{"id":1409,"date":"2010-02-28T13:21:28","date_gmt":"2010-02-28T13:21:28","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/junayd"},"modified":"2013-05-10T21:11:56","modified_gmt":"2013-05-10T21:11:56","slug":"junayd","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2010\/02\/28\/junayd\/","title":{"rendered":"Junayd"},"content":{"rendered":"<p><em>Terry Graham<\/em><\/p>\n<p><em><strong>Le ma\u00eetre qui rendit le soufisme conventionnellement acceptable <\/strong><\/em><\/p>\n<p>Surnomm\u00e9 l&#8217;\u00a0\u00ab Imam du Soufisme \u00bb, car sa pratique du soufisme \u00e9tait bas\u00e9 sur les principes du Coran et les traditions du proph\u00e8te, Ab\u00fbl l-Q\u00e2sim Junayd de Bagdad a fait plus que quiconque pour pr\u00e9server l&#8217;image du soufisme \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait s\u00e9rieusement menac\u00e9. Il a veill\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter l&#8217;image la plus conventionnelle possible pour la conscience g\u00e9n\u00e9rale et\u00a0particuli\u00e8rement pour le point de vue des religieux et des  partisans d\u2019une religion purement exot\u00e9rique, pr\u00e9servant le soufisme de toute expression qui puisse soulever la controverse.<\/p>\n<p>En tant que doyen de son temps reconnu du Soufisme, Junayd \u00e9tait per\u00e7u comme le ma\u00eetre Soufi par excellence et repr\u00e9sentait la voie aussi bien pour les soufis que les non-soufis. En fait, la plupart des soufis de Bagdad de cette \u00e9poque, sous le r\u00e8gne du calife Al-Muqtadir (295\/908-320\/932), se consid\u00e9raient comme\u00a0membres de sa \u00ab\u00a0secte\u00a0\u00bb, allant jusqu&#8217;\u00e0 s&#8217;appeler ou se d\u00e9signer \u00ab\u00a0Junaydiens \u00bb ou \u00ab\u00a0Junaydites\u00a0\u00bb ou\u00a0\u00ab\u00a0Junaydistes\u00a0\u00bb.<br \/> Cette \u00e8re du soufisme, au III\u00e8me et IV\u00e8me si\u00e8cles de l&#8217;Islam (IX\u00e8me et X\u00e8me si\u00e8cles chr\u00e9tiens), fut une \u00e9poque pour la concr\u00e9tisation des \u00e9coles de pens\u00e9e, des positionnements th\u00e9ologiques en Islam. Le califat des Abbassides, bas\u00e9 en Iran, avec sa capitale du nom persan de \u00ab\u00a0Baghdad\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Don de\u00a0Dieu\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Loi de Dieu\u00a0\u00bb) avait\u00a0remplac\u00e9 le califat\u00a0de la tribu arabe des Omeyyades\u00a0dont le si\u00e8ge\u00a0se trouvait dans la ville syrienne de\u00a0Damas.<br \/> Le temps \u00e9tait m\u00fbr pour que l&#8217;Islam en vienne \u00e0 son\u00a0but qui \u00e9tait la cr\u00e9ation de son programme \u00e9nonc\u00e9 d&#8217;un \u00c9tat id\u00e9al, de mettre en pratique les principes sociopolitiques dict\u00e9s dans le Coran, d&#8217;\u00e9tablir le manifeste\u00a0de sa politique gouvernementale. Alors que les Omeyyades avaient r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le califat pour eux-m\u00eames et leurs tribus arabes amies, les Abbassides\u00a0recr\u00e9aient consciemment le tol\u00e9rant et cosmopolite empire persan sous le nouveau r\u00e9gime de l&#8217;Islam, d\u00e9mocratique et socialement \u00e9galitaire, englobant tous les peuples et\u00a0toutes les confessions religieuses. D\u00e8s lors, le formidable\u00a0esprit\u00a0d&#8217;habilet\u00e9 politique des Iraniens, aff\u00fbt\u00e9 par des si\u00e8cles de r\u00e8gne inter ethnique, fut amen\u00e9 \u00e0\u00a0d\u00e9finir la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 et\u00a0les nouvelles perspectives spirituelles.<br \/> L&#8217;activit\u00e9 islamique iranienne de ramification des sciences,\u00a0d&#8217;\u00e9tablissement\u00a0du langage coranique en un m\u00e9dium d&#8217;expression litt\u00e9raire, philosophique et scientifique, ainsi qu&#8217;en un v\u00e9hicule adapt\u00e9  aux convenances, \u00e0 la politique et \u00e0 la diplomatie, et \u00e0 l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;institutions int\u00e9grant les id\u00e9aux \u00e9thiques de la\u00a0nouvelle foi,\u00a0servit \u00e0 produire une exp\u00e9rience de dynamique sociale\u00a0compl\u00e8tement nouvelle, o\u00f9 les classes \u2013 si rigides, \u00e9tablies en castes dans la Perse pr\u00e9-islamique  &#8211; furent abolies, o\u00f9 la mobilit\u00e9\u00a0ne fut plus\u00a0restreinte, et\u00a0o\u00f9 plus encore, l&#8217;alphab\u00e9tisation, pour la premi\u00e8re fois dans l&#8217;histoire,\u00a0fut accessible\u00a0\u00e0 tous.<br \/> Junayd fut un acteur essentiel dans ce\u00a0domaine. En tant que juge canonique, son intellect avait \u00e9t\u00e9 disciplin\u00e9 par l&#8217;\u00e9tude de la loi, et \u00e0 pr\u00e9sent il orientait ce puissant instrument\u00a0vers le travail de d\u00e9finition du  soufisme dans le nouveau contexte. Le r\u00f4le\u00a0primordial de Junayd peut \u00eatre per\u00e7u \u00e0 la lumi\u00e8re\u00a0de l&#8217;activit\u00e9 de deux autres piliers iraniens : son disciple controvers\u00e9, Hall\u00e2j (d.922) et son successeur, le commentateur\u00a0et th\u00e9oricien soufi Ab\u00fb H\u00e2mid Ghazal\u00ee (d.1111).<br \/> Les actions choquantes et antinomiques et les\u00a0affirmations du premier ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel en conduisant Junayd \u00e0 d\u00e9finir le soufisme comme une discipline parmi les autres sciences islamiques, et \u00e0 le l\u00e9gitimer aux yeux des garants de la doctrine et de la th\u00e9ologie exot\u00e9riques, si bien que Ghazal\u00ee, deux si\u00e8cles plus tard, put achever les expositions innovantes et les dissertations prolifiques de Junayd en int\u00e9grant la science du  soufisme, comme Junayd l&#8217;avait introduite, \u00e0 la\u00a0base de la pens\u00e9e islamique\u00a0dans son ensemble, ou tout du moins, comme l&#8217;un des\u00a0constituants fondamentaux du syst\u00e8me de pens\u00e9e islamique.\u00a0En fait, on peut affirmer sans aucun doute que Junayd a \u00e9t\u00e9 l&#8217;initiateur de\u00a0cette entreprise, et que Ghazal\u00ee\u00a0l&#8217;a port\u00e9e \u00e0 son ultime \u00e9panouissement. Avec l&#8217;\u00e9cole de Bagdad qui \u00e9tait en train de se former pour produire les outils pour d\u00e9finir le soufisme en tant que discipline, Junayd \u00e9tait le principal repr\u00e9sentant. Parmi les principes de cette \u00e9cole figuraient le shath (paroles extatiques), une pratique cultuelle rigoureuse, et une expression \u00e9loquente des\u00a0diff\u00e9rentes questions\u00a0de la voie spirituelle dans un nouveau style. Les deux contributions essentielles de l&#8217;\u00e9cole du soufisme de Bagdad furent son influence sur la pens\u00e9e islamique exot\u00e9rique et l&#8217;\u00e9tablissement des fondements pour les  ordres soufis importants qui ont perdur\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui.<br \/> Les innovations inclurent le fait de faire de la relation entre Dieu et l&#8217;individu humain une question explicite, une importance particuli\u00e8re \u00e9tant donn\u00e9e \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience individuelle de cette relation. A cet \u00e9gard les vieux concepts acquirent une nouvelle expression, ajoutant une atmosph\u00e8re nouvelle \u00e0 la tradition islamique, l&#8217;\u00e9levant \u00e0 des sommets in\u00e9dits \u00e0 la fois moraux et visionnaires. En tant que principal porte-parole de l&#8217;\u00e9cole, Junayd \u00e9tait le premier orateur et \u00e9crivain digne de foi pour rendre le soufisme acceptable aux tenants de l\u2019exot\u00e9risme. Il a pris soin de rejeter officiellement les paroles extr\u00eames et antinomiques des soufis, mettant en avant leurs principes, ce qui lui valut le surnom de Cheikh de la communaut\u00e9. M\u00eame les conservateurs oppos\u00e9s au soufisme tels que Ibn Tammiyya et son \u00e9l\u00e8ve Ibn al-Qayyim le respectaient lui et ses avis, au point de louer son approche du soufisme.<\/p>\n<h4>Enfance, \u00e9ducation et formation spirituelle<\/h4>\n<p>Ab\u00fb l-Qasim Junayd b. Muhammad b. Junayd, le marchand de soie (al-Khazz\u00e2z), fils du vitrier (az-Zajj\u00e2j) naquit dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du III\u00e8me\/IX\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 Bagdad d&#8217;une famille originaire de Nivahand, une ville perse du plateau iranien.<br \/> D\u00e8s sa plus tendre enfance Junayd fit preuve de remarquables aptitudes, ce que son oncle Sar\u00ee Saqat\u00ee (d. 867) fut \u00e0 m\u00eame d&#8217;encourager et de cultiver par une discipline et une formation rigoureuses. Il conseilla aux parents de Junayd de l&#8217;isoler de trop de contact social. L&#8217;approche de Sar\u00ee pour \u00e9duquer son neveu fut litt\u00e9ralement socratique, utilisant une technique de questions-r\u00e9ponses. L&#8217;oncle invita \u00e9galement Junayd \u00e0 s&#8217;asseoir\u00a0pour \u00e9couter le discours des ma\u00eetres et shaykhs qui se r\u00e9unissaient dans sa maison.<br \/> Ainsi, d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge Junayd avait d\u00e9velopp\u00e9 une nature r\u00e9serv\u00e9e, pr\u00e9f\u00e9rant rester \u00e0 la maison et ne pas sortir trop, tout en se d\u00e9vouant avec ardeur \u00e0 la voie int\u00e9rieure. Sa rencontre avec le soufisme commen\u00e7a tr\u00e8s t\u00f4t quand il noua des liens \u00e9troits avec son oncle maternel, Sar\u00ee Saqat\u00ee (d.867), disciple de Ma&#8217;ruf Karkh\u00ee (d.815), de la lign\u00e9e initiale remontant \u00e0 Hassan Basr\u00ee (d.728) dont sont issus la plupart des ordres soufis actuels, notamment l&#8217;ordre Nematoll\u00e2h\u00ee. Parmi les \u00e9minents ma\u00eetres du soufisme, Sar\u00ee \u00e9tait connu comme le porte-parole de l&#8217;\u00e9cole de Bagdad, ayant \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 exprimer l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la doctrine de\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019Unit\u00e9 Divine\u00a0\u00bb (Tawh\u00eed) et les r\u00e9alit\u00e9s des \u00e9tats des soufis d&#8217;une fa\u00e7on commun\u00e9ment accessible. Une expression courante chez Sar\u00ee \u00e9tait, \u00ab\u00a0l&#8217;Amour est r\u00e9alis\u00e9 entre deux parties lorsqu&#8217;elles cessent de se dire  \u2018Je\u2019 l&#8217;une \u00e0 l&#8217;autre.\u00a0\u00bb (RQ 564)<br \/> Le premier conseil pratique que Junayd retint de son ma\u00eetre fut le suivant : \u00ab\u00a0n&#8217;attend rien de personne ; n&#8217;accepte rien de personne ; et ne garde rien que tu puisses facilement donner \u00e0 quelqu&#8217;un\u00a0\u00bb. (AA129)<br \/> D\u00e8s sa prime jeunesse Junayd \u00e9tait un ardent chercheur de Dieu, tout en \u00e9tant habit\u00e9 par une profonde m\u00e9lancolie. En m\u00eame temps, il poss\u00e9dait une remarquable perspicacit\u00e9 et vivacit\u00e9 d&#8217;esprit. Revenant un jour de l&#8217;\u00e9cole, il trouva son p\u00e8re en train de pleurer.<br \/> Quand il lui demanda quel \u00e9tait le probl\u00e8me, son p\u00e8re dit : \u00ab\u00a0J&#8217;ai apport\u00e9 la modeste aum\u00f4ne (zak\u00e2t) \u00e0 ton oncle (c&#8217;est \u00e0 dire Sar\u00ee) et il ne l&#8217;a pas accept\u00e9e. Je pleure parce que ces quelques dirhams sont les \u00e9conomies de toute ma vie et aucun ami de Dieu ne semble pr\u00eat \u00e0 les accepter.\u00a0\u00bb<br \/> \u00ab\u00a0Donne-moi cet argent\u00a0\u00bb dit Junayd, \u00ab\u00a0je vais m&#8217;assurer qu&#8217;il l&#8217;accepte.\u00a0\u00bb Il prit ainsi l&#8217;argent et sortit. Quand il frappa \u00e0 la porte de son oncle, une voix venant de l&#8217;int\u00e9rieur demanda, \u00ab\u00a0qui est-ce ?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0C&#8217;est moi,\u00a0Junayd\u00a0\u00bb dit le gar\u00e7on, mais la porte resta ferm\u00e9e.<br \/> Quand le gar\u00e7on demanda \u00e0 son oncle d&#8217;accepter l&#8217;argent, ce dernier refusa.<br \/> Le gar\u00e7on implora \u00ab\u00a0au Nom de la Gr\u00e2ce dont Dieu avait dot\u00e9 son oncle\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0l\u2019Honneur qu\u2019Il avait accord\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re\u00a0\u00bb, pour que son oncle accepte l\u2019argent.<br \/> \u00ab\u00a0Ah ! Junayd,\u00a0\u00bb r\u00e9pondit Sar\u00ee, \u00ab\u00a0De quelle gr\u00e2ce m&#8217;a t-il dot\u00e9 et quel honneur a t-il accord\u00e9 \u00e0 ton p\u00e8re ?\u00a0\u00bb<br \/> \u00ab\u00a0Il t&#8217;a dot\u00e9 de la gr\u00e2ce du Soufisme,\u00a0\u00bb dit Junayd, \u00ab\u00a0et il a accord\u00e9 \u00e0 mon p\u00e8re l&#8217;honneur de l&#8217;impliquer dans le monde\u00a0\u00bb. Accepte-le si tu le veux, ou rejette-le si tu le veux, et Dieu fera de m\u00eame. Tu dois redistribuer ce qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9 de la richesse \u00e0 quiconque le m\u00e9rite.\u00a0\u00bb Content de ce que dit son neveu, l&#8217;oncle ouvrit la porte, disant, \u00ab\u00a0mon gar\u00e7on avant d&#8217;accepter l&#8217;argent de toi, je t&#8217;accepte toi-m\u00eame.\u00a0\u00bb Prenant l&#8217;argent, il\u00a0accorda une place au gar\u00e7on dans son c\u0153ur. (TA 417)<br \/> A l&#8217;\u00e2ge de sept ans Junayd d\u00e9montra combien il \u00e9tait pr\u00e9coce aussi bien d&#8217;un point de vue intellectuel que spirituel. Deux incidents qui eurent lieu en pr\u00e9sence de Sar\u00ee illustrent cela, chacun ayant un rapport avec ce que le gar\u00e7on avait \u00e0 dire sur la gratitude, mais chacun\u00a0aboutissant \u00e0 une r\u00e9action\u00a0compl\u00e8tement diff\u00e9rente de son futur ma\u00eetre.<br \/> Le premier eut lieu alors qu&#8217;il se trouvait devant Sar\u00ee, qui \u00e9tait entour\u00e9 de ses disciples, parlant de la gratitude. Il se tourna vers Junayd et lui demanda, \u00ab\u00a0mon gar\u00e7on, qu&#8217;est ce que la gratitude ?\u00a0\u00bb<br \/> \u00ab\u00a0Ne pas \u00eatre d\u00e9sob\u00e9issant devant la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu,\u00a0\u00bb r\u00e9pondit le jeune homme.<br \/> \u00ab\u00a0Mon gar\u00e7on\u00a0\u00bb dit-il, \u00ab\u00a0Bient\u00f4t\u00a0ton plaisir de Dieu sera ta langue.\u00a0\u00bb<br \/> Sur ces paroles de Sar\u00ee,\u00a0Junayd fondit aussit\u00f4t en larmes. (RQ 264)<br \/> Peu de temps apr\u00e8s, Sar\u00ee emmena son neveu au p\u00e8lerinage \u00e0 la Mecque. Dans le sanctuaire de la mosqu\u00e9e, le gar\u00e7on se consacra \u00e0 la t\u00e2che de remercier Dieu dans une foule de quatre cent personnes, chacun faisant un v\u0153u par voie de remerciements. Sar\u00ee dit \u00e0 son neveu, \u00ab\u00a0tu devrais dire quelque chose toi aussi\u00a0\u00bb<br \/> \u00ab\u00a0Les remerciements devraient \u00eatre pour la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9\u00a0que Dieu nous a accord\u00e9e,\u00a0\u00bb r\u00e9pondit le gar\u00e7on. \u00ab\u00a0Mais le fait est que l&#8217;on ne doit pas prendre cela comme allant de soi, et tourner cette b\u00e9n\u00e9diction en un p\u00e9ch\u00e9.\u00a0\u00bb<br \/> Quand le gar\u00e7on eut dit cela, tous les gens pr\u00e9sents s&#8217;\u00e9cri\u00e8rent, \u00ab\u00a0bravo, toi aim\u00e9 d&#8217;entre ceux qui\u00a0parlent le langage de\u00a0la V\u00e9rit\u00e9,\u00a0\u00bb tous s&#8217;accordant \u00e0 dire que cela n&#8217;aurait  pu \u00eatre mieux formul\u00e9.<br \/> Alors que lors du premier incident, dans la khaneqah de Sar\u00ee, le ma\u00eetre avait lou\u00e9 le gar\u00e7on pour sa rapide et \u00e9loquente r\u00e9ponse, cette fois il le r\u00e9primanda. L&#8217;assembl\u00e9e des vieilles personnes, n&#8217;\u00e9tant pas r\u00e9fr\u00e9n\u00e9e par la d\u00e9f\u00e9rence que les disciples de Sar\u00ee\u00a0avaient dans la Khaneqah, ils exprim\u00e8rent tous librement et ouvertement leur approbation. Ainsi le ma\u00eetre \u00e9tait contraint de dire quelque chose pour le corriger, afin de contrer l&#8217;effet sur le nafs (\u00e9go) du gar\u00e7on.<br \/> Il reprit donc imm\u00e9diatement en grondant, \u00ab\u00a0allez mon gar\u00e7on, fais-le, ou ta complaisance envers Dieu te causera des ennuis.\u00a0\u00bb<br \/> Des ann\u00e9es apr\u00e8s, Junayd rappela l&#8217;incident, commentant qu&#8217;il \u00e9tait toujours en danger de tomber dans la suffisance, disant, \u00ab\u00a0vingt ann\u00e9es plus tard, je fus heurt\u00e9 par la notion selon laquelle j&#8217;avais atteint mon but, et aussit\u00f4t Dieu m&#8217;avertit dans mon c\u0153ur de mon incr\u00e9dulit\u00e9. Quand j&#8217;entendis cela je demandai aussit\u00f4t \u00e0 Dieu quel p\u00e9ch\u00e9 j&#8217;avais commis pour qu&#8217;il en soit ainsi. Un sanglot vint \u00e0 mot, voulant savoir, \u2018y a t-il un plus grand p\u00e9ch\u00e9 que le fait que tu sois !\u2019\u00a0\u00bb<br \/> Junayd commen\u00e7a ses \u00e9tudes s\u00e9rieuses en sciences \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de douze ans, \u00e9tudiant la jurisprudence avec l&#8217;\u00e9minent Ab\u00fb Thawr Ibr\u00e2h\u00eem b. Kh\u00e2lid Kalb\u00ee, un important juge sh\u00e2fi&#8217;ite, qui mourut en 246\/860. D&#8217;un intellect aiguis\u00e9 et d&#8217;une perception profonde, le jeune homme poss\u00e9dait un g\u00e9nie qui \u00e9tait mis en valeur par une bonne lucidit\u00e9 d&#8217;expression.<br \/> Brillant dans ses \u00e9tudes, Junayd n&#8217;avait que vingt ans lorsqu&#8217;il pronon\u00e7a son premier d\u00e9cret judiciaire dans le cercle d&#8217;Ab\u00fb Thawr, qu\u2019il  pr\u00e9sidait. Dans la science de la transmission des traditions proph\u00e9tiques selon l&#8217;\u00e9cole S\u00e2fi&#8217;ite, son professeur \u00e9tait Muhammad b. Mans\u00fbr T\u00fbs\u00ee, qui \u00e9tait aussi un soufi comme beaucoup d&#8217;\u00e9minents \u00e9rudits et juristes sh\u00e2fi&#8217;ites. Aussi remarquables que furent ses r\u00e9alisations dans le domaine de la loi, c&#8217;est dans le soufisme que Junayd a laiss\u00e9 un h\u00e9ritage durable. L\u00e0 o\u00f9 son ma\u00eetre Sar\u00ee innova en exposant le soufisme au public, Junayd adopta une telle expression populaire \u00e0 la fois en art et en science, qu\u2019il rendit son sujet plus raffin\u00e9 qu\u2019un autre, tout en exposant ses enseignements fondamentaux dans la forme la plus simple et la plus accessible.<\/p>\n<h4>L&#8217;\u00e9thique et les convenances de Junayd<\/h4>\n<p>Dans sa fa\u00e7on de vivre, son habillement et son logement, Junayd avait choisit la mod\u00e9ration. Gagnant sa vie confortablement comme marchand de soie, il \u00e9tait \u00e9conome. Ses plus fastueuses d\u00e9penses se faisaient lorsqu&#8217;il invitait des amis \u00e0 un banquet o\u00f9 aucune d\u00e9pense n&#8217;\u00e9tait de trop pour bien recevoir ses invit\u00e9s. Sa maison \u00e9tait un centre pour les soufis de Bagdad et un g\u00eete pour les derviches venant de l&#8217;\u00e9tranger.<br \/> Bien qu&#8217;\u00e9conome pour ses propres d\u00e9penses, il \u00e9tait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux envers les autres, d\u00e9ployant de fa\u00e7on magnanime sa richesse pour aider les  soufis dans le besoin. Il \u00e9tait connu \u00e9galement pour sa loyaut\u00e9 et sa fid\u00e9lit\u00e9, la plupart de ses amiti\u00e9s \u00e9tant rest\u00e9es solides jusqu&#8217;\u00e0 la fin de sa vie. Au sujet de sa situation maritale nous savons peu de choses. La seule information que nous ayons se trouve dans une anecdote de Att\u00e2r sur Sh\u00eebl\u00ee (voir supra) qui, d\u00e9barquant dans la maison de Junayd dans un \u00e9tat  d\u2019ivresse spirituelle, prit le couple par surprise alors que la femme de Junayd \u00e9tait en train de se coiffer. Effray\u00e9e par l&#8217;entr\u00e9e pr\u00e9cipit\u00e9e de Sh\u00eebl\u00ee, elle sursauta et courut pour sortir, mais Junayd l&#8217;arr\u00eata, lui disant de ne pas se pr\u00e9occuper de se couvrir la t\u00eate, car lorsque les soufis de son \u00e9cole \u00e9taient en \u00e9tat  d&#8217;ivresse, ils \u00e9taient indiff\u00e9rents aux prescriptions morales.<br \/> Quand Sh\u00eebl\u00ee entra, il resta dans cet \u00e9tat, pr\u00e9occup\u00e9 par le myst\u00e8re de ce qu&#8217;il vivait en cet instant. Quand le ma\u00eetre commen\u00e7a \u00e0 parler, son \u00e9tat commen\u00e7a \u00e0 dominer celui de son disciple qui revint \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9. Quand Sh\u00eebl\u00ee retrouva ses esprits, il commen\u00e7a \u00e0 pleurer.  Junayd dit alors \u00e0 sa femme de se couvrir, parce qu&#8217;il \u00e9tait redevenu attentif \u00e0 son entourage.<br \/> Cette histoire nous rapporte le seul t\u00e9moignage du statut marital de Junayd.<br \/> L&#8217;unique voyage de Junayd que nous connaissons est celui de son p\u00e8lerinage \u00e0 la Mecque. Par la suite il \u00e9mit l&#8217;opinion selon laquelle un seul p\u00e8lerinage \u00e9tait suffisant pour quiconque et qu\u2019ensuite les personnes devaient se d\u00e9vouer au p\u00e8lerinage spirituel.<br \/> Junayd \u00e9tait mesur\u00e9 dans sa consommation de nourriture et constamment occup\u00e9 par la pratique d\u00e9votionnelle. En d\u00e9pit de sa stricte discipline et de la rigueur asc\u00e9tique qu&#8217;il maintenait, il conservait une stature \u00e9l\u00e9gante et corpulente, cause d&#8217;\u00e9tonnement pour les autres.<br \/> Il essaya de rester \u00e9loign\u00e9 de la politique et ne donna jamais de le\u00e7ons de soufisme en public pour \u00e9viter d&#8217;attirer l&#8217;attention des politiciens. En raison de plusieurs affaires de justice successives et de surveillance de la part du gouvernement, la bienveillance du peuple dont les soufis avaient profit\u00e9 \u00e9tait s\u00e9rieusement entam\u00e9e. Par cons\u00e9quent, vers la fin de sa vie, Junayd devint sujet \u00e0 des acc\u00e8s de d\u00e9sespoir, se retirant le plus possible de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/> Bien qu&#8217;il fut un juge qualifi\u00e9, il n&#8217;aimait pas pratiquer sa profession et rendre des jugements, critiquant ses amis et ma\u00eetres Abu Muhammad Ruwayam (d. 915) et Amr b. Uthman Makki (d. 909) pour avoir pris des postes au sein du pouvoir judiciaire du r\u00e9gime en coupant imm\u00e9diatement toute fr\u00e9quentation avec eux.<br \/> Junayd stipula clairement que les soufis qui enseignaient, devaient se baser sur la loi canonique, les traditions proph\u00e9tiques, insistant sur le besoin pour eux d&#8217;avoir des points de r\u00e9f\u00e9rence dans le discours sur la doctrine soufie. Bien que sa connaissance fut vaste et d&#8217;une grande envergure et tr\u00e8s vers\u00e9e dans toutes les sciences, il adh\u00e9rait strictement aux commandements de la loi canonique. Il r\u00e9unissait profonde sensibilit\u00e9 et p\u00e9n\u00e9trante sagacit\u00e9 de tant de grands ma\u00eetres iraniens avec de tr\u00e8s hautes qualit\u00e9s humaines. Il \u00e9tait per\u00e7u par ses contemporains comme \u00e0 la fois un bon enseignant et un ami loyal.<\/p>\n<h4>Traits sociaux<\/h4>\n<p>Junayd \u00e9tait remarquable pour les qualit\u00e9s sociales suivantes : aide  aux autres, hospitalit\u00e9, relation harmonieuse avec ses compagnons, fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ses promesses, travaillant de fa\u00e7on productive, et ne se mettant pas en  valeur par son mode vestimentaire.<br \/> Pour lui-m\u00eame il \u00e9tait constamment en je\u00fbne, mais lorsque des amis venaient le visiter, il rompait son je\u00fbne, disant, \u00ab\u00a0la gr\u00e2ce de partager avec ses fr\u00e8res n&#8217;est pas moindre que celle de je\u00fbner.\u00a0\u00bb (TA 422)<br \/> A cause du fait que Junayd portait la robe du clerg\u00e9, ses disciples lui  demandaient souvent pourquoi il ne portait pas l&#8217;habit rapi\u00e9c\u00e9 des  derviches en tant qu\u2019exemple. <br \/> \u00ab\u00a0Si je pensais que la cape rapi\u00e9c\u00e9e \u00e9tait utile,\u00a0\u00bb r\u00e9pondit-il, \u00ab\u00a0je ferais des habits de feu et de fer, mais chaque instant s\u2019\u00e9l\u00e8ve en moi un cri disant \u2018il n\u2019y a aucune validit\u00e9 dans la cape (khirqa), si l&#8217;on est pas br\u00fbl\u00e9 (hurqa)\u2019\u00a0.\u00bb (TA 422)<br \/> En vertu des principes selon lesquels un soufi devrait avoir un emploi correct, il \u00e9tait lui-m\u00eame marchand de tissus, tenant une  boutique qui fournissait de la soie fine. Il arrivait cependant qu&#8217;il baisse simplement le rideau de la devanture, et qu&#8217;il se d\u00e9voue \u00e0 la pratique spirituelle.<br \/> Dans les premiers temps, Junayd s\u2019habillait de v\u00eatements neufs chaque jour, ayant appris \u00e0 en faire ainsi. Ensuite il partait pour sa boutique. Un jour un mendiant vint et demanda, \u00ab\u00a0combien de temps vas-tu continuer dans cette b\u00eatise ? Habille-toi de ces haillons car c&#8217;est ce que tu devrais porter.\u00a0\u00bb<br \/> A ces mots, il \u00e9changea ses beaux habits qu&#8217;il portait alors avec ceux en lambeaux du mendiant. A ce moment, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 si avanc\u00e9 dans la voie qu&#8217;il \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement envahi par des \u00e9tats, ainsi il se contentait d&#8217;habits d\u00e9chir\u00e9s et d&#8217;emprunts, ayant d\u00e9couvert la robe  du d\u00e9tachement.<\/p>\n<h4>L&#8217;\u00e9cole du soufisme de Bagdad<\/h4>\n<p>L&#8217;\u00e9cole mystique de Bagdad fut fond\u00e9e essentiellement par deux personnes : Sar\u00ee Saqat\u00ee et Harith Muhasib\u00ee (d. 857). Le premier \u00e9tait d&#8217;ethnie persane, alors que le second \u00e9tait d&#8217;origine arabe, tous deux membres de la branche sunnite de l&#8217;Islam par rapport \u00e0 la loi canonique. Dans le contexte du soufisme, Sar\u00ee \u00e9tait un mystique audacieux, d\u00e9clarant sa reconnaissance de l&#8217;Unit\u00e9 Divine (Tawh\u00eed), alors que Muhasib\u00ee \u00e9tait plut\u00f4t un formaliste, concern\u00e9 par les d\u00e9tails de la moralit\u00e9, de l&#8217;\u00e9tiquette et des proc\u00e9dures canoniques.<br \/> Cette \u00e9cole est traditionnellement distingu\u00e9e de l&#8217;\u00e9cole du Khorassan, bas\u00e9e dans la ville du Nord-Est, Nishapur, qui stipula que l&#8217;ivresse est sup\u00e9rieure \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence de la position de celle de Bagdad. Ces positions n&#8217;\u00e9taient rien que des points de d\u00e9part, car il n&#8217;y avait pas de soufi \u00e0 l&#8217;esprit plus sobre que le khorassite Khawja &#8216;abd Allah Ansar\u00ee ou plus ivre que le baghdadi Sh\u00eebl\u00ee.<br \/> Toutefois, les principaux ma\u00eetres de Bagdad \u00e9taient si intransigeants dans leur reconnaissance de l&#8217;Unit\u00e9 Divine, qu&#8217;ils \u00e9taient connus comme \u00ab\u00a0les repr\u00e9sentants de l&#8217;Unit\u00e9 Divine\u00a0\u00bb.<br \/> Cependant, mis \u00e0 part les propos audacieux de Sar\u00ee et ceux de ses  compagnons, conduisant \u00e0 des paroles plus audacieuses encore que celles de Hall\u00e2j, Sh\u00eebl\u00ee et N\u00fbr\u00ee, les enseignements de cette doctrine tendaient \u00e0 \u00eatre communiqu\u00e9s d&#8217;une fa\u00e7on quelque peu secr\u00e8te, de sorte que tout un ensemble de termes codifi\u00e9s durent \u00eatre imagin\u00e9s pour que ces secrets soient transmis aux disciples dans la confidence. <br \/> Les repr\u00e9sentants de l&#8217;\u00e9cole soutenaient que le soufi devait lutter pour purifier son c\u0153ur de tous les attachements au monde, le plus grave &#8211; en fait, le seul vrai p\u00e9ch\u00e9 &#8211; \u00e9tant d&#8217;estimer sa propre saintet\u00e9 et extase spirituelle. M\u00eame le plus rigoureux asc\u00e9tisme \u00e9tait vain si il \u00e9tait seulement en vue d&#8217;atteindre l&#8217;au-del\u00e0 ou tout but \u00e0 court terme d&#8217;union avec Dieu, ainsi ce n&#8217;\u00e9tait rien de plus que des man\u0153uvres \u00e9go\u00efstes, compl\u00e8tement contraires \u00e0 la reconnaissance exclusive que Dieu demande. En r\u00e9alit\u00e9, la distinction entre les \u00e9coles du Khorassan et de Bagdad tenait plus d\u2019un classement d&#8217;analystes, que d&#8217;une cause pour laquelle les soufis se sentaient concern\u00e9s. Junayd lui-m\u00eame eut soin de faire l&#8217;\u00e9loge des soufis du Khorassan quand il dit, \u00ab\u00a0les gens du Khorassan sont des gens de c\u0153ur\u00a0\u00bb. (LT 359)<br \/> C&#8217;\u00e9tait une fa\u00e7on de reconna\u00eetre leur intimit\u00e9 avec la source originelle du soufisme, \u00e9tant les porteurs originaux du \u00ab\u00a0s\u00fbf\u00a0\u00bb,  l&#8217;habit de laine de l&#8217;asc\u00e9tisme.<br \/> Junayd avait une connaissance profonde de la th\u00e9ologie et de la philosophie. Sa logique \u00e9tait irr\u00e9futable et ses conclusions sans crainte  d\u2019aucune r\u00e9futation. Il niait toute capacit\u00e9 de l\u2019individualit\u00e9 humaine \u00e0 servir Dieu par sa propre volont\u00e9, affirmant, que \u00ab\u00a0toute action (de la part du d\u00e9vot) provient de Dieu.\u00a0\u00bb Ainsi, on ne devrait pas attendre de r\u00e9compense selon ses propres mots : \u00ab\u00a0l&#8217;anticipation de la r\u00e9compense pour des services d\u00e9votionnels vient d&#8217;une n\u00e9gligence envers la gr\u00e2ce.\u00a0\u00bb  <br \/> C\u2019\u00e9tait sur cette base que Junayd d\u00e9clara, \u00ab\u00a0la plus noble, la plus sublime des assembl\u00e9es est celle qui porte son attention sur l\u2019observation de l\u2019Unit\u00e9 Divine.\u00a0\u00bb (TAT 32)<\/p>\n<h4>La voie de Junayd<\/h4>\n<p>\u00ab\u00a0Je n&#8217;ai pas acquis ce soufisme tant par le discours\u00a0\u00bb soutenait Junayd, \u00ab\u00a0ni par la lutte ou le conflit, que par la faim et la veille constante et le renoncement au monde et l&#8217;abn\u00e9gation, choses que j&#8217;aimais et qui m&#8217;enchantaient.\u00a0\u00bb (TA 420)<br \/> Son approche \u00e9tait la plus imposante \u00e0 cette \u00e9poque, et il \u00e9tait le plus recherch\u00e9 des ma\u00eetres de son temps. Il a laiss\u00e9 de nombreux \u00e9crits sur les r\u00e9alit\u00e9s intimes et spirituelles. Il fut la premi\u00e8re personne \u00e0 parler publiquement de ces choses d&#8217;une fa\u00e7on discursive. Auparavant de telles exp\u00e9riences \u00e9taient gard\u00e9es secr\u00e8tes entre ma\u00eetre et disciple.<br \/> Cependant, c&#8217;\u00e9tait le moment propice pour que de tels sujets voient le jour, une \u00e9poque o\u00f9 toutes discussions, si elles \u00e9taient plac\u00e9es dans un contexte scientifique, \u00e9taient encourag\u00e9es. Cependant, en d\u00e9pit de la grande ouverture doctrinale de l&#8217;Islam, les circonstances faisaient qu&#8217;il y avait toujours d&#8217;influents opposants fondamentalistes \u00e0 la voie mystique.<br \/> Peu \u00e0 peu les ennemis id\u00e9ologiques ou de simples jaloux de la position des ma\u00eetres tent\u00e8rent de les harceler portant des accusations d&#8217;h\u00e9r\u00e9sie sur le compte de l&#8217;un ou de l&#8217;autre.<br \/> Quand un fanatique laissa entendre que tous les soufis devraient avoir leur t\u00eate tranch\u00e9e, Junayd prit refuge dans la jurisprudence, sous le couvert de l&#8217;habit de cette science canonique. (RQ 403) En m\u00eame temps il \u00e9tait tr\u00e8s partisan des citations du Coran comme autorit\u00e9 justificative de n&#8217;importe quelle position spirituelle qu&#8217;il prenait. Un soufi raconte qu&#8217;il se trouvait dans l&#8217;assembl\u00e9e de Junayd alors que le qaww\u00e2l (chanteur) chantait. Plusieurs soufis se lev\u00e8rent et commenc\u00e8rent \u00e0 bouger.<br \/> Quelqu\u2019un fit ce commentaire \u00e0 Junayd\u00a0: \u00ab\u00a0En entendant des vers chant\u00e9s, lorsque tu participais au Sama\u2019 avec tes disciples, tu avais l\u2019habitude d\u2019entrer en mouvement mais maintenant tu restes immobile.\u00a0\u00bb<br \/> Junayd cita le passage coranique\u00a0: \u00ab\u00a0Tu verras les montagnes, que tu crois solidement fix\u00e9es, se mouvoir comme se meuvent les nuages. Cela est l\u2019\u0153uvre de Dieu, qui rend toutes choses fermes.\u00a0\u00bb (27\u00a0; 88)<br \/> Il y avait un disciple poss\u00e9dant beaucoup de propri\u00e9t\u00e9s, qui abandonna tout dans la voie du ma\u00eetre, au point o\u00f9 il ne lui resta que sa propre maison. Il demanda au ma\u00eetre ce qu\u2019il devait faire. \u00ab\u00a0Vends la maison\u00a0\u00bb, dit le ma\u00eetre, \u00ab\u00a0et gagne de l\u2019argent pour tout recommencer\u00a0\u00bb. Le disciple vendit la maison suivant ces conseils.<br \/> Quand il revint avec l\u2019or, le ma\u00eetre lui dit de jeter cela dans le Tigre. S\u2019\u00e9tant ex\u00e9cut\u00e9, le disciple revint vers le ma\u00eetre qui se fit lui-m\u00eame s\u00e9v\u00e8re et \u00e9tranger au disciple, et qui finalement le rejeta, criant, \u00ab\u00a0\u00e9loigne-toi de moi\u00a0!\u00a0\u00bb. Chaque fois que le disciple tentait de revenir, le ma\u00eetre le rejetait tout simplement. La raison \u00e9tait de d\u00e9v\u00eatir le disciple de tout \u00e9gocentrisme, de se voir lui-m\u00eame comme agent de ses actes, de penser \u00ab\u00a0c\u2019est moi qui ai perdu de l\u2019or\u00a0\u00bb, afin que sa voie soit parachev\u00e9e. (TA 432)<\/p>\n<h4>Junayd et Shibli<\/h4>\n<p>Un t\u00e9moignage de la grandeur de Junayd en tant que ma\u00eetre appara\u00eet dans les incroyables disciples qu\u2019il a produits. A part le c\u00e9l\u00e8bre Husayn Mans\u00fbr Hall\u00e2j (d.922), le martyre soufi par excellence, il y avait \u2018Abd al-Husayn N\u00fbr\u00ee (d. 907), un soufi Bagdadi originaire du Khorassan, qui formula l\u2019ancienne gnose de sa r\u00e9gion sous une forme telle qu&#8217;on en entendit parler jusqu\u2019au Maroc, o\u00f9 son plus \u00e9minent repr\u00e9sentant fut Ab\u00fb Madyan, le puissant ma\u00eetre qui laissa son empreinte sur tout le Maghreb.<br \/> Ensuite il y avait encore Ab\u00fb Bakr Sh\u00eebl\u00ee (d. 945), le disciple qui feint la folie pour \u00e9chapper au m\u00eame sort que Hall\u00e2j. C\u2019\u00e9tait l\u2019approche inverse de celle de leur ma\u00eetre Junayd, qui s\u2019effor\u00e7a de mettre l\u2019accent sur l&#8217;aspect conventionnelle dans le contexte de l\u2019Islam canonique exot\u00e9rique. Les confrontations entre Junayd et son disciple sont r\u00e9v\u00e9latrices, parce qu&#8217;elles montrent comment un \u00e9tat \u00e9lev\u00e9 peut affecter un voyageur sur le chemin d&#8217;une part, tout en d\u00e9montrant la sagesse et le contr\u00f4le d&#8217;un ma\u00eetre affirm\u00e9 de la voie, dont le \u00ab\u00a0rind\u00ee\u00a0\u00bb ou &#8220;finesse spirituelle&#8221; est tel qu&#8217;il peut donner de profonds enseignements tout en prot\u00e9geant le sanctuaire int\u00e9rieur de la mystique&#8230; Quand Sh\u00eebl\u00ee appela \u00ab\u00a0All\u00e2h !\u00a0\u00bb, dans l&#8217;assembl\u00e9e de Junayd, le ma\u00eetre dit, \u00ab\u00a0si Dieu est absent, la mention de l&#8217;absent n&#8217;est que bavardage, et le bavardage est canoniquement illicite. Si d&#8217;autre part Dieu est pr\u00e9sent, appeler son nom en Sa pr\u00e9sence est une violation de la Saintet\u00e9.\u00a0\u00bb (TA 428) A nouveau Sh\u00eebl\u00ee cria \u00ab\u00a0All\u00e2h\u00a0\u00bb, de la chaire, Junayd dit \u00ab\u00a0le bavardage est interdit !\u00a0\u00bb (TSA 554) \u00ab\u00a0Si le jour de la r\u00e9surrection Dieu me donne le choix entre aller au paradis ou en enfer,\u00a0\u00bb dit Sh\u00eebl\u00ee, \u00ab\u00a0je choisirais le second, parce que, bien que le paradis soit mon but, l&#8217;enfer est celui du bien-aim\u00e9. Si une personne place sa pr\u00e9f\u00e9rence au-dessus du Bien-aim\u00e9, alors elle n&#8217;est pas une personne amoureuse.\u00a0\u00bb<br \/> Quand on raconta cela \u00e0 Junayd, il dit, \u00ab\u00a0Sh\u00eebl\u00ee parle comme un enfant en disant que s&#8217;il avait le choix il refuserait de choisir ceci ou cela. Je soutiens que le d\u00e9vot n&#8217;a pas le choix. Je vais o\u00f9 qu&#8217;Il aille et je reste o\u00f9 qu&#8217;Il reste. Tant que j&#8217;existe, quel choix ai-je donc ?\u00a0\u00bb (ST 1310) Junayd demanda \u00e0 Sh\u00eebl\u00ee comment il se souvenait de Dieu, puisqu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait pas compl\u00e8tement r\u00e9alis\u00e9 dans son souvenir. \u00ab\u00a0Je me concentre sur ce que repr\u00e9sente Dieu\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit-il, \u00ab\u00a0dans l&#8217;espoir de Le persuader d&#8217;\u00eatre par chance conscient de moi.\u00a0\u00bb<br \/> Ces mots mirent Junayd en extase, o\u00f9 il perdit toute conscience de lui-m\u00eame. Shibli commenta, \u00ab\u00a0tu dois accepter que dans cette cour la m\u00eame personne est parfois fouett\u00e9e et parfois honor\u00e9e.\u00a0\u00bb (TA 630)<br \/> Quand Sh\u00eebl\u00ee vint vers Junayd, le ma\u00eetre lui dit, \u00ab\u00a0tu as toujours l&#8217;arrogance d&#8217;\u00eatre le fils du plus haut chambellan du Calife et commandant de Samarra en toi. Tu n&#8217;iras nulle part si tu ne vas pas mendier sur la place du march\u00e9 demandant l&#8217;aum\u00f4ne \u00e0 quiconque tu rencontreras, jusqu&#8217;\u00e0 ce que tu trouves finalement ta vraie valeur.\u00a0\u00bb Il fit cela chaque jour jusqu&#8217;au d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e, ses gains devenant chaque jour plus faibles, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il en arrive au point o\u00f9 il fit le tour de tout le march\u00e9 sans que personne ne lui donne la moindre pi\u00e8ce. Il raconta cela \u00e0 son ma\u00eetre, qui lui dit qu&#8217;il avait finalement r\u00e9alis\u00e9 sa vraie valeur, qu&#8217;il ne valait rien aux yeux des autres, qu&#8217;il ne devait s&#8217;en remettre \u00e0 personne. Il ne devait rien attendre de personne. Cette exp\u00e9rience \u00e9tait pour la discipline et non pour le profit. (KM 468)<\/p>\n<h4>Junayd et Hallaj<\/h4>\n<p>Hall\u00e2j \u00e9tait pass\u00e9 par deux ma\u00eetres distingu\u00e9s &#8211; &#8216;Amr b. &#8216;Uthman Makk\u00ee et Sahl b. &#8216;Abd All\u00e2h Tustar\u00ee (d. 896) &#8211; avant de venir \u00e0 Junayd. Il avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 l&#8217;audace de critiquer et de rejeter ses ma\u00eetres. Junayd ne ferait pas exception, mais ce serait lui qui guiderait la mort corporelle et l&#8217;\u00e9volution spirituelle de Hall\u00e2j.<br \/> Arrivant \u00e0 Bagdad en 264\/877, Hall\u00e2j vint directement \u00e0 Junayd, suivant un entra\u00eenement en pr\u00e9sence du ma\u00eetre, puis m\u00e9ditant en r\u00e9clusion. Il  prit l&#8217;habitude de porter la robe des soufis, tout en prenant plaisir a \u00eatre en compagnie d&#8217;\u00e9minents disciples de Junayd comme Shibl\u00ee, N\u00fbr\u00ee et Ab\u00fb l-&#8216;Abb\u00e2s b. &#8216;At\u00e2 (d. 922), qui devint si proche de lui qu&#8217;il ne garda pas seulement foi en lui tout au long de ses proc\u00e8s, mais mourut d&#8217;empathie peu apr\u00e8s qu&#8217;il f\u00fbt ex\u00e9cut\u00e9.<br \/> Un jour Hall\u00e2j vint vers Junayd et d\u00e9clara, \u00ab\u00a0Ana l-Haqq !\u00a0\u00bb (Je suis la V\u00e9rit\u00e9 [un des plus hauts noms de Dieu]). Le ma\u00eetre le contredit aussit\u00f4t, d\u00e9clarant, \u00ab\u00a0ce n&#8217;est pas ainsi ! Tu existes par Dieu. Quel m\u00e2t de potence sera tach\u00e9 de ton sang ?\u00a0\u00bb<br \/> \u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 je teinterai d&#8217;un peu de rouge un poteau est le jour o\u00f9 tu \u00f4teras la robe soufie et o\u00f9 tu rev\u00eatiras celle du juge.\u00a0\u00bb<br \/> De ce fait, le jour o\u00f9 les juges d\u00e9cr\u00e9t\u00e8rent qu&#8217;il devait \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9, Junayd portait l&#8217;habit des soufis et refusa d&#8217;\u00e9crire un jugement. Ensuite le Calife ordonna qu&#8217;il donne \u00e9galement un verdict. Il mit donc le turban et la soutane de la cour, et ensuite se rendit au s\u00e9minaire o\u00f9 il \u00e9crivit son jugement : \u00ab\u00a0nous le jugeons coupable ext\u00e9rieurement\u00a0\u00bb, pr\u00e9cisant ainsi que son d\u00e9cret \u00e9tait purement ext\u00e9rieur, alors que Dieu seul conna\u00eet les fautes int\u00e9rieures.<br \/> Quand les gens commenc\u00e8rent \u00e0 \u00eatre d\u00e9concert\u00e9s par Hall\u00e2j, il le jug\u00e8rent incontr\u00f4lable, lui attribuant toutes sortes de miracles. Ils commenc\u00e8rent \u00e0 bavarder et \u00e0 faire courir des rumeurs, rapportant tout ce qu&#8217;il disait au Calife. Il y avait un accord g\u00e9n\u00e9ral sur le fait qu&#8217;il devait \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9, parce qu&#8217;il avait dit \u00ab\u00a0Ana l-Haqq\u00a0\u00bb.<br \/> Quand ils lui demand\u00e8rent de dire \u00ab\u00a0Huwa l-Haqq\u00a0\u00bb (Il est la V\u00e9rit\u00e9), il dit, \u00ab\u00a0bien s\u00fbr ! Tout est Lui ! Vous dites que Husayn est perdu ? Bien s\u00fbr qu&#8217;il l&#8217;est ! L&#8217;oc\u00e9an tout entier n&#8217;est pas perdu et ne le sera jamais.\u00a0\u00bb<br \/> Quand il demand\u00e8rent \u00e0 Junayd de donner l&#8217;interpr\u00e9tation \u00e9sot\u00e9rique de cette d\u00e9claration, il dit, \u00ab\u00a0laissez-le \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9, car aujourd&#8217;hui n&#8217;est pas le moment des interpr\u00e9tations \u00e9sot\u00e9riques.\u00a0\u00bb (TA 423)<br \/> Hall\u00e2j fr\u00e9quenta les r\u00e9unions de Junayd durant une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es. Pendant cette p\u00e9riode il \u00e9crivit de fa\u00e7on prolifique, et beaucoup de trait\u00e9s lui ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s de cette \u00e9poque. Vers la fin de cette p\u00e9riode, il s\u00e9journa \u00e0 la Mecque, o\u00f9 il passa une ann\u00e9e en retraite. Retournant \u00e0 Bagdad, il se r\u00e9unit \u00e0 nouveau avec le cercle de Junayd, mais une ann\u00e9e plus tard il quitta Bagdad pour  Shustar.<br \/> Finalement, en 301\/922 les \u00e9v\u00e9nements conduisant \u00e0 son ex\u00e9cution commenc\u00e8rent \u00e0 se pr\u00e9cipiter. Il avait \u00e9videmment d\u00e9pass\u00e9 les limites, et on lui jetait des pierres de tous cot\u00e9s. Les gens de Bagdad sortirent et se r\u00e9unirent pour parler de sa situation. L&#8217;un d&#8217;eux se leva et s&#8217;adressa aux autorit\u00e9s de la loi canonique et de la voie, leur faisant le d\u00e9fi de d\u00e9clarer si cet homme \u00e9tait un h\u00e9r\u00e9tique (mulhid) ou un confesseur de l&#8217;Unit\u00e9 Divine (muwahhid).  <br \/> Junayd dit qu&#8217;il \u00e9tait le second. \u00ab\u00a0Dans ce cas\u00a0\u00bb, demanda l&#8217;homme, \u00ab\u00a0\u00e9tait-ce juste qu&#8217;ils ex\u00e9cutent cet homme, ou \u00e9tait-ce une erreur ?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0C&#8217;\u00e9tait juste,\u00a0\u00bb dit Junayd. Quand l&#8217;homme demanda pourquoi, Junayd r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu appela son \u00eatre int\u00e9rieur et sa t\u00eate. Il est le d\u00e9vot et Dieu est le cr\u00e9ateur. Noy\u00e9 par l&#8217;amour, le d\u00e9vot expose son \u00eatre int\u00e9rieur,  tandis que Dieu, conduit par la jalousie de l&#8217;amour condamne sa t\u00eate \u00e0 la potence. Quelle cause de regret avez-vous ? Quelle raison avez-vous d&#8217;interf\u00e9rer entre le d\u00e9vot et le cr\u00e9ateur ? \u00d4\u00a0! amis, si c&#8217;est la religion qui est importante pour vous alors soyez prudents, mais si c&#8217;est Dieu qui est important, alors tournez votre regard vers la Voie. Si vous voulez garder votre t\u00eate  alors gardez votre \u00eatre int\u00e9rieur confidentiel.\u00a0\u00bb (TSY 76)<br \/> Les bras de Hall\u00e2j \u00e9taient bless\u00e9s, mais il continuait \u00e0 faire ses ablutions pour ses pri\u00e8res avec le sang qui coulait de plus belle. Quand il mourut, son corps fut descendu et enroul\u00e9 dans une natte de paille et br\u00fbl\u00e9 et ses cendres furent jet\u00e9es dans les eaux du Tigre.<\/p>\n<h4>Junayd et les soufis de Shiraz<\/h4>\n<p>Contemporain de Junayd \u00e9tait le grand ma\u00eetre de Shiraz, Ab\u00fb &#8216;Abd All\u00e2h b. Khaf\u00eef (d 982), l&#8217;un des deux seuls soufis qui eut le courage de visiter Hall\u00e2j en prison, l&#8217;autre \u00e9tant le loyal compagnon mentionn\u00e9 plus haut Ibn &#8216;At\u00e2. Dans le cas de Khaf\u00eef, la visite \u00e9tait particuli\u00e8rement remarquable, parce que le ma\u00eetre entreprit le long voyage depuis sa ville natale jusqu&#8217;\u00e0 Bagdad pour visiter le futur martyr incarc\u00e9r\u00e9.<br \/> Cependant, Ibn Khaf\u00eef ne respectait pas seulement Hall\u00e2j, mais avait une r\u00e9v\u00e9rence \u00e9gale pour son ma\u00eetre Junayd, qui avait prit une position ext\u00e9rieurement hostile au cas de Hall\u00e2j. La raison de cela \u00e9tait que Ibn Khaf\u00eef avait le discernement pour comprendre le lien entre le ma\u00eetre condamnant et le disciple condamn\u00e9.<br \/> Le respect de Ibn Khaf\u00eef appara\u00eet dans un incident o\u00f9 un disciple de Junayd lui rendit visite \u00e0 sa Khaneqah de Shiraz, et ils sortirent pour une promenade ensemble. \u00ab\u00a0Marche devant\u00a0\u00bb dit l&#8217;h\u00f4te \u00e0 son invit\u00e9. \u00ab\u00a0Quel droit ai-je donc \u00e0 aller devant vous ?\u00a0\u00bb, demanda l&#8217;invit\u00e9 avec surprise, honor\u00e9 par la pr\u00e9sence du ma\u00eetre. \u00ab\u00a0Tu as le droit\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit Ibn Khaf\u00eef, \u00ab\u00a0parce que tu as vu Junayd et a \u00e9t\u00e9 son disciple alors que moi non.\u00a0\u00bb (MH 244)<br \/> Un autre soufi de Shiraz qui respectait Junayd \u00e9tait Ab\u00fb l-&#8216;Abb\u00e2s Ahmad b. Surayj (d. 918), qui avait assist\u00e9 aux r\u00e9unions de Junayd lorsqu&#8217;il \u00e9tudiait la jurisprudence \u00e0 Bagdad, bien qu&#8217;il attendit pour \u00eatre initi\u00e9 de retourner dans sa ville natale, o\u00f9 Ibn Khaf\u00eef devint son ma\u00eetre. <br \/> Ibn Surayj \u00e9tait l&#8217;un des plus \u00e9minents jurisprudents de son temps, partageant avec Junayd la m\u00eame profession. Sh\u00e2fi&#8217;ite en jurisprudence, il  fut le premier \u00e0 apporter l&#8217;analyse rationnelle (tafakkur) et la logique dans le champ de la jurisprudence et est consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;une des trois figures phares du III\u00e8me\/X\u00e8me si\u00e8cle dans ce domaine de la loi canonique.<br \/> Un soufi rapporte avoir assist\u00e9 \u00e0 une conf\u00e9rence dict\u00e9e par Ibn Surayj, o\u00f9 il parlait des principes et corollaires avec une telle fluidit\u00e9 que l&#8217;auditeur en \u00e9tait stup\u00e9fait. Quand le visiteur exprima sa stup\u00e9faction devant l&#8217;aisance avec laquelle Ibn Surayj avait pr\u00e9sent\u00e9 son travail, ce dernier lui demanda s&#8217;il parvint \u00e0 savoir d&#8217;o\u00f9 venait cette inspiration. Quand le visiteur avoua qu&#8217;il ne savait pas, Ibn Surayj dit que tout cela venait \u00ab\u00a0de la pr\u00e9sence charismatique de Junayd.\u00a0\u00bb (RQ 52) Quand Ibn Surayj assistait aux assembl\u00e9es de Junayd, il lui fut demand\u00e9 s&#8217;il consid\u00e9rait les mots du ma\u00eetre comme science. \u00ab\u00a0De cela, je n\u2019en sais rien\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit-il, \u00ab\u00a0mais je sais cela : ses mots ont un impact comme s&#8217;ils \u00e9taient conduits par Dieu sur sa langue.\u00a0\u00bb (TA 428 &amp; RQ 726)<\/p>\n<h4>La pers\u00e9cution des soufis<\/h4>\n<p>L&#8217;histoire raconte que  Junayd garda le nombre de disciples de son cercle \u00e0 vingt, confiant son enseignement de la gnose \u00e0 ceux ayant la perspicacit\u00e9 la plus aiguis\u00e9e.<br \/> A chaque fois qu&#8217;il donnait un enseignement par \u00e9crit sous la forme d&#8217;une lettre, il usait de la plus grande discr\u00e9tion possible en choisissant son vocabulaire. Dans une lettre \u00e0 un ami, il confessa avoir eu des arri\u00e8re-pens\u00e9es \u00e0 \u00e9crire cette missive parce que quelques temps plus t\u00f4t une lettre \u00e0 un ami \u00e0 Ispahan \u00e9tait tomb\u00e9e entre les mains de quelqu&#8217;un d&#8217;autre, qui l&#8217;avait ouverte, bien que cette personne fut heureusement incapable de d\u00e9chiffrer le texte.<br \/> Chacun devait toujours faire attention \u00e0 \u00e9crire d&#8217;une telle fa\u00e7on que seul le destinataire puisse comprendre ce qui \u00e9tait communiqu\u00e9. On devait r\u00e9sister \u00e0 la tentation d&#8217;en dire trop et conna\u00eetre les capacit\u00e9s de notre compagnon, ne parlant jamais au-dessus de son niveau.<br \/> Les soufis firent de grands efforts pour crypter leurs enseignements durant cette p\u00e9riode. Un exemple est celui des notes d&#8217;Amr b. &#8216;Uthm\u00e2n Makk\u00ee sur la science mystique (&#8216;ilm-i ladun\u00ee), qu&#8217;un disciple prit par accident. Makk\u00ee s&#8217;empressa de r\u00e9cup\u00e9rer les notes, effray\u00e9 que si elles tombaient entre de mauvaises mains, elles puissent impliquer le disciple, lui valant de subir la torture et une s\u00e9v\u00e8re punition. Certains disent que le jeune homme en question n&#8217;\u00e9tait autre que le c\u00e9l\u00e8bre Hall\u00e2j, au sujet duquel Makk\u00ee anticipait en fait le tourment qui allait lui \u00eatre inflig\u00e9. De plus, il y a un fort point de vue selon lequel l&#8217;ex\u00e9cution d&#8217;Hall\u00e2j fut express\u00e9ment due \u00e0 sa r\u00e9v\u00e9lation des secrets de Dieu.<br \/> Attar rapporte le r\u00e9cit d&#8217;un ma\u00eetre qui explique qu&#8217;il avait pass\u00e9 une nuit enti\u00e8re jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;aube \u00e0 prier au pied du poteau sur lequel fut pendu Hall\u00e2j, quand le jour pointa, une voix dans son c\u0153ur l\u2019informa, \u00ab\u00a0j&#8217;ai confi\u00e9 mes plus profonds secrets \u00e0 Hall\u00e2j, et il les a r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. Ainsi telle est  la punition de ceux qui r\u00e9v\u00e8lent les secrets du Roi.\u00a0\u00bb (TA 594)<br \/> Dans un autre r\u00e9cit de Att\u00e2r, Shibl\u00ee raconte comment il alla sur la tombe de Hall\u00e2j et passa la nuit en pri\u00e8re jusqu&#8217;au lever du soleil. Juste avant l&#8217;aube il entra en communion avec Dieu, priant &#8221; \u00d4\u00a0! Dieu, c&#8217;\u00e9tait un des tes d\u00e9vots &#8211; croyant, gnostique, confesseur de l&#8217;Unit\u00e9 Divine. Pourquoi as-tu apport\u00e9 l&#8217;affliction sur sa t\u00eate ?\u00a0\u00bb Il s&#8217;endormit et r\u00eava du jour de la r\u00e9surrection, Dieu s&#8217;adressant \u00e0 lui, disant, \u00ab\u00a0je lui ai fait cela parce qu&#8217;il a divulgu\u00e9 mes secrets \u00e0 ceux qui m\u2019\u00e9taient \u00e9trangers.\u00a0\u00bb (TA 594)<br \/> D&#8217;o\u00f9 le vers de Hafez:<\/p>\n<address>Cet amoureux qui a ennobli l&#8217;\u00e9chafaud,<\/address>\n<address>Son crime fut  de r\u00e9v\u00e9ler des secrets.<\/address>\n<p> Vers la fin de la p\u00e9riode de Junayd, les membres de l&#8217;\u00e9cole de Bagdad furent de plus en plus sujets aux tourments et aux pers\u00e9cutions. La situation devint si mauvaise que m\u00eame Junayd fut accus\u00e9 d&#8217;h\u00e9r\u00e9sie.<br \/> Un certain nombre de chroniqueurs ont racont\u00e9 cette pers\u00e9cution. Une fois, plusieurs soufis furent amen\u00e9s devant le Calife Al-Mawaffas pour \u00eatre test\u00e9s, mais Junayd tenta un stratag\u00e8me et se pr\u00e9senta lui-m\u00eame comme juge pour juger cette affaire.<br \/> Dans ce jugement les soufis furent accus\u00e9s d&#8217;avoir pr\u00e9tendu qu&#8217;il y avait de l&#8217;amour entre Dieu et Adam, tandis que le procureur soutenait qu&#8217;un tel amour ne put exister, prouvant que ceux qui pr\u00e9tendaient cela \u00e9taient des incroyants. Cependant, Junayd, en tant que juge pr\u00e9sidant l&#8217;affaire, d\u00e9clara que l&#8217;amour est un attribut de l&#8217;\u00eatre cr\u00e9\u00e9 et ne peut \u00eatre appliqu\u00e9 au cr\u00e9ateur, et qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;incroyance d&#8217;affirmer, \u00ab\u00a0j&#8217;aime Dieu et Dieu m&#8217;aime\u00a0\u00bb. C&#8217;\u00e9tait la position des fondamentalistes ennemis du soufisme, en d\u00e9pit de la d\u00e9claration coranique : \u00ab\u00a0Il les aime et ils L\u2019aiment\u00a0\u00bb(Coran 5 : 54).<br \/> Samn\u00fbn Muhibb (\u00ab\u00a0l&#8217;amoureux\u00a0\u00bb), un ma\u00eetre brillant dans son genre et l&#8217;un des amis les plus importants de Junayd, \u00e9tait un homme de disposition joyeuse et d&#8217;un grand charme. L&#8217;une de ses disciples femme tomba amoureuse de lui et chercha \u00e0 se marier avec lui. Quand Samn\u00fbn l&#8217;apprit, il exclut la femme de son cercle des disciples.<br \/> Faisant appel \u00e0 Junayd, la femme demanda, \u00ab\u00a0Que penses-tu de la situation o\u00f9 il y avait un homme qui \u00e9tait mon guide vers Dieu, et o\u00f9 Dieu  disparut et ne resta que l&#8217;homme ?\u00a0\u00bb<br \/> Junayd savait ce qu&#8217;elle entendait et refusa de r\u00e9pondre, ainsi la femme vint \u00e0 l&#8217;homme qui avait port\u00e9 les soufis en jugement, se plaignant que plusieurs soufis s&#8217;\u00e9taient mal conduits \u00e0 son \u00e9gard. Cette plainte fut retenue parmi les accusations port\u00e9es contre les soufis.<br \/> Ainsi les accusations contre Junayd et ses disciples m\u00e9lang\u00e8rent des consid\u00e9rations doctrinales et th\u00e9ologiques avec des incidents sociaux et moraux. Le juge dans ce cas particulier d\u00e9f\u00e9ra son autorit\u00e9 au Calife, qui \u00e0 son tour, voulant \u00e9viter tout scandale, conclut un non-lieu, disculpant l&#8217;accus\u00e9.<br \/> Bien entendu, le renvoi de l&#8217;affaire ne fit rien pour endiguer la pers\u00e9cution des soufis par leurs opposants qui continu\u00e8rent avec plus de z\u00e8le que jamais. Petit \u00e0 petit la plupart des membres de l&#8217;\u00e9cole de Bagdad se retir\u00e8rent silencieusement en retraite. Cette suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements attrista beaucoup Junayd en particulier, le rendant plus prudent que jamais dans son approche, \u00e0 tel point que les \u00e9crits de la fin de sa vie sont pleins de citations du Coran et de r\u00e9f\u00e9rences aux traditions proph\u00e9tiques.<br \/> En marge de leur recours au cryptage, une autre fa\u00e7on pour les soufis de se prot\u00e9ger lorsqu\u2019ils \u00e9taient assaillis par d\u2019hostiles importuns \u00e9tait de r\u00e9pondre \u00e9nigmatiquement. Selon la doctrine soufie, la r\u00e9ponse \u00e9nigmatique ou rind\u00ee, ne vient pas de l\u2019esprit conscient individuel d\u2019une personne mais de son c\u0153ur, de sorte que les paroles prononc\u00e9es ne viennent pas de lui-m\u00eame mais de la Source Transcendante.<br \/> Une fois Ibn Surayj, le brillant juge Sh\u00e2fi\u2019ite qui \u00e9tait aussi un disciple du Ma\u00eetre de Shiraz, Ibn Khaf\u00eef, s\u2019exclama devant Junayd\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis tout le temps que j\u2019\u00e9coute vos discours je n\u2019aurais jamais pu deviner quelle r\u00e9ponse vous alliez donner aux questions des gens. \u00bb<br \/> \u00ab\u00a0Dieu m\u2019inspire\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit le ma\u00eetre, \u00ab\u00a0faisant couler les mots de ma langue, des mots qui ne peuvent \u00eatre trouv\u00e9s dans aucun livre ou recueil de paroles proph\u00e9tiques.\u00a0Ils viennent purement de la faveur de Dieu. \u00bb<br \/> Quand l\u2019auteur d\u2019un livre r\u00e9pudiant toutes les sectes demanda qui \u00e9tait l\u2019autorit\u00e9 du soufisme, il fut r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 Junayd. Quand il demanda au ma\u00eetre quelle \u00e9tait la base de sa secte, ce dernier r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous nous pr\u00e9occupons de distinguer l\u2019Eternel du transitoire, nous s\u00e9parant de l\u2019identification avec la famille et la terre, et de ne pas \u00eatre conscient de ce qui est pass\u00e9 et de ce qui est \u00e0 venir. \u00bb<br \/> \u00ab\u00a0C\u2019est une affirmation\u00a0\u00bb, admit le r\u00e9futateur, \u00ab\u00a0cela ne peut \u00eatre r\u00e9fut\u00e9.\u00a0\u00bb<br \/> Plus tard il assista \u00e0 une r\u00e9union de Junayd et demanda le sens de la reconnaissance de l\u2019Unit\u00e9 Divine (tawh\u00eed). Le ma\u00eetre r\u00e9pondit seulement par une r\u00e9ponse \u00e9nigmatique que seuls les initi\u00e9s purent comprendre. Quand le r\u00e9futateur lui demanda de r\u00e9p\u00e9ter sa parole, le ma\u00eetre fit simplement une autre d\u00e9claration \u00e9nigmatique.<br \/> Quand le r\u00e9futateur chercha une explication, le ma\u00eetre dit \u00ab\u00a0si cela \u00e9tait venu de ma langue j\u2019aurais pu vous l\u2019expliquer.\u00a0\u00bb<br \/> Le r\u00e9futateur fut impressionn\u00e9 par l\u2019\u00e9tat \u00e9lev\u00e9 et inspir\u00e9 de Junayd. (ShDh II 229) La r\u00e9putation de Junayd en tant que d\u00e9bateur et porte-parole de grand esprit \u00e9tait si grande que m\u00eame le Calife Al-Muqtadir le portait en estime, d\u00e9clarant qu\u2019il \u00e9tait impossible de d\u00e9battre avec Junayd sans une logique aiguis\u00e9e. En m\u00eame temps, les masses \u00e9taient sublim\u00e9es par sa  rh\u00e9torique. Les ennemis \u00e9taient constamment au travail, et un groupe de courtisans machiav\u00e9liques tram\u00e8rent un complot pour prendre Junayd au pi\u00e8ge. Le calife avait une esclave qu&#8217;il avait achet\u00e9e pour trois mille dinars. Sa beaut\u00e9 n&#8217;avait pas d&#8217;\u00e9gal, et le Calife tomba amoureux d&#8217;elle, ordonnant qu&#8217;elle fut habill\u00e9e du plus bel apparat, orn\u00e9e des pierres pr\u00e9cieuses les plus rares.<br \/> Les courtisans propos\u00e8rent au Calife qu&#8217;il l&#8217;envoie dans sa belle parure \u00e0 Junayd, lui disant qu&#8217;elle voulait s&#8217;offrir elle-m\u00eame \u00e0 lui, ayant assez d&#8217;argent et \u00e9tant devenue d\u00e9prim\u00e9e de la vie dans le monde. Elle d\u00e9clarerait qu&#8217;elle voulait mener une vie spirituelle, disant que son c\u0153ur  ne pourrait plus trouver la paix avec aucun mortel. Elle allait s&#8217;offrir elle-m\u00eame \u00e0 lui, \u00f4tant son voile, sa propre pr\u00e9sence \u00e9tant un \u00e9loquent t\u00e9moignage du s\u00e9rieux de son intention.<br \/> Elle fut ainsi envoy\u00e9e accompagn\u00e9e d&#8217;un serviteur. Ils arriv\u00e8rent comme convenu \u00e0 la maison du ma\u00eetre et proc\u00e9dant de la fa\u00e7on qu&#8217;on leur avait indiqu\u00e9e. Junayd trouva ses yeux tombant sur elle involontairement. Il resta silencieux, ne donnant aucune r\u00e9ponse \u00e0 ce qu&#8217;elle lui disait. La fille r\u00e9p\u00e9ta ce qu&#8217;elle venait de dire et le ma\u00eetre baissa la t\u00eate. Ensuite, soudainement il releva la t\u00eate et cria, \u00ab\u00a0All\u00e2h !\u00a0\u00bb, expirant un souffle sur elle, \u00e0 la suite de quoi elle tomba et mourut. Le serviteur rentra et rapporta l&#8217;\u00e9pisode au Calife qui se trouva br\u00fblant des flammes du remord, d\u00e9clarant, \u00ab\u00a0quand tu fais aux fid\u00e8les partisans ce que tu ne devrais pas faire, tu vois ce que tu ne devrais pas voir\u00a0\u00bb. Ensuite il sortit lui-m\u00eame pour aller voir le ma\u00eetre, disant, \u00ab\u00a0quand on agit de la sorte, on se doit d&#8217;aller et de se faire humble.\u00a0\u00bb<br \/> Quand il arriva, il demanda \u00e0 Junayd, \u00ab\u00a0\u00d4\u00a0! Ma\u00eetre, as-tu donn\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 ton c\u0153ur pour que tu puisses r\u00e9duire une telle forme en cendres ?\u00a0\u00bb<br \/> \u00ab\u00a0\u00d4 Commandant des fid\u00e8les\u00a0\u00bb, r\u00e9pliqua Junayd, \u00ab\u00a0est-ce votre bienfaisance envers les croyants qui se refl\u00e8te dans votre d\u00e9sir de r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant mes quarante ann\u00e9es d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9, de nuits blanches et de mortifications ? Je ne suis moi-m\u00eame pas important, mais ne fais pas ce genre de choses, afin que d&#8217;autres ne fassent pas de m\u00eame.\u00a0\u00bb<br \/> D\u00e8s lors le statut de Junayd grandit et sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 s&#8217;\u00e9tendit au-del\u00e0 du domaine du Calife. Chaque fois que Dieu le mettait \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve, celle-ci \u00e9tait multipli\u00e9 par 4000. Il parla des myst\u00e8res, jusqu&#8217;au moment o\u00f9 Dieu lui dit de ne pas parler ainsi aux autres et de ne plus faire r\u00e9f\u00e9rence au pl\u00e9r\u00f4me des saints dans le monde spirituel, afin qu&#8217;il puisse ainsi se concentrer pour appeler les gens \u00e0 Dieu. (TA 418)<\/p>\n<h4>Abr\u00e9viations<\/h4>\n<p>AA= &#8216;Abhar al-&#8216;\u00e2shiq\u00een<br \/> AM= &#8216;Aw\u00e2rif al-ma&#8217;\u00e2rif<br \/> EO= Ihy\u00e2 &#8216;ul\u00fbm ad-d\u00een<br \/> FM= Firdaws al-murshidiyya<br \/> FwJ= Faw\u00e2&#8217;ih al-jam\u00e2l wa faw\u00e2tih al-jal\u00e2l (Najm ad-din Kubr\u00e2)    <br \/> HyA= Hilyat al-awliy\u00e2\u2019<br \/> JvAs= Jaw\u00e2bir al-asr\u00e2r (Khw\u00e2razm\u00ee)<br \/> KAM= Kashf al-asr\u00e2r (Maybud\u00ee)<br \/> KM= Kashf al-mahj\u00fbb (Hujw\u00eer\u00ee)<br \/> Lm= Lama\u2019\u00e2t (\u2018Ir\u00e2q\u00ee)<br \/> LT= Kit\u00e2b luma\u2019 f\u00ee t-tasawwuf<br \/> MA= Mashrab al-arw\u00e2h<br \/> MjM= Maj\u00e2lis al-mu\u2019min\u00een (Qad\u00ee N\u00fbr All\u00e2h Shustar\u00ee)<br \/> MH= Misb\u00e2h al-hid\u00e2ya<br \/> NmD= N\u00e2ma-yi d\u00e2nishwar\u00e2n<br \/> QQ= Qut al-qul\u00fbb (Makk\u00ee)<br \/> RAr= Rawh al-arw\u00e2h<br \/> RQ= Risa\u00e2la-yi qushayriya<br \/> RSh= Ris\u00e2\u2019il-i-Sh\u00e2h Ni\u2019mat All\u00e2h-i Wal i<br \/> ShDh= Shadhar\u00e2t adh-dhahab<br \/> SfS= Sifat as-safwa<br \/> SkS= silk as-sul\u00fbk<br \/> ST= Sharh-i ta\u2019arruf li-madhhab ahl at-tasawwuf<br \/> T= Tamhid\u00e2t<br \/> TA= Tadhriat al-awliy\u00e2\u2019<br \/> TAB= Tafs\u00eer \u2018ar\u00e2\u2019is al-bay\u00e2n (Ruzbih\u00e2n Baql \u00ee)<br \/> TAT= Tasawwuf u adabiy\u00e2t-\u00ee tasawwuf (Bertels)<br \/> TB= T\u00e2r\u00eekh Baghd\u00e2d<br \/> TbA= Tabaq\u00e2t al-awliy\u00e2\u2019 (Ibn mulaqqin)<br \/> TfA= Tafs\u00eer-i Ans\u00e2r\u00ee<br \/> TGz= T\u00e2r\u00eekh-i guz\u00eeda<br \/> TKb= at-tabaq\u00e2t al-kubr\u00e2 (Sha\u2019r\u00e2n\u00ee)<br \/> TSA= Tabaq\u00e2t as-s\u00fbfiya (Ans\u00e2r\u00ee)<br \/> TSS= Tabaq\u00e2t as-s\u00fbfiya (Sulam\u00ee)<br \/> TSY= Tafs\u00eer-i sura-yi Y\u00fbsuf (Ahmad b. Muhammad b. Zayd T\u00fbs\u00ee)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Terry Graham Le ma\u00eetre qui rendit le soufisme conventionnellement acceptable Surnomm\u00e9 l&#8217;\u00a0\u00ab Imam du Soufisme \u00bb, car sa pratique du&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1409","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1409","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1409"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1409\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1409"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1409"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1409"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}