{"id":1471,"date":"2004-05-01T22:44:20","date_gmt":"2004-05-01T22:44:20","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/qui-sommes-nous"},"modified":"2013-03-11T09:32:03","modified_gmt":"2013-03-11T09:32:03","slug":"qui-sommes-nous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2004\/05\/01\/qui-sommes-nous\/","title":{"rendered":"Qui sommes-nous?"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019alchimie de la voie par Jeffrey Rothschild<br \/>\n(SUFI Mag n\u00b0 49 printemps 2001 )<br \/>Je roulais sur la L.I.E \u00e0 quinze kilom\u00e8tres &#8211; heure au-dessus de la vitesse habituelle ici ( laquelle est d\u00e9j\u00e0 vingt-cinq kilom\u00e8tres &#8211; heure au-dessus de la vitesse autoris\u00e9e ) car j\u2019\u00e9tais en retard \u00e0 la r\u00e9union du dimanche soir qui avait lieu \u00e0 la maison des soufis de Manhattan. La L.I.E, pour ceux qui ne connaissent pas New-York, signifie la Long Island Expressway, une grosse autoroute \u00e0 plusieurs voies allant vers l\u2019est, partant du tunnel du Queens- centre ville de Manhattan jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oc\u00e9an Atlantique au bout de long Island.<br \/>\nDevant moi sur la voie de gauche roulait un S.U.V ( utilitaire ou 4-4 ?), un \u00e9norme bouffeur d\u2019essence, monstruosit\u00e9 \u00e9go\u00efste dont la pr\u00e9dominance sur les routes Am\u00e9ricaines m\u2019a conduit \u00e0 l\u2019appeler la moisissure (fungus). Une blonde d\u00e9color\u00e9e proche de la trentaine conduisait cette moisissure-l\u00e0 \u00e0 soixante-cinq kilom\u00e8tres \u2013 heure \u00e0 peine, inconsciente ou indiff\u00e9rente au fait qu\u2019elle \u00e9tait sur la voie la plus rapide bloquant cinq ou six voitures  \u00e0 la queue derri\u00e8re elle et bavardant tranquillement sur son portable qui semblait greff\u00e9 \u00e0 son oreille. (Au- moins, elle n\u2019\u00e9tait pas en train de se remaquiller  comme je l\u2019avais vu la fois pr\u00e9c\u00e9dente.) En me pla\u00e7ant sur la voie du milieu pour la d\u00e9passer, je contenais une envie irr\u00e9sistible de la klaxonner et de lui faire un bras d\u2019honneur. Seul le fait d\u2019\u00eatre sur le chemin de la r\u00e9union soufie m\u2019arr\u00eata.<br \/>\nJe me frayai un passage par la voie de droite rest\u00e9e libre et soi-disant r\u00e9serv\u00e9e aux v\u00e9hicules lents car je remarquais sur la voie du milieu un Trans-Am ( bus ou voiture ?) rouge sang (fire-red Trans-Am) collant une BMW noire de Jais conduite par un cadre bavardant \u00e9galement sur son portable, indiff\u00e9rent \u00e0 tout et \u00e0 tout le monde autour de lui. \u00c0 travers les vitres teint\u00e9es du Trans-Am, on pouvait voir le conducteur ag\u00e9 d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es insulter copieusement et furieusement son homologue de la BMW.<br \/>\nL\u2019espace d\u2019un instant, je crus qu\u2019il heurterait l\u2019arri\u00e8re de la BMW qui n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019\u00e0 quelques centim\u00e8tres maintenant. Puis il se laissa distancer et donna un violent coup de volant \u00e0 droite se retrouvant ainsi sur ma voie sans vraiment regarder, me fr\u00f4lant et m\u2019obligeant \u00e0 piler pour \u00e9viter un accident. Assembl\u00e9e soufie ou pas, cette fois je ne pouvais plus me contr\u00f4ler; apr\u00e8s avoir klaxonn\u00e9, je sortis mon bras par la fen\u00eatre et lui fit un bras d\u2019honneur. Mais trop occup\u00e9 \u00e0 man\u0153uvrer pour retrouver la voie du milieu, ( certainement \u00e0 la recherche d\u2019une revanche sur le conducteur de la BMW) il ne remarqua pas mon geste.<br \/>\nEn arrivant \u00e0 la maison des soufis, j\u2019\u00e9tais dans un terrible \u00e9tat. Je descendis la onzi\u00e8me rue sans trouver de place ; je sentais mon \u00e9tat empirer. Sur la Greenwich Avenue, alors que je ralentissais et regardais autour de moi, un taxi surgi de nulle part faillit me percuter. Je me mis sur le c\u00f4t\u00e9 pour me calmer quand j\u2019aper\u00e7us une place libre une rue plus loin. Soudain, deux voitures se pr\u00e9cipit\u00e8rent et tent\u00e8rent de s\u2019y garer en m\u00eame temps. En un \u00e9clair, les deux conducteurs sortirent de leurs v\u00e9hicules, s\u2019invectiv\u00e8rent nez \u00e0 nez pour presque en venir aux mains. Une journ\u00e9e banale dans une grande ville\u2026<br \/>\nPlus tard, cette nuit-l\u00e0, lorsque je revoyais les \u00e9v\u00e8nements de la journ\u00e9e, surtout le parcours New-Yorkais, je me demandai comment des gens raisonnables pouvaient encore douter de l\u2019existence de Dieu. Selon la science moderne, l\u2019Homo sapiens, le dernier sp\u00e9cimen d\u2019\u00eatre humain, est apparu, il y a cinq cent mille ans. Comment expliquer que nous, les humains, si \u00e9go\u00efstes, ignorants, cupides, violents et vindicatifs, avons pu survivre sans la mis\u00e9ricorde et la gr\u00e2ce d\u2019un \u00eatre supr\u00eame qui nous prot\u00e9gea malgr\u00e9 nous tout ce temps. Sans cela, nous nous serions d\u00e9j\u00e0 auto- d\u00e9truits depuis des milliers d\u2019ann\u00e9es.<br \/>\nLa v\u00e9rit\u00e9, bien s\u00fbr, est que cette observation est n\u00e9e de la col\u00e8re et du d\u00e9go\u00fbt que m\u2019inspire mon compagnon humain ainsi que la plus grande partie de moi-m\u00eame lorsqu\u2019ils exhibent des caract\u00e9ristiques aussi affreuses. Ceci toutefois, me conduit \u00e0 un autre constat v\u00e9ritable et pr\u00e9cieux : Que la pr\u00e9dominance de  ces caract\u00e9ristiques n\u00e9gatives chez l\u2019homme moderne ne constituent pas une manifestation inh\u00e9rente \u00e0 notre nature humaine mais plut\u00f4t \u00e0 la civilisation elle- m\u00eame. Nous ne sommes pas du tout \u00e9go\u00efstes, ignorants, cupides, violents et vindicatifs par nature mais nous avons plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 construits de cette fa\u00e7on par la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons, par la civilisation moderne : \u00ab Une civilisation qui d\u2019un point de vue ext\u00e9rieur hisse les \u00eatres humains vers les plus hauts sommets et qui dans le m\u00eame temps rabaissent leurs qualit\u00e9s int\u00e9rieures \u00e0 un niveau inf\u00e9rieur \u00e0 celui des animaux. \u00bb (Nurbakhsh 1996, p 14 )<br \/>\nPour comprendre pourquoi il en est ainsi, consid\u00e9rons ce que la vie a \u00e9t\u00e9, il y a de cela un million d\u2019ann\u00e9es. Pr\u00e9sumons donc que les \u00eatres humains de cette \u00e9poque n\u2019\u00e9taient en fait pas si diff\u00e9rents de ceux d\u2019aujourd\u2019hui. Comment les gens auraient pu se lier et s\u2019assister mutuellement en \u00e9tant \u00e9go\u00efstes et obtus ? Un \u00eatre humain accompagn\u00e9 uniquement par son partenaire et des enfants n\u2019aurait eu que cette famille sur laquelle compter. R\u00e9alisons quelle charge extraordinaire \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 d\u2019essayer de survivre, surtout la nuit, quand il \u00e9tait indispensable de rester \u00e9veill\u00e9 et d\u2019entretenir un feu jusqu\u2019au petit jour par exemple. Une communaut\u00e9 de vingt ou trente personnes aurait all\u00e9g\u00e9 cette charge en ex\u00e9cutant cette t\u00e2che \u00e0 tour de r\u00f4le nuits apr\u00e8s nuits.<br \/>\nIl en aurait \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour les repas, la chasse, l\u2019agriculture, la construction et pour une multitude d\u2019autres t\u00e2ches essentielles. Les \u00eatres humains seuls ou isol\u00e9s en familles mononucl\u00e9aires en raison de leur \u00e9go\u00efsme et de leur peur n\u2019auraient jamais surv\u00e9cu dans les conditions rudimentaires qui pr\u00e9valaient, il y a des centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es. Sans m\u00eame parler de d\u00e9veloppement, survivre dans de telles conditions,  n\u2019eut \u00e9t\u00e9 possible que si les \u00eatres humains eurent \u00e9t\u00e9 capables de partage, de don de soi, d\u2019ouverture et de pr\u00e9venance envers les autres.<br \/>\nVoil\u00e0 pourquoi le docteur Javad Nurbakhsh, ( ma\u00eetre soufi de l\u2019ordre Nimatollahi) d\u00e9crit dans ses \u00e9crits sur la nature de la chevalerie (jaw\u00e2nmard\u00ee) : \u00ab Bienveillance, don de soi, d\u00e9votion, aide aux plus d\u00e9munis et aux plus faibles et bont\u00e9 envers tous les \u00eatres vivants. \u00bb ( 1996, p 13 ) Nous pouvons lire cela comme une r\u00e9f\u00e9rence, un but futur vers lequel on tend et que nous nous effor\u00e7ons de r\u00e9aliser. Mais cela peut \u00e9galement faire r\u00e9f\u00e9rence au pass\u00e9, \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure originelle de chaque \u00eatre humain.<br \/>\nMalheureusement, au fur et \u00e0 mesure que le mill\u00e9naire passait, que la soci\u00e9t\u00e9 se complexifiait, ces nobles qualit\u00e9s commenc\u00e8rent \u00e0 s\u2019effacer au profit de caract\u00e9ristiques plus n\u00e9gatives que nous connaissons trop bien aujourd\u2019hui. Toutefois,  je voudrais sugg\u00e9rer que l\u2019objectif de nombreuses voies spirituelles qui sont apparues et qui ont \u00e9volu\u00e9 au cours de l\u2019histoire humaine, a \u00e9t\u00e9 d\u2019affronter cet \u00e9tat des choses : de retrouver et de r\u00e9veiller ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu, cette nature primordiale en grande partie oubli\u00e9e maintenant, qui caract\u00e9rise vraiment les \u00eatres humains cr\u00e9\u00e9s qu\u2019ils sont \u00e0 l\u2019image de Dieu. Une certaine alchimie de la voie.<br \/>\nPour ceux qui sont sur la voie spirituelle aujourd\u2019hui, le probl\u00e8me est de savoir comment se lib\u00e9rer soi m\u00eame des influences n\u00e9gatives de la civilisation moderne quand tout dans cette civilisation encourage et r\u00e9compense l\u2019\u00e9go, renfor\u00e7ant les attitudes que nous cherchons justement \u00e0 \u00e9liminer. Suivre une voie spirituelle a toujours \u00e9t\u00e9 difficile car jamais auparavant les influences n\u00e9gatives d\u2019une civilisation n\u2019ont \u00e9t\u00e9 aussi puissantes, aussi totalement renfermante ( all-encompassing) qu\u2019actuellement, s\u2019immis\u00e7ant insidieusement dans chaque aspect de la vie et de l\u2019exp\u00e9rience humaine, empoisonnant la spiritualit\u00e9 elle-m\u00eame. De plus par le pass\u00e9, m\u00eame si la soci\u00e9t\u00e9 ne pouvait pas adopter ceux qui suivaient une voie spirituelle, un certain nombre de soutiens culturels et une reconnaissance existaient pour les assister : Maintenant, m\u00eame cette assistance minimum est d\u00e9faillante. Dans le monde moderne, ceux qui veulent pratiquer le don de soi, la consid\u00e9ration et  la bont\u00e9 envers les autres, l\u2019aide aux pauvres et aux exclus sont v\u00e9cus au mieux comme des niais (suckers) au pire comme des cibles (targets).<br \/>\nLes disciples sinc\u00e8res de la voie spirituelle savent que ces choses vont de pair : La voie est pour la plus part une course solitaire et l\u2019a toujours \u00e9t\u00e9. Mais la prise en compte de cette r\u00e9alit\u00e9 ne rend pas la voie plus facile \u00e0 suivre pour autant.<br \/>\nAlors que faire ?<br \/>\nBien que ce soit dur \u00e0 accepter, la r\u00e9ponse est, je pr\u00e9sume : Rien. Les choses de la vie sont sur la voie spirituelles certainement ce que Dieu veut qu\u2019elles soient.<br \/>\nReste \u00e0 savoir si la soci\u00e9t\u00e9 et la civilisation elle-m\u00eame, voudront un jour changer, de fa\u00e7on \u00e0 nous faire red\u00e9couvrir plus facilement notre nature primordiale. Peut-\u00eatre cela d\u00e9pendra-il \u00e0 la fin, au moins en partie, de ceux qui suivent la voie. Je voudrais terminer avec les mots du docteur Javad Nurbakhsh :  \u00ab Les soufis doivent se consid\u00e9rer comme les porte-drapeaux de l\u2019humanisme et de la tradition de la chevalerie dans le monde actuel, et ne doivent pas permettre \u00e0 la civilisation moderne de d\u00e9truire les nobles qualit\u00e9s humaines\u2026<br \/>\nDans le monde mat\u00e9rialiste d\u2019aujourd\u2019hui, les soufis doivent s\u2019efforcer de devenir des exemples par leurs qualit\u00e9s humaines afin d\u2019inciter et encourager les autres \u00e0 tendre vers de telles valeurs qui sont le privil\u00e8ge de l\u2019esp\u00e8ce humaine.<br \/>\nLes soufis doivent montrer aux autres les effets et les r\u00e9sultats du paradis spirituel qu\u2019ils ont pu d\u00e9couvrir sur la voie soufie pour qu\u2019en comparaison, chacun se rende compte de la fadeur et du peu de valeur de son paradis mat\u00e9riel. \u00bb( p 14 )<br \/>\nR\u00e9f\u00e9rences<br \/>\nNurbakhsh, Dr. Javad. 1996. Discourses on the sufi Path. London : Khaniqahi Nimatullahi publications.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019alchimie de la voie par Jeffrey Rothschild (SUFI Mag n\u00b0 49 printemps 2001 )Je roulais sur la L.I.E \u00e0 quinze&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-1471","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1471","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1471"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1471\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1471"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1471"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1471"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}