\ntranquille ; j&#8217;avais un temp\u00e9rament impr\u00e9visible ; j&#8217;\u00e9tais querelleur<br \/>\net t\u00eatu. J&#8217;\u00e9tais d\u00e9sob\u00e9issant.<\/p>\n<p>\nMes pr\u00e9c\u00e9dents guides \u00e9taient tous d&#8217;accord au moins sur un point : je n&#8217;\u00e9tais pas un candidat appropri\u00e9 pour la voie spirituelle. Cependant, presque malgr\u00e9 eux ma recherche se poursuivait mais je devenais moins optimiste \u00e0 chaque nouvelle \u00e9tape.Ainsi, je me retrouvais \u00e0 Mahan, \u00e0 trente deux ans \u00e0 frapper \u00e0 la porte d&#8217;un soufi c\u00e9l\u00e8bre tout en m&#8217;attendant \u00e0 \u00eatre refus\u00e9. La porte s&#8217;ouvrit et je fus conduit dans une petite pi\u00e8ce o\u00f9 on me laissa seul. Assis au bord de la fen\u00eatre, j&#8217;entendis un oiseau solitaire chanter dehors dans la cour. Je respirai profond\u00e9ment. A ce moment, il entra dans la pi\u00e8ce et je me levai. Je fus frapp\u00e9 par son \u00e2ge &#8211; il devait avoir au moins soixante dix ans &#8211; sa gravit\u00e9 et la sagesse de son regard. Il me souhaita la bienvenue et d&#8217;un geste, m&#8217;invita \u00e0 m&#8217;asseoir. Nous rest\u00e2mes silencieux pendant un moment et j&#8217;oubliai l&#8217;incessante bataille qui faisait rage dans mon esprit. Je me mis \u00e0 respirer librement tandis que la qui\u00e9tude de son accueil chaleureux remplissait l&#8217;espace vide qui nous s\u00e9parait.Il me demanda  alors : \u00ab Qu&#8217;attendez vous d&#8217;une voie spirituelle ? \u00bb<\/p>\n<p>&#8211; je veux avoir la chance de commencer<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab vous avez d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00bb me dit-il d&#8217;une voix douce. \u00ab Pensez \u00e0 ce que vous avez appris de ceux qui vous ont refus\u00e9 \u00bb<br \/>\nJe ne sais pas comment il l&#8217;avait su ; peut \u00eatre que cela se voyait sur mon visage. J&#8217;eus alors pour la premi\u00e8re fois de vagues sensations d&#8217;espoir. \u00ab j&#8217;ai appris que je n&#8217;\u00e9tais pas apte. Mais je ne pouvais pas arr\u00eater d&#8217;essayer \u00bb\n<\/p>\n<p>\nIl sourit et la pi\u00e8ce s&#8217;illumina. \u00ab vous \u00eates venu au bon endroit \u00bb dit-il tout naturellement ; \u00ab j&#8217;accepte ceux que les autres ont refus\u00e9 ou rejet\u00e9s. \u00bbJ&#8217;eus peur de me mettre \u00e0 pleurer. \u00ab pourquoi ? \u00bb demandai-je, avant de r\u00e9aliser tardivement que j&#8217;aurais d\u00fb me taire.\u00ab Parce que chaque personne a besoin d&#8217;une voie spirituelle. J&#8217;enseigne l&#8217;alphabet de l&#8217;amour \u00e0 quiconque le cherche et je le perfectionne \u00e0 la mesure de ses capacit\u00e9s. La voie la plus courte et la plus lumineuse est la voie directe de ceux qui sont enthousiastes :les soufis. La voie soufie est celle du service, et c&#8217;est pourquoi je vous accepte dans ma voie \u00bb<br \/>\nJe baissai ma t\u00eate en retenant mes larmes. A ce moment l\u00e0, j&#8217;\u00e9tais content de tous les refus ant\u00e9rieurs que j&#8217;avais essuy\u00e9, tous ces faux d\u00e9parts, tous ces espoirs an\u00e9antis. La seule qualit\u00e9 que les autres ma\u00eetres soufis avaient trouv\u00e9 en moi au moment de m&#8217;indiquer la porte \u00e9tait la sinc\u00e9rit\u00e9 de mon enthousiasme. Je savais \u00e0 pr\u00e9sent que j&#8217;avais trouv\u00e9 mon chemin.<br \/>\nAinsi commenc\u00e8rent les vingt cinq ann\u00e9es suivantes de ma vie, ann\u00e9es que je passai au service de Shah N\u00ee&#8217;matullah wali. Je v\u00e9cus dans son entourage \u00e0 Mahan, occupant mes journ\u00e9es \u00e0 entretenir les champs qui entouraient sa maison. Tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 la terre, il aimait l&#8217;agriculture et \u00e9prouvait un grand plaisir \u00e0 voir pousser les plantes. Il communiquait cet enthousiasme \u00e0 tous ses disciples qui travaillaient avec lui.<br \/>\nCe n&#8217;\u00e9tait pas ce \u00e0 quoi je m&#8217;attendais. Les autres ma\u00eetres soufis que j&#8217;avais connu encourageaient leurs disciples \u00e0 se d\u00e9tourner de toute occupation du monde ext\u00e9rieur. Un grand nombre de leurs derviches passait leur temps assis \u00e0 se raconter des histoires tout en buvant du th\u00e9. J&#8217;ai vu des derviches qui se faisaient payer pour jouer de la musique et chanter ou qui pr\u00e9disaient l&#8217;avenir des gens en \u00e9change d&#8217;un repas. Certains mendiaient dans les rues et pronon\u00e7aient des b\u00e9n\u00e9dictions \u00e0 haute voix pour tous ceux qui jetaient quelques pi\u00e8ces dans leur bol de mendiant. Je croyais qu&#8217;\u00eatre sur une voix spirituelle signifiait transcender ce monde et toute pr\u00e9occupation pour nos moyens d&#8217;existence ici-bas. Bien qu&#8217;ayant compris que vivre sans un travail dans la soci\u00e9t\u00e9 ne garantissait pas le moindre progr\u00e8s sur la voie, je continuais \u00e0 imaginer qu&#8217;un ma\u00eetre parfait \u00e9tait celui qui occupait ses moments de loisirs avec le souffle de l&#8217;aspiration, l&#8217;invocation et le souvenir de Dieu. Je ne m&#8217;attendais pas \u00e0 travailler la terre.<br \/>\nShah Ni&#8217;matullah compris tout de suite ma perplexit\u00e9 et apr\u00e8s quelque jours il me demanda : \u00ab Vois tu ce qu&#8217;il est advenu des voies de ceux qui ont utilis\u00e9s le manteau de la pauvret\u00e9 spirituelle pour cacher leur indolente avidit\u00e9 ? Etre spirituellement pauvre c&#8217;est \u00eatre en manque de Dieu et rien d&#8217;autre. Si le soufi attend sa nourriture des autres, il d\u00e9shonore son pacte. Un derviche doit travailler dans le monde au service des autres et ne pas attendre sa nourriture d&#8217;eux. Mais pendant son activit\u00e9 ext\u00e9rieure, il doit s&#8217;efforcer de ne jamais se d\u00e9tourner ne serait ce qu&#8217;un instant de la direction de son souvenir int\u00e9rieur. En faisant cela il restera toujours dans le besoin de Dieu, tout en \u00e9tant sans besoin dans ce monde. \u00bb<br \/>\nIl r\u00e9cita alors spontan\u00e9ment quelques vers de po\u00e9sie afin que nous puissions en profiter.\n<\/p>\n<p>\n<em>\u00d4 ami,<br \/>\nRappelle toi de Dieu abondamment ;<br \/>\nAccomplis le travail int\u00e9rieur<br \/>\ntout en faisant celui qui est ext\u00e9rieur.<\/em><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa bont\u00e9 attentionn\u00e9e, je me sentais tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de ce but. Je me cramponnais \u00e0 ses enseignements sur le souvenir \u00e0 travers toutes les difficult\u00e9s que je rencontrai dans les dix ann\u00e9es qui suivirent. Je d\u00e9testais le travail physique. Je commen\u00e7ais \u00e0 m&#8217;ennuyer et \u00e0 avoir du ressentiment. Je soulignais le grand ou le petit effort des uns et des autres \u00e0 l&#8217;ouvrage, et je m&#8217;empressai de les accuser de ne pas accomplir correctement leur part de travail. Je me trouvai in\u00e9vitablement m\u00eal\u00e9 \u00e0 toutes les disputes et ma voix \u00e9tait la plus \u00e9lev\u00e9e en cas de d\u00e9saccord. Je discutais (int\u00e9rieurement ou ext\u00e9rieurement) tout ce qu&#8217;on me demandais de faire et refusais toute coop\u00e9ration. Je me mettais en col\u00e8re tr\u00e8s rapidement et je n&#8217;avais aucune patience pour ceux qui m&#8217;irritaient. A la fin mes compagnons se lass\u00e8rent de mes interventions syst\u00e9matiques dans leurs affaires, de mon temp\u00e9rament irascible, de mes complaintes et de mes interrogations incessantes.<br \/>\nJ&#8217;\u00e9tais bless\u00e9 par mon impopularit\u00e9, surtout parce qu&#8217;elle confirmait mes propres craintes sur le fait que je n&#8217;\u00e9tais pas digne d&#8217;\u00eatre l\u00e0 en raison de ma mauvaise nature. Mais lorsque j&#8217;observais mon comportement, je ne pouvais bl\u00e2mer mes fr\u00e8res pour leur manque d&#8217;affection \u00e0 mon \u00e9gard. Hormis Shah Ni&#8217;matullah, un seul derviche avait la patience de rester en ma compagnie pendant un long moment. C&#8217;\u00e9tait un vieil homme d&#8217;une grande bont\u00e9 qui avait plusieurs ann\u00e9es d&#8217;exp\u00e9rience. Il me demandait de venir m&#8217;asseoir en sa compagnie \u00e0 la fin de la journ\u00e9e et me parlait du pass\u00e9 en racontant de magnifiques histoires sur son ma\u00eetre bien-aim\u00e9.<br \/>\nIl y en avait une que j&#8217;aimais particuli\u00e8rement. Elle parlait d&#8217;un derviche qui \u00e9tait venu voir Shah Ni&#8217;matullah pour apprendre de lui la science secr\u00e8te de l&#8217;alchimie. Le ma\u00eetre lui demanda ce qu&#8217;il d\u00e9sirait et le derviche r\u00e9pondit : \u00ab j&#8217;ai entendu dire que vous connaissez la science de l&#8217;alchimie ? \u00bb \u00ab oui, nous la connaissons \u00bb r\u00e9pondit le ma\u00eetre. Il donna alors au derviche quelques graines, lui dit d&#8217;aller les planter et de bien veiller sur elles. Le vieux derviche me raconta comment Shah Ni&#8217;matullah avait aid\u00e9 le jeune derviche \u00e0 surveiller les jeunes plantes et d\u00e9crivit avec des d\u00e9tails magnifiques l&#8217;\u00e9norme r\u00e9colte de d\u00e9licieux melons qu&#8217;elles donn\u00e8rent. Apr\u00e8s la vente des melons, Shah Ni&#8217;matullah donna un peu d&#8217;argent au vieil homme et le reste au derviche en lui disant : \u00ab Si tu veux l&#8217;alchimie, continue l&#8217;agriculture. \u00bb<br \/>\nJ&#8217;adorais cette histoire en raison de tout ce qu&#8217;il y avait autour d&#8217;elle. Shah Ni&#8217;matullah n&#8217;avait pas de temps pour l&#8217;\u00e9tude de sciences \u00e9sot\u00e9riques visant \u00e0 obtenir un gain mat\u00e9riel. Il ne s&#8217;int\u00e9ressait pas du tout aux d\u00e9monstrations d&#8217;exploits miraculeux et de pouvoirs charismatiques que les autres ma\u00eetres utilisaient pour attirer les foules et duper les cr\u00e9dules. Il s&#8217;abstenait d&#8217;un tel art du marchandage en disant. \u00ab Notre seule but est l&#8217;alchimie de la pauvret\u00e9 Mohammadienne \u00bb<br \/>\nShah Ni&#8217;matullah croyait que la transformation d&#8217;un individus \u00e9tait seulement possible lorsqu&#8217;il se d\u00e9tournait du march\u00e9 de ce monde et celui de l&#8217;au del\u00e0 en se rendant compte de leur absence totale de valeur. Ayant lui-m\u00eame laiss\u00e9 derri\u00e8re lui tous les mondes, il ne trouvait aucun int\u00e9r\u00eat dans le commerce ambulant de leurs marchandises ; il vivait dans ce monde dans l&#8217;unique but de servir, partageant avec nous tous la bienveillante attention de son souffle vivant, en prenant soin de nous comme les graines de son jardin. La grandeur de sa perfection spirituelle pouvait se voir \u00e0 travers le fait qu&#8217;il \u00e9tait capable de nourrir les graines les plus difficiles \u00e0 faire pousser pour en tirer finalement une r\u00e9colte vari\u00e9e et abondante.<br \/>\nCertains soirs nous avions des r\u00e9unions de sam\u00e2 une forme de rappel dans laquelle on jouait de la musique. Une fois j&#8217;assistais \u00e0 une de ces r\u00e9unions au cours de laquelle quelques derviches jouaient de la fl\u00fbte de roseau et du tambourin. Shah Ni&#8217;matullah \u00e9tait assis face \u00e0 l&#8217;est et nous \u00e9tions assis \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Nous balancions nos t\u00eates au rythme du chant compos\u00e9 avec des mots destin\u00e9s \u00e0 r\u00e9veiller nos c\u0153urs et renforcer notre lien avec l&#8217;Unique dont on se souvenait. Soudain Shah Nimatull\u00e2h se leva et se mit \u00e0 danser. J&#8217;\u00e9tais surpris et je savais que cela \u00e9tait inhabituel. C&#8217;\u00e9tait une danse d&#8217;une beaut\u00e9 majestueuse comme je n&#8217;en avais jamais vu. Il semblait inconscient de tout le monde. Deux proches disciples du ma\u00eetre se lev\u00e8rent et se mirent \u00e0 danser autour de lui. Lorsque la danse s&#8217;arr\u00eatat ainsi que la musique, je remarquai que son visage \u00e9tait baign\u00e9 de larmes.<br \/>\nCe que j&#8217;avais vu me laissa perplexe. Certains ma\u00eetres que j&#8217;avais connu auparavant dansaient r\u00e9guli\u00e8rement et encourageaient leurs disciples \u00e0 en faire autant. J&#8217;avais \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin de certaines s\u00e9ances de danse qui avaient d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s en foire d&#8217;exhibition et de pr\u00e9tentions spirituelles o\u00f9 les gens cherchaient juste \u00e0 se faire valoir au point d&#8217;oublier compl\u00e8tement le but initial de la r\u00e9union. Dans certains ordres les derviches dansaient pour de l&#8217;argent, en simulant des \u00e9tats d&#8217;extase dans le but de procurer de fortes sensations \u00e0 leur public. Parfois leur extase paraissait assez r\u00e9elle mais je m&#8217;interrogeait sur la sinc\u00e9rit\u00e9 qui se trouvait derri\u00e8re de tels spectacles. Ils semblaient d\u00e9pourvus de tout contenu spirituel v\u00e9ritable et me mettaient toujours mal \u00e0 l&#8217;aise.<br \/>\nIncapable de retrouver mon calme, j&#8217;interrogeai le vieux derviche qui m&#8217;avait pris en amiti\u00e9.\n<\/p>\n<p>\n&#8211; Je croyais que Shah Ni&#8217;matullah ne dansait pas au cours du sam\u00e2 ?<\/p>\n<p>&#8211; Il ne danse pas sauf si Dieu le veut r\u00e9pondit mon ami\n<\/p>\n<p>\n&#8211; Mais alors, pourquoi les deux autres ont t-ils dans\u00e9 ?\n<\/p>\n<p>\n&#8211; Eux aussi ne dansent pas sauf s&#8217;IL le veut.\n<\/p>\n<p>\n<br \/>\nLe vieil homme sourit \u00e0 ma question suivante sur les larmes de Shah Ni&#8217;matullah et me r\u00e9pondit : \u00ab On peut danser avec Ni&#8217;matullah mais, qui peut savoir son \u00e9tat ? \u00bb<br \/>\nJe lui demandai ce que je devrais faire si jamais le ma\u00eetre dansait \u00e0 nouveau puisque je ne savais pas si j&#8217;aurai d\u00fb me joindre \u00e0 eux ou non.<br \/>\n&#8211; si Dieu le veut, tu danseras dit il. Et si Ni&#8217;matullah veut que tu partages son \u00e9tat tu pleureras. Autrement, il vaut mieux se tenir tranquille et remercier Dieu pour Sa Bont\u00e9.<br \/>\nBien que j&#8217;aie v\u00e9cu avec lui jusqu&#8217;\u00e0 la fin de sa vie, je n&#8217;ai plus jamais revu Shah Ni&#8217;matullah danser au cours d&#8217;un s\u00e2ma. Je me rendis compte que cela avait \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e8nement extr\u00eamement rare. Il \u00e9vitait le manque de sinc\u00e9rit\u00e9 sous toutes les formes possibles et cela se refl\u00e9tait clairement dans le soufisme qu&#8217;on nous apprenait \u00e0 pratiquer.<br \/>\nJ&#8217;\u00e9tais heureux que nos s\u00e9ances de s\u00e2ma ne comportent pas de nombreux mouvements. J&#8217;avais l&#8217;impression que cela rendait mon rappel de Dieu plus sinc\u00e8re.<br \/>\nJ&#8217;\u00e9tais dans une bataille incessante avec mon Zekr ou rappel. Vu mon temp\u00e9rament ce n&#8217;\u00e9tait pas chose facile. J&#8217;\u00e9tais facilement distrait. Malgr\u00e9 mes d\u00e9fauts manifestes, je ne manquais pas d&#8217;aspiration et m\u00eame si je n&#8217;arrivais pas \u00e0 ma\u00eetriser mon caract\u00e8re de nature difficile, j&#8217;avais une d\u00e9votion sinc\u00e8re pour mon ma\u00eetre. Il m&#8217;appris que le souvenir n&#8217;\u00e9tait pas simplement quelque chose \u00e0 faire \u00e0 un certain moment de la journ\u00e9e ; c&#8217;\u00e9tait une orientation pour toute ma vie. J&#8217;appris qu&#8217;aussi longtemps que j&#8217;oublierais Dieu, je serais \u00e9galement oubli\u00e9 par Lui. Je r\u00e9alisai que ma n\u00e9gligence \u00e9tait un voile dans lequel je m&#8217;\u00e9tais enroul\u00e9, inconscient qu&#8217;il y avait une voie plus claire pour percevoir la R\u00e9alit\u00e9. Petit \u00e0 petit au fil des ans, j&#8217;ai senti ce voile de n\u00e9gligence tomber de mes \u00e9paules<br \/>\nParce que le ma\u00eetre prit ma main et me montra une nouvelle direction dans laquelle tourner mon regard. En regardant dans la qibla de \u2018&#8217; Il n&#8217;y a de Dieu que Dieu \u2018&#8217;, j&#8217;abandonnai l&#8217;adoration de soi, d\u00e9couvrant ainsi la pr\u00e9sence de Dieu dans chacun de mes souffles. Dans chaque inspiration, je d\u00e9couvris un moyen de m&#8217;oublier et, dans chaque expiration j&#8217;affirmai la v\u00e9rit\u00e9 vivante de Son Unit\u00e9.<br \/>\nConnect\u00e9 comme je l&#8217;\u00e9tais \u00e0 mon ma\u00eetre par la corde solide de mon souvenir, il \u00e9tait capable de me ramener \u00e0 tout moment vers cette qibla chaque fois que je m&#8217;en \u00e9loignais, chaque fois que je perdais le rythme de mon souffle et que je m&#8217;emp\u00eatrait \u00e0 nouveau dans les voiles de la n\u00e9gligence et l&#8217;oubli. Lorsque j&#8217;eus confiance en notre connexion et que je d\u00e9couvris la douceur de la vraie adoration, je me rendis compte que le fait de m&#8217;aider \u00e0 me souvenir \u00e9tait le plus grand don que le ma\u00eetre pouvait me faire. Car il m&#8217;avait montr\u00e9 la voie pour acc\u00e9der au tr\u00e9sor de l&#8217;Unit\u00e9 Divine \u00e0 chaque souffle. En comprenant cela, je me mis \u00e0 respirer autrement, avec moins d&#8217;empressement et de tension, vu que je me sentais moins offens\u00e9 par les autres et peu int\u00e9ress\u00e9 par leurs affaires. Tant que je respirais avec mon souvenir il restait peu de choses \u00e0 offenser en moi et je perdis progressivement tout int\u00e9r\u00eat pour les disputes, la m\u00e9disance et les comm\u00e9rages. Chaque t\u00e2che simple que j&#8217;accomplissais auparavant \u00e0 contrec\u0153ur devint pour moi une occasion de me souvenir de mon souffle. A travers le service, je sentis mon souvenir devenir vivant.<br \/>\nApr\u00e8s plusieurs autres ann\u00e9es, je r\u00e9alisai que le souvenir ne me co\u00fbtait plus aucun effort, j&#8217;avais cess\u00e9 de regarder dans les autres directions et arr\u00eat\u00e9 de poser des questions insens\u00e9es. Un jour alors que je m\u00e9ditais sur cette question, j&#8217;eus une sensation croissante de br\u00fblure dans ma poitrine et je compris que la lumi\u00e8re dans mon c\u0153ur \u00e9tait devenue la substance int\u00e9rieure de mon souvenir.<br \/>\nMon ma\u00eetre vint \u00e0 passer \u00e0 ce moment et dit : \u00ab l&#8217;Unit\u00e9 est \u00e0 Dieu, la gnose est \u00e0 nous; et l&#8217;amour est un lien entre Lui et nous \u00bb je compris que la lumi\u00e8re dans mon c\u0153ur \u00e9tait le lieu ou commen\u00e7ait et finissait ce lien et que le souvenir du c\u0153ur \u00e9tait d\u00e9sormais le chemin pour resserrer ce lien jusqu&#8217;\u00e0 ce que, \u00e0 la fin, seul Dieu puisse se souvenir de Lui m\u00eame et que je sois totalement absorb\u00e9 dans Son Souvenir.<br \/>\nAlors que nous \u00e9tions assis ensemble, j&#8217;eus une \u00e9trange sensation. Je me sentis en train d&#8217;\u00eatre attir\u00e9 vers shah Ni&#8217;matullah, je n&#8217;avais plus de limites et j&#8217;\u00e9tais submerg\u00e9 par l&#8217;Oc\u00e9an de L&#8217;Unit\u00e9 qu&#8217;il incarnait. Je ne savais plus o\u00f9 je commen\u00e7ais et o\u00f9 je finissais.<br \/>\nIl me regarda, avec un visage \u00e0 la fois s\u00e9rieux et plein de bont\u00e9, les yeux illumin\u00e9s par une intelligence p\u00e9n\u00e9trante et dit :\n<\/p>\n<p>\n<br \/>\n<em>Si c&#8217;est l&#8217;amour que tu cherches<br \/>\nAlors ne fais aucun cas de toi m\u00eame<br \/>\nSeul l&#8217;amant sans \u2018&#8217;moi&#8221;<br \/>\nConna\u00eet l&#8217;amour<\/em><\/p>\n<p>A partir de ce jour je commen\u00e7ai \u00e0 d\u00e9couvrir que ma voie s&#8217;\u00e9tait \u00e9largie, elle se d\u00e9ployait devant moi \u00e0 travers une \u00e9troite vo\u00fbte de lumi\u00e8re. Ce n&#8217;\u00e9tait plus juste un mince passage de pers\u00e9v\u00e9rance mais elle s&#8217;\u00e9tait \u00e9tendue au point d&#8217;embrasser l&#8217;exp\u00e9rience illimit\u00e9e de l&#8217;Amour Divin. Ma vie qui jusque l\u00e0 avait \u00e9t\u00e9 strictement uni-dimensionnelle (je me battais pour me contr\u00f4ler et retenir mes penchants pour l&#8217;agitation et la r\u00e9crimination) s&#8217;\u00e9tendit aussi \u00e0 mesure que je laissais derri\u00e8re moi la prison de mon \u00eatre limit\u00e9e et que je commen\u00e7ais \u00e0 go\u00fbter \u00e0 la beaut\u00e9 du royaume de l&#8217;Amour et de l&#8217;Unit\u00e9. Vu que j&#8217;avais toujours eu un temp\u00e9rament peu commode et que ma vie avait \u00e9t\u00e9 g\u00e2ch\u00e9e par le d\u00e9go\u00fbt de soi, je ressentis cette expansion nouvelle plus profond\u00e9ment et j&#8217;\u00e9tais incroyablement reconnaissant de cette lib\u00e9ration d&#8217;esprit. J&#8217;\u00e9tais plus que jamais d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 Shah Ni&#8217;matullah qui m&#8217;avait guid\u00e9 depuis la voie du souvenir jusqu&#8217;\u00e0 la porte de l&#8217;Union en me montrant comment \u00e9chapper aux propres cha\u00eenes de mon \u00eatre et me noyer dans l&#8217;Oc\u00e9an de Son Amour.<br \/>\nUn jour un homme instruit arriva d&#8217;une autre ville pour rencontrer Shah Ni&#8217;matullah. La discussion porta sur les d\u00e9finitions de l&#8217;Unit\u00e9 Divine, et le savant demanda celle de Shah Ni&#8217;matullah. Le ma\u00eetre fit une pause et r\u00e9pondit : \u00ab On peut comparer la R\u00e9alit\u00e9 \u00e0 un point. Le cercle produit \u00e0 partir de ce point est issu de son mouvement et de sa manifestation dans le plan de l&#8217;\u00catre. Ainsi l&#8217;unit\u00e9 englobe \u00e0 la fois le point en lui m\u00eame et le point dans son mouvement circulaire, car les manifestations de tous les points proviennent en r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;une Source Unique \u00bb<\/p>\n<p>-Et comment peut on r\u00e9aliser cette Unit\u00e9 ? demanda le savant.<\/p>\n<p>&#8211; En retournant au point o\u00f9 tout a commenc\u00e9 pour nous.<\/p>\n<p>&#8211; Le point o\u00f9 tout a commenc\u00e9 pour nous ? demanda l&#8217;homme plut\u00f4t perplexe.<\/p>\n<p>&#8211; Le point de la premi\u00e8re manifestation du monde ph\u00e9nom\u00e9nal ou mat\u00e9riel. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;est le point de notre retour. Dans notre affirmation de l&#8217;Unit\u00e9, le commencement et la fin deviennent Un, tout comme le m\u00eame point sert de d\u00e9part et d&#8217;arriv\u00e9e pour le cercle, et que le Vrai retourne \u00e0 Lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>J&#8217;essayai de saisir la signification de ces paroles et je m&#8217;assis en remerciant Dieu pour Sa Bont\u00e9.<br \/>\nMalgr\u00e9 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 et la popularit\u00e9 de Shah Ni&#8217;matullah aussi bien aupr\u00e8s de la noblesse que des gens ordinaires, il vivait simplement, sans ostentation. La courtoisie et la dignit\u00e9 avec laquelle il traitait toujours les gens m&#8217;impressionnait. Son comportement \u00e9tait irr\u00e9prochable et ses mani\u00e8res attentionn\u00e9es et pleines de compassion. j&#8217;appr\u00e9ciais particuli\u00e8rement cela vu que je n&#8217;avais pas \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 ainsi auparavant.<br \/>\nA travers son exemple, j&#8217;appris \u00e0 vivre de fa\u00e7on plus apais\u00e9e, en \u00e9tant plus \u00e0 l&#8217;aise avec moi-m\u00eame et avec les autres et j&#8217;ai d\u00e9couvert en moi des r\u00e9serves insoup\u00e7onn\u00e9es de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. J&#8217;ai d\u00e9couvert \u00e0 ma grande surprise une capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre bon et \u00e0 pardonner toutes qualit\u00e9s latentes, enfouies en moi que sa bont\u00e9 m&#8217;avait aid\u00e9 \u00e0 faire ressortir. Je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 \u00eatre gentil avec les autres et j&#8217;ai cess\u00e9 de les voir comme des protagonistes de ma propre guerre int\u00e9rieure. J&#8217;avais toujours eu le sentiment d&#8217;\u00eatre en train de me battre pour \u00e9viter de sombrer, le sentiment d&#8217;\u00eatre dans un combat incessant avec les autres pour survivre dans ce monde. Apr\u00e8s vingt ans de service chez lui, je d\u00e9couvris que j&#8217;avais arr\u00eat\u00e9 de me battre et que je commen\u00e7ais \u00e0 m&#8217;\u00e9panouir en puisant dans une source profonde de joie int\u00e9rieure. Ce genre d&#8217;\u00e9panouissement changea totalement mon opinion sur l&#8217;appartenance \u00e0 une voie d\u00e9di\u00e9e au service. Loin de voir mon service comme un moyen de progresser, je d\u00e9couvris qu&#8217;\u00e0 travers le service je pourrais partager les nouvelles ressources int\u00e9rieures que j&#8217;avais d\u00e9couvert et m&#8217;assurer que cette profusion d&#8217;\u00e9nergie ne soit pas perdue.<br \/>\nLorsque je pense \u00e0 tout ce qu&#8217;il m&#8217;a appris pendant ces ann\u00e9es, je suis frapp\u00e9 par la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de l&#8217;homme qui n&#8217;arr\u00eatait pas de donner \u00e0 tous ceux qui venaient \u00e0 lui. Bien que sa bont\u00e9 et son hospitalit\u00e9 \u00e9taient connus de tous, tout le monde ne connaissait pas la dimension int\u00e9rieure de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Ceci \u00e9tait connu seulement de ceux qui avaient appris sous sa direction et qui apr\u00e8s des ann\u00e9es de soins attentifs \u00e9taient devenus comme moi des fructueux produits de son jardins. Pour ceux qui comprirent \u00e0 quel point ils avaient \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s par \u2018&#8217;l&#8217;alchimie des c\u0153urs&#8221;, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e9tait visible surtout \u00e0 travers sa patience. Sa patience parfaite se lisait dans sa d\u00e9termination \u00e0 enseigner et transformer tous les aspirants que d&#8217;autres ma\u00eetres moins patients avaient renvoy\u00e9s.<br \/>\nJ&#8217;\u00e9tais pr\u00e9sent le jour de son d\u00e9c\u00e8s. C&#8217;\u00e9tait un matin de printemps et la pluie tombait depuis l&#8217;aube. Il \u00e9tait tr\u00e8s \u00e2g\u00e9 et nous nous attendions tous \u00e0 le voir quitter ce monde d&#8217;ici bas. A l&#8217;instant o\u00f9 il rendit son dernier souffle une brise calme et rafra\u00eechissante parcourut toute la maison et tous ceux qui l&#8217;entouraient la ressentirent. M\u00eame avec son dernier souffle, il \u00e9tait tout autant g\u00e9n\u00e9reux.<br \/>\nJe r\u00eavai de lui une nuit peu apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s. Nous marchions ensemble sur un chemin pav\u00e9 de pierres blanches sous un ciel tr\u00e8s d\u00e9gag\u00e9, sans aucun nuage. La sc\u00e8ne avait une sorte de clart\u00e9 parfaite et d&#8217;\u00e9clat virginal. L&#8217;air \u00e9tait clair et pur, le plus pur de tous ceux que j&#8217;avais jamais respir\u00e9. Dans ce calme, seul un oiseau chantait rompant ainsi le silence des pierres blanches. Puis il se mit \u00e0 parler, avec pour seul \u00e9cho le chant de l&#8217;oiseau.<br \/>\n\u2018&#8217;Qu&#8217;as tu appris durant ces ann\u00e9es pass\u00e9es avec moi ?&#8221;<br \/>\nToujours en train de respirer dans cet endroit magnifique, j&#8217;eus de la peine \u00e0 trouver des mots pour r\u00e9pondre. Qu&#8217;ai je appris ? Il y avait toutes sortes de r\u00e9ponses. A la fin je choisis la plus vraie.<br \/>\n\u2018&#8217; j&#8217;ai appris la noblesse de votre service&#8221;<br \/>\nIl resta silencieux pendant un moment, puis du doigt il indiqua en face de nous un d\u00f4me bleu et dor\u00e9 resplendissant dans la clart\u00e9 du jour, et dont la beaut\u00e9 transper\u00e7ait la luminosit\u00e9 du ciel.<br \/>\n\u2018&#8217;Sais tu o\u00f9 nous sommes ?&#8221;<br \/>\nje secouai ma t\u00eate.<br \/>\n\u2018&#8217;Nous sommes dans le lieu de repos de tous les autres qui serviront apr\u00e8s nous. Leur service sera plus noble que le n\u00f4tre.&#8221;<br \/>\nIl s&#8217;agenouilla, ramassa une pierre et me la tendit. Dans la pure clart\u00e9 du jour il n&#8217;y avait aucun sentiment de deuil, pas la moindre trace de sang. Nous avan\u00e7\u00e2mes sur le chemin de pierre en direction du d\u00f4me. Les pierres \u00e9taient tranchantes et me coup\u00e8rent aux pieds. lorsque nous arriv\u00e2mes dans la fra\u00eecheur de l&#8217;int\u00e9rieur du d\u00f4me je retins mon souffle;la vo\u00fbte int\u00e9rieure \u00e9tait une spirale \u00e9blouissante d&#8217;\u00e9toiles tournantes. Lorsque nous fumes au centre le d\u00f4me lui m\u00eame se mit \u00e0 tourner et en regardant dehors je vis que le jour \u00e9clatant avait laiss\u00e9 place \u00e0 la nuit. Entour\u00e9 par l&#8217;univers silencieux sous un d\u00f4me tournant, je r\u00e9alisai que nous \u00e9tions dans le centre spirituel de l&#8217;univers, au c\u0153ur du D\u00f4me de la Gr\u00e2ce. Il prit ma main et fixant ses yeux, je vis qu&#8217;il regardait derri\u00e8re moi la vie de tous ceux qui \u00e9taient partis avant lui et devant moi la vie de tous ceux qui suivront ses pas en perp\u00e9tuant l&#8217;ordre qu&#8217;il avait fond\u00e9.<br \/>\nRevenant \u00e0 moi il me dit,\u2018&#8217; La richesse que Dieu fait tomber pour les amis pauvres est une pluie de b\u00e9n\u00e9diction sans fin. Mes descendants savoureront le go\u00fbt de cette pluie b\u00e9nie. Je leur laisse \u00e0 tous la b\u00e9n\u00e9diction de Son Chemin, la gr\u00e2ce promise \u00e0 ses enfants sur la voie de leur retour. Mes descendants les plus nobles perdront toutes choses pour Lui, puisqu&#8217;ils seront sacrifi\u00e9s sur une voie d&#8217;Amour et de Pauvret\u00e9. Il leur paiera le prix du sang en puisant dans le tr\u00e9sor de Sa Bont\u00e9 infinie. Cette pluie est la richesse que prendront les enfants lorsqu&#8217;ils ouvriront leurs mains pour recevoir leur h\u00e9ritage, un h\u00e9ritage de b\u00e9n\u00e9diction, une pluie de Gr\u00e2ce Universelle&#8221;<br \/>\nAlors qu&#8217;il parlait, une pluie de couleur dor\u00e9e se mit \u00e0 tomber \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du d\u00f4me. Au contact de la pluie les cailloux qui \u00e9taient sous nos pieds devinrent rouge et je me retrouvai nu-pieds sur un tapis de roses. Leur doux parfum emplit l&#8217;air. Je regardai dehors au del\u00e0 du d\u00f4me et je vis le soleil qui se levait au loin \u00e0 l&#8217;horizon. Lorsque le soleil se leva, je vis le chemin que nous avions emprunt\u00e9 pour arriver au d\u00f4me devenir rouge vif d\u00e8s qu&#8217;il fut touch\u00e9 par les premiers rayons du soleil. Je regardai autour de moi et je m&#8217;aper\u00e7us que tous les chemins qui convergeaient vers le cercle o\u00f9 nous \u00e9tions arr\u00eat\u00e9s, \u00e9taient devenus rose avec la lumi\u00e8re de l&#8217;aurore.<br \/>\nPuis le cercle dans lequel nous \u00e9tions debout se mit \u00e0 tourner en harmonie avec le D\u00f4me au dessus, et tous les chemin rouge vif qui menaient \u00e0 nous se mirent aussi \u00e0 tourner entra\u00een\u00e9s par le mouvement de leur point central. A travers la pluie dor\u00e9e, je regardai avec intimidation et respect l&#8217;aube naissante alors qu&#8217;autour de nous les chemins de roses tournaient. Je regardai mon ma\u00eetre avec un air \u00e9merveill\u00e9.<br \/>\nIl sourit et me dit gentiment : \u2018&#8217;Sais tu qui est vraiment Ni&#8217;matullah ? Il est le M\u00e9morial des proph\u00e8tes et des Saints.&#8221;<br \/>\nA l&#8217;ext\u00e9rieur du D\u00f4me j&#8217;entendis une chanson, le chant de tous les noms de tous ceux qui avaient tenu une rose. Lorsque la musique commen\u00e7a, Shah Ni&#8217;matullah leva ses bras et se mit \u00e0 danser, une danse d&#8217;une beaut\u00e9 majestueuse. Il dansait en faisant le tour du cercle int\u00e9rieur du D\u00f4me. Je le suivis, levant mes bras pour me baigner dans la lumi\u00e8re qui descendait dans le d\u00f4me. Pendant que nous dansions je me sentis entra\u00een\u00e9 d&#8217;une fa\u00e7on indescriptible. La pluie devenait \u00e0 pr\u00e9sent rouge, nous dansions \u00e0 travers une pluie de fleurs rouge vif. Nous dans\u00e2mes pour tous ceux qui \u00e9taient honor\u00e9s dans la chanson, pour tous ceux qui avaient dans\u00e9 pour Lui, pour tous les danseurs \u00e0 venir. Nous dans\u00e2mes en souvenir du mariage de Mansour, qui avait accomplis la danse de l&#8217;amour v\u00e9ritable ; nous dans\u00e2mes comme des amants dont la vie ne peut \u00eatre ni\u00e9e, nous continu\u00e2mes avec la danse de tous ceux qui \u00e9taient morts. Nous dans\u00e2mes pour tous les aspirants des ann\u00e9es \u00e0 venir qui danseront dans le souvenir et recevront cette abondance de gr\u00e2ce. Mon visage \u00e9tait baign\u00e9 de larmes pendant que nous dansions, je pleurais sans retenue, des larmes pour le pur qui \u00e9tait mort pour leurs roses, des larmes pour le pauvre qui dansera pour la pluie. Des larmes de remerciement pour la bont\u00e9 d&#8217;Allah.<br \/>\nLorsque la musique cessa, Shah Ni&#8217;matullahi vint se reposer au centre du D\u00f4me. Il me tendit une rose qu&#8217;il tenait. J&#8217;h\u00e9sitai, ne sachant pas si je pouvais l&#8217;accepter vu que je n&#8217;avais rien fait dans ma vie pour la m\u00e9riter.<br \/>\n\u2018&#8217;Garde-l\u00e0 en souvenir&#8221; me dit-il simplement. Je pris la rose et la gardai dans la main. Je pensai \u00e0 l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 je l&#8217;avais pas encore rencontr\u00e9, les ann\u00e9es de d\u00e9sespoir. Je pensai aux ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 son service, les ann\u00e9es d&#8217;efforts et de douceur. Je pensai \u00e0 ma vie actuelle, si remplie de la chaleur de son souvenir que je n&#8217;aurai pas pu acqu\u00e9rir seul.<br \/>\nJe regardai la pierre dans mon autre main, elle \u00e9tait devenue un diamant \u00e0 la puret\u00e9 \u00e9clatante. Je lui montrai le diamant \u00e0 travers la pluie rouge et il sentit ma gratitude car j&#8217;\u00e9tais sur le point de parler. Alors qu&#8217;il m&#8217;embrassait, je me r\u00e9veillai.<br \/>\nLe matin suivant ce r\u00eave, je pleurai de gratitude pendant des heures, heureux de l&#8217;avoir connu. Car dans sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, il n&#8217;avait pas rejet\u00e9 une pierre laide mais il m&#8217;avait plut\u00f4t pris dans ses mains avec tendresse et avait fait de moi un bijou qui pourrait refl\u00e9ter la beaut\u00e9 de sa gr\u00e2ce.<br \/>\nJ&#8217;ai \u00e9crit cette histoire pour essayer d&#8217;expliquer un peu aux autres ce que ressent une pierre ordinaire touch\u00e9e par l&#8217;alchimie de son regard. C&#8217;est aussi pour d\u00e9crire ce qu&#8217;on ressent lorsqu&#8217;on met le pied sur une voie de pauvret\u00e9 spirituelle en suivant les pas de ceux dont le service \u00e9tait plus noble que le mien et, en acceptant \u00e0 bras ouverts l&#8217;infinie bont\u00e9 d&#8217;un Ami.\n<\/p>\n<p>\n<br \/>\n<em><br \/>\nTraduit du magazine SUFI n\u00b021 Printemps 1994, P.21<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Caroline McCutcheon Je sonnai \u00e0 la porte avec peu d&#8217;espoir. j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 sonn\u00e9 \u00e0 plusieurs portes auparavant et j&#8217;avais toujours&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-1475","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1475","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1475"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1475\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1475"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1475"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1475"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}