{"id":1407,"date":"2008-07-10T22:52:55","date_gmt":"2008-07-10T22:52:55","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/le-point-de-vue-de-roumi-sur-le-mal"},"modified":"2013-05-10T21:16:29","modified_gmt":"2013-05-10T21:16:29","slug":"le-point-de-vue-de-roumi-sur-le-mal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2008\/07\/10\/le-point-de-vue-de-roumi-sur-le-mal\/","title":{"rendered":"Le point de vue de Roumi sur le Mal"},"content":{"rendered":"<p><em>Zailan Moris<\/em><\/p>\n<p>La question du Mal est un probl\u00e8me philosophico-religieux tr\u00e8s ancien<br \/>\nqui \u00e0 intrigu\u00e9 l&#8217;humanit\u00e9 depuis l&#8217;antiquit\u00e9. Le probl\u00e8me principal est<br \/>\nque l&#8217;existence du Mal dans ce monde para\u00eet contradictoire avec<br \/>\nl&#8217;existence d&#8217;un dieu Omnipotent, Omniscient et \u00e0 la Bont\u00e9 Infinie.<br \/>\nD&#8217;un point de vue rationnel, l&#8217;existence du mal semble contredire la<br \/>\ncroyance en l&#8217;existence de Dieu avec ses attributs d&#8217;Omnipotence,<br \/>\nd&#8217;Omniscience et de Souveraine Bont\u00e9. <\/p>\n<p>Les ath\u00e9istes ont toujours dit qu&#8217;il fallait que les th\u00e9istes puisent prouver que l&#8217;existence d&#8217;un Dieu, Tout-puissant, Tout connaisseur et Parfaitement Bon \u00e9tait consistante ou compatible avec l&#8217;existence du Mal dans ce monde. Dans le cas contraire il faut admettre soit que la croyance religieuse est fausse, soit que les attributs divins d&#8217;omnipotence, d&#8217;omniscience et de Bont\u00e9 Infinie doivent \u00eatres compris diff\u00e9remment que pr\u00e9sentement (Mackie 1973, pp. 206-216).\u00a0 En d&#8217;autres termes l&#8217;existence du Mal est vue comme une preuve de la non-existence de Dieu, ou bien comme une imperfection de la Connaissance, du Pouvoir et de la Bont\u00e9 de Dieu.<br \/>\nLa formulation suivante par le philosophe grecque Epicure, au 3eme si\u00e8cle avant J.C., \u00e9voque de fa\u00e7on succincte le probl\u00e8me :<\/p>\n<p>Dieu veut-il emp\u00eacher le mal,<br \/>\nMais ne le peux pas?<br \/>\nIl est dans ce cas impuissant ?<br \/>\nS&#8217;il le peux mais ne le veut pas ?<br \/>\nIl serait dans ce cas pervers?<br \/>\nS&#8217;il le veux et le peux ?<br \/>\nPourquoi ne le fait-il pas ?<\/p>\n<p>Nous tenterons dans cet essai de pr\u00e9senter le point de vue sur le mal du c\u00e9l\u00e8bre ma\u00eetre Soufi et po\u00e8te, Jalal al-Din Rumi&#8217;s (604-672 H\u00e9gire \/1207-1273 apr\u00e8s J.C.) qui donne une solution au probl\u00e8me logique soulev\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. Consistant avec le credo islamique que \u00ab toute chose vient de dieu, et toute chose retourne vers Lui \u00bb (Coran 21 :93), Roumi nous dit que le mal est une cr\u00e9ation de Dieu dont Il a permis l&#8217;existence au sein de ce monde et de l&#8217;homme, dans un certain but. Contrairement au point de vue qui dit que l&#8217;existence du mal d\u00e9montre l&#8217;imperfection de Dieu, Roumi nous explique que l&#8217;existence du Mal est preuve de son infinie Pouvoir, Savoir et Bont\u00e9. Afin d&#8217;\u00e9tayer nos propos nous avons choisi d&#8217;utiliser deux \u0153uvres majeures de Roumi, le Mesnevi et le Fihi ma fihi.<\/p>\n<p>Selon un hadith qoudsi : \u00ab J&#8217;\u00e9tais un tr\u00e9sor cach\u00e9, et j&#8217;ai voulu \u00eatre connu, j&#8217;ai alors cr\u00e9\u00e9 le monde afin d&#8217;\u00eatre connu par lui \u00bb. Ainsi la cr\u00e9ation divine est une manifestation de Son infini pouvoir cr\u00e9ateur et d\u00e9sir d&#8217;autor\u00e9v\u00e9lation. Toute cr\u00e9ature dans sa forme (surat) et son essence (ma&#8217;na) manifeste Dieu qu&#8217;elle en soit consciente ou pas.<\/p>\n<p>Les cr\u00e9atures de ce monde ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es dans le but d&#8217;\u00eatre manifeste, afin que le tr\u00e9sor de la providence divine ne reste pas cach\u00e9. Dieu a dit : <br \/>\n\u00ab J&#8217;\u00e9tais un tr\u00e9sor cach\u00e9 : Prends garde ! Ne laisse pas se perdre ta substance (spirituelle) ! Deviens manifeste&quot;.\u00a0 (Roumi 1982, IV 3028-29)<\/p>\n<p>Ainsi, les hommes jour et nuit et pour toujours r\u00e9v\u00e8lent Dieu ; hormis que certains en sont conscients et savent qu&#8217;elles Le r\u00e9v\u00e8lent, alors que d&#8217;autres n&#8217;en sont pas conscientes. Dans tous les cas, il est certain que Dieu est r\u00e9v\u00e9l\u00e9.<br \/>\n(Rumi 1961, p. 185) <\/p>\n<p>En th\u00e9ologie Islamique on fait la distinction entre l&#8217;Essence divine (dhat) et les Attributs divins (sifat) . L&#8217;Essence divine est ce que Dieu est, et Lui seul le sait. Les Attributs divins sont les Noms (asma&#8217;) de Dieu r\u00e9v\u00e9l\u00e9s dans la cr\u00e9ation et la r\u00e9v\u00e9lation (wahy) ou Saint Coran. Les versets du Coran, ph\u00e9nom\u00e8nes naturels ou \u00e9v\u00e8nements de l&#8217;\u00e2me humaine, sont appel\u00e9s &#8216;ayat&#8217; ou signes de Dieu.\u00a0 Les ayat naturels et coraniques se compl\u00e8tent et se renforcent mutuellement dans leur fonction de manifestation de la V\u00e9rit\u00e9, avec pour but de ramener l&#8217;homme vers Dieu. <\/p>\n<p>Les Attributs divins sont divis\u00e9s en deux cat\u00e9gories : Essence et Actions. Les Attributs de l&#8217;Essence sont tous les Noms (asma&#8217;) dont leur oppos\u00e9 n&#8217;est pas applicable \u00e0 Dieu. Par exemple, Dieu le Vivant (al-hay), l&#8217;Omniscient (al-\u2018Alim) et le Pur (al-Quddus). En ce qui concerne les Attributs des Actions, les Noms et leur oppos\u00e9 sont applicables, par exemple Dieu l&#8217;Exalteur (al-Rafi) et l&#8217;Abaisseur (al-Khafid), le Donneur de Vie (al-Muhyi) et le Saisisseur (al-Mumit). Du point de vue de Roumi, les qualit\u00e9s positives refl\u00e8tent la Bont\u00e9 de Dieu (lutf), tandis que leurs oppos\u00e9s d\u00e9notent la S\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de Dieu (qahr). La Bont\u00e9 (lutf) est l&#8217;\u00e9quivalent de la Mis\u00e9ricorde divine (rahman) et la S\u00e9v\u00e9rit\u00e9 (qahr) de la col\u00e8re divine (ghadab) (Chittick 1983, pp. 45)<\/p>\n<p>Dieu le Tr\u00e8s Haut dit : \u00ab J&#8217;\u00e9tais un tr\u00e9sor cach\u00e9, et j&#8217;ai voulu \u00eatre connu \u00bb, ce qui veut dire que \u2018J&#8217;ai cr\u00e9\u00e9 le Monde, et les objets propres \u00e0 Me r\u00e9v\u00e9ler, parfois gracieux, parfois rancunier&#8217;. Dieu n&#8217;est pas de l&#8217;esp\u00e8ce des rois qui se suffisent d&#8217;un seul messager. Si chaque atome de l&#8217;univers devenait un messager, ils seraient encore incapables de louer Ses qualit\u00e9s convenablement. (Roumi 1961, pp 185)<\/p>\n<p>En se basant sur un hadith qui dit \u00ab Ma Mis\u00e9ricorde pr\u00e9c\u00e8de mon courroux \u00bb, Roumi affirme que les Noms de Bont\u00e9 ont priorit\u00e9 ontologiquement sur les noms de S\u00e9v\u00e9rit\u00e9. Selon Roumi, la priorit\u00e9 de la Mis\u00e9ricorde divine sur la Col\u00e8re divine signifie que : premi\u00e8rement, les noms de S\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ont pour but de faire ressortir les noms de Bont\u00e9 afin de mettre en valeur la Mis\u00e9ricorde divine, et deuxi\u00e8mement la Mis\u00e9ricorde annule en fin de compte la Col\u00e8re.<\/p>\n<p>Le feu (de l&#8217;Enfer) en r\u00e9alit\u00e9 n&#8217;est qu&#8217;un atome du courroux de Dieu ; ce n&#8217;est qu&#8217;un fouet pour menacer les gens vils. En d\u00e9pit d&#8217;un tel courroux, qui est puissant et qui surpasse tout, sache que la fra\u00eecheur\u00a0 de Sa cl\u00e9mence l&#8217;emporte\u00a0 sur le courroux (Roumi 1982, IV 3742)<\/p>\n<p>Le courroux de Dieu est puissant, puissant ; mais quand tu commences \u00e0 trembler, ce courroux s&#8217;adoucit et s&#8217;att\u00e9nue. Car cette puissance est manifest\u00e9e\u00a0 \u00e0 l&#8217;incroyant ; quand tu es devenu humble, elle est cl\u00e9mence et bont\u00e9. (Roumi 1982, IV 3754)<\/p>\n<p>L&#8217;alternance entre les noms de Bont\u00e9 et de S\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de Dieu se manifeste dans la cr\u00e9ation selon le principe de ph\u00e9nom\u00e8ne oppos\u00e9. Ce principe cosmique fait partie de la structure m\u00eame de l&#8217;univers et il est l&#8217;une des id\u00e9es phares des \u00e9crits de Roumi. Roumi affirme que:<br \/>\n\u00ab par contraste les choses deviennent claires \u00bb (ibid., IV 1343). <br \/>\nToute chose cr\u00e9\u00e9e n\u00e9cessite son oppos\u00e9 afin de se r\u00e9v\u00e9ler clairement.<br \/>\n\u00ab Derri\u00e8re chaque n\u00e9ant se cache la possibilit\u00e9 de l&#8217;existence; La bont\u00e9 se cache parmi la cruaut\u00e9 comme la cornaline sans prix cach\u00e9e dans l&#8217;ordure. (ibid., V 1665). <\/p>\n<p>Sans ces deux concepts de cl\u00e9mence et de courroux en apparence oppos\u00e9, rien ne peut exister. <\/p>\n<p>\u00ab Le Cr\u00e9ateur est Celui qui abaisse et\u00a0 exalte : sans ces deux attributs, aucune \u0153uvre n&#8217;est accomplie.<br \/>\nConsid\u00e8re l&#8217;abaissement du globe terrestre et la hauteur\u00a0 du ciel ; sans ces deux attributs, la r\u00e9volution c\u00e9leste n&#8217;est pas possible.<br \/>\nL&#8217;abaissement et l&#8217;\u00e9l\u00e9vation de la terre sont d&#8217;une\u00a0 autre sorte ; une moiti\u00e9 de l&#8217;ann\u00e9e elle est aride, et l&#8217;autre moiti\u00e9 elle est verdoyante et fra\u00eeche.<br \/>\nSi l&#8217;abaissement et l&#8217;\u00e9l\u00e9vation du temps angoissant sont d&#8217;une autre sorte, une\u00a0 moiti\u00e9 de jour et l&#8217;autre moiti\u00e9 de nuit,<br \/>\nLe bon et le mauvais \u00e9tat de notre constitution physique sont tant\u00f4t la sant\u00e9\u00a0 et tant\u00f4t\u00a0 la maladie, qui nous fait crier de douleur.<br \/>\nSache qu&#8217;il en va ainsi\u00a0 de toutes les conditions changeantes\u00a0 du monde : la famine\u00a0 et la s\u00e9cheresse, la paix et la guerre- qui sont des \u00e9preuves (divines).<br \/>\nAu moyen de ces deux ailes, ce monde est comme un oiseau dans l&#8217;air ; au moyen d&#8217;elles d&#8217;eux, les \u00e2mes sont habit\u00e9es par la crainte et l&#8217;espoir,\u00a0 \u00bb (VI 1847- 54)<\/p>\n<p>Dans le Mesnevi, Roumi \u00e9crit: <br \/>\n\u00ab\u00a0 Un courroux et une gr\u00e2ce\u00a0 furent conjoints ; de ces deux, naquit le monde du bien et du mal \u00bb (II 2680)<\/p>\n<p>Comme pour tous les ph\u00e9nom\u00e8nes, le bien ne peut \u00eatre reconnu, si son oppos\u00e9 n&#8217;existe pas. L&#8217;oppos\u00e9 du bien est le mal :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 Tu ne connais pas le mal avant de conna\u00eetre le bien : ce n&#8217;est que par un contraire qu&#8217;il est possible de discerner son contraire, \u00f4 jeune homme\u00bb ( IV 1345)<\/p>\n<p>Ainsi donc, le Mal par contraste avec la manifestation du Bien, aide l&#8217;homme \u00e0 mieux discerner le bien, et par cons\u00e9quent \u00e0 en comprendre la nature. Le Mal permet donc en quelque sorte de mieux r\u00e9aliser le Bien.<\/p>\n<p>Contrairement au point de vue des ath\u00e9istes qui consid\u00e8rent le mal comme un d\u00e9faut de la perfection de Dieu, Roumi lui voit l&#8217;existence du Mal dans la cr\u00e9ation comme une preuve de la vrai grandeur de Dieu. Dans le Mesnevi, Roumi compare Dieu \u00e0 un maitre de peinture d\u00e9montrant son infini cr\u00e9ativit\u00e9 par des \u0153uvres aussi belles que laides :<\/p>\n<p>\u00ab Et si tu dis que les maux viennent aussi de Lui, comment serait-ce un d\u00e9faut dans\u00a0 Sa gr\u00e2ce ?<br \/>\nQu&#8217;Il octroie ce mal, c&#8217;est le fait de Sa perfection\u00a0 m\u00eame. Je vais te dire\u00a0 une parabole \u00e0 ce sujet, \u00f4 homme v\u00e9n\u00e9r\u00e9.<br \/>\nUn peintre a fait deux sortes de portraits : des portraits magnifiques et\u00a0 des portraits d\u00e9pourvus de beaut\u00e9 &#8230; <br \/>\nCes deux sortes de tableaux t\u00e9moignent de son talent ; ceux qui\u00a0 sont laids ne t\u00e9moignent pas de sa laideur \u00e0 lui, mais de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<br \/>\nIl rend le laid d&#8217;une laideur extr\u00eame, il est rempli de toutes les laideurs (possibles)<br \/>\nAfin que la perfection de son talent puisse \u00eatre manifest\u00e9e, et que celui qui nie son talent soit couvert de honte. (II 2535-84)<\/p>\n<p>En ce qui concerne la doctrine qui dit que Dieu est le cr\u00e9ateur \u00e0 la fois du bien et du mal, Frithjof Schuon, sp\u00e9cialiste du soufisme, nous explique que Dieu \u00ab en tant que Dieu souverain, \u00e0 tendance de par ce fait \u00e0 irradier et par cons\u00e9quent \u00e0 communiquer sa propre nature ; \u00e0 projeter et \u00e0 rendre explicite toutes \u2018les possibilit\u00e9s du Possible&#8217; \u00bb (Schuon 1981, pp. 138). Vue de cette fa\u00e7on, \u00ab le Mal est \u2018le possible de l&#8217;impossible&#8217;, et cette possibilit\u00e9 paradoxale est une n\u00e9cessit\u00e9 ontologique de la manifestation de \u2018l&#8217;illimitidit\u00e9&#8217; de toute possibilit\u00e9, qui ne peut m\u00eame exclure la N\u00e9ant \u00bb (ibid., pp. 140-141).<\/p>\n<p>Dans la vision de Roumi, le bien ou le mal absolue n&#8217;existe pas dans la cr\u00e9ation divine. Tout ce qui est cr\u00e9\u00e9, bien comme mal, participe \u00e0 la volont\u00e9 divine de r\u00e9v\u00e9ler ce Tr\u00e9sor cach\u00e9. Cependant, au sein de l&#8217;Etre Divin absolu et infini, toutes les tensions et conflits impliqu\u00e9s par l&#8217;opposition de ph\u00e9nom\u00e8nes sont transcend\u00e9s et apais\u00e9s. Dieu est l&#8217;Unit\u00e9 Absolue, le coincidentia op-positorum (jam&#8217;-i addad) parfait. (Schimmel 1978, pp. 231). N&#8217;ayant Lui-m\u00eame aucun oppos\u00e9 pour \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9, Il transcende tout oppos\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 Ne tombe pas dans l&#8217;erreur si tu vois que les lettres\u00a0 K et N (KuN) [ fait ou Sois ]sont deux .<br \/>\nK et N tirent, comme un lacet, afin d&#8217;attirer la non existence dans de grandes choses.<br \/>\nC&#8217;est pourquoi le lacet doit \u00eatre double dans le monde des formes, bien que ces deux lettres au fond soient une seule.<br \/>\nQue les pieds soient deux ou quatre, ils ne traversent qu&#8217;une seule route, \u00e0 l&#8217;instar des ciseaux doubles qui ne font qu&#8217;une seule coupure.<br \/>\n&#8230; ces deux oppos\u00e9s qui semblent se combattre, ont la m\u00eame intention et sont d&#8217;accord dans leur travail. \u00bb (I 3077-84)<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les aspects divergents de la cr\u00e9ation n\u00e9e du contraste dramatique entre les attributs divins de Compassion et de Col\u00e8re, de Beaut\u00e9 (djamal) et de Majest\u00e9 (jalal), sont sources\u00a0 pour l&#8217;homme de confusion et d&#8217;\u00e9tonnement. Roumi consid\u00e8re que la r\u00e9conciliation des aspects oppos\u00e9s de la cr\u00e9ation divine ne peut se faire par la raison ou par des discussions intellectuelles. La raison aura beau \u00ab \u00eatre perp\u00e9tuellement, jour et nuit, agit\u00e9 et commotionn\u00e9, essayant sans rel\u00e2che et avec ardeur de comprendre Dieu \u00bb\u00a0\u00a0 (Roumi 1961, pp. 47), elle n&#8217;arrivera \u00e0 aucun r\u00e9sultat. Dieu est incompr\u00e9hensible ; \u00ab Si l&#8217;homme arrivait \u00e0 comprendre Dieu, alors ce ne serait plus Dieu \u00bb (Ibid, pp 48) ; L&#8217;espoir d&#8217;obtenir une vision plus \u00e9lev\u00e9e et pure, r\u00e9conciliant les aspects oppos\u00e9 des attributs divins ne peut \u00eatre obtenu que lorsque l&#8217;homme se rapproche de Dieu (Schimmel, op. cit., pp. 238-40). Ce n&#8217;est que lorsque l&#8217;homme s&#8217;\u00e9chappe du \u2018monde des ph\u00e9nom\u00e8nes&#8217; et prend refuge en Dieu dans une soumission totale (islam) et un amour d\u00e9votionnel (mahabba) pour Lui, qu&#8217;il sera alors capable d&#8217;\u00eatre t\u00e9moin (shahid) de l&#8217;Unit\u00e9 divine voil\u00e9e par la multiplicit\u00e9 des formes cr\u00e9\u00e9es.<\/p>\n<p>Selon Roumi, la manifestation de la mis\u00e9ricorde et de la col\u00e8re divine est n\u00e9cessaire pour non seulement r\u00e9v\u00e9ler la grandeur et la perfection divine, mais aussi pour le d\u00e9veloppement spirituel de l&#8217;homme. L&#8217;homme est pris &quot;entre deux doigts du Mis\u00e9ricordieux&quot;. Il est un m\u00e9lange rare d&#8217;ange, d&#8217;animal, d&#8217;intellect (&#8216;aql) et de sensualit\u00e9 (nafs), d&#8217;esprit (ruh) et de mati\u00e8re (jism).<\/p>\n<p>Il existe trois types de cr\u00e9atures. La premi\u00e8re ce sont les anges fait d&#8217;intelligence pure. Le service, l&#8217;adoration et le souvenir de Dieu sont leur nature et ce de quoi ils se nourrissent. S&#8217;ils ob\u00e9issent \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, ce n&#8217;est pas de l&#8217;ob\u00e9issance car cela est dans leur nature propre et il ne peut en \u00eatre autrement. Les deuxi\u00e8mes ce sont les animaux fait de d\u00e9sirs purs sans intelligence pour leur cr\u00e9er des interdits. Ils ne sont sous le poids d&#8217;aucune obligation. Et enfin viennent les humains, compos\u00e9s \u00e0 la fois d&#8217;intelligence et de d\u00e9sirs. L&#8217;homme est mi-ange mi-animal&#8230;Il est pour toujours dans le tumulte et le conflit. Celui dont l&#8217;intelligence prend le dessus sur son animalit\u00e9 est plus \u00e9lev\u00e9 que les anges et celui dont l&#8217;animalit\u00e9 prend le dessus sur l&#8217;intelligence est plus bas qu&#8217;un animal.<\/p>\n<p>L&#8217;ange est sauv\u00e9 par le savoir et la b\u00eate par l&#8217;ignorance;<br \/>\nA mi chemin et se d\u00e9battant entre les deux se trouve l&#8217;homme! (Roumi 1961, pp. 89-90)<\/p>\n<p>Dans l&#8217;homme se refl\u00e8te l&#8217;arch\u00e9type de toute l&#8217;existence. Il est le microcosme, le miroir dans lequel se refl\u00e8te tous les noms et qualit\u00e9s divine:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 Adam est l&#8217;astrolabe des attributs de la Sublimit\u00e9 divine : la nature d&#8217;Adam est le th\u00e9\u00e2tre de Ses\u00a0 r\u00e9v\u00e9lations.<br \/>\nTout ce qui appara\u00eet en lui (Adam) est Son reflet, \u00e0 l&#8217;instar de la lune qui se refl\u00e8te dans l&#8217;eau de la rivi\u00e8re\u00bb (VI 3638)<\/p>\n<p>Le Coran t\u00e9moigne que l&#8217;homme impr\u00e9gn\u00e9 de l&#8217;esprit divin a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&#8217;image de Dieu: &quot; Quand je l&#8217;aurai fa\u00e7onn\u00e9 et gonfl\u00e9 par mon souffle,<br \/>\nallez et prosternez-vous devant lui&quot; <br \/>\nBien que l&#8217;homme soit le dernier \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, il est cependant le but et la couronne de la cr\u00e9ation. Comme le dit un hadith, &quot;ni la terre ni le ciel ne peut contenir Dieu mais seul le c\u0153ur d&#8217;un fid\u00e8le serviteur le contient&quot;, et donc toute la cr\u00e9ation est au service de l&#8217;homme afin qu&#8217;il atteigne sa d\u00e9livrance spirituelle et sa perfection. L&#8217;homme parfait (al-insan al-kamal) est la th\u00e9ophanie centrale (tajalli) des noms et qualit\u00e9s divines.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 L&#8217;homme est la\u00a0 substance, et la sph\u00e8re c\u00e9leste est son accident ; toutes les choses sont comme une branche, ou l&#8217;\u00e9chelon d&#8217;une \u00e9chelle : c&#8217;est l&#8217;homme qui est le but \u00bb (V, 3575)<\/p>\n<p>Il est \u00e9crit dans le Coran que lorsque Adam, le premier homme et proph\u00e8te, fut cr\u00e9\u00e9, Dieu ordonna aux anges de se prosterner devant lui, d\u00e9montrant ainsi la station exalt\u00e9 conf\u00e9r\u00e9e a l&#8217;homme parmi la cr\u00e9ation. Tous les anges se prostern\u00e8rent except\u00e9 Iblis. Celui-ci d\u00e9sob\u00e9it le commandement divin parce qu&#8217;il consid\u00e9rait qu&#8217;Adam lui \u00e9tait inf\u00e9rieur puisqu&#8217;il avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 a partir de glaise (tin) tandis qu&#8217;Iblis a partir de feu (7: 11-12). Selon Roumi, la d\u00e9sob\u00e9issance d&#8217;Iblis provient de son aveuglement spirituel, son incapacit\u00e9 \u00e0 distinguer l&#8217;essence (ma&#8217;na) de la forme (surat).<\/p>\n<p>\u00ab En un Adam qui \u00e9tait sans pareil ni \u00e9gal, l&#8217;\u0153il d&#8217;Iblis ne discerna rien d&#8217;autre qu&#8217;un morceau d&#8217;argile. \u00bb (III 2759)<\/p>\n<p>Lorsque Dieu expulsa Iblis du Paradis, celui-ci ne se repentit pas de son acte de d\u00e9sob\u00e9issance. Au contraire, il mit au d\u00e9fi Dieu qu&#8217;il \u00e9loignera autant qu&#8217;il le pourra les prog\u00e9nitures d&#8217;Adam du chemin de l&#8217;adoration et du souvenir de Dieu (7: 13-16).\u00a0 Iblis est donc, comme le dit le Coran, l&#8217;ennemi d\u00e9clar\u00e9 de l&#8217;homme dont il doit \u00eatre m\u00e9fiant. Iblis devient le symbole des qualit\u00e9s d\u00e9testables d&#8217;arrogance, de fiert\u00e9, d&#8217;envie, de d\u00e9sob\u00e9issance et d&#8217;aveuglement spirituel qui sont la source du Mal.<\/p>\n<p>Si l&#8217;on consid\u00e8re Iblis comme l&#8217;ennemi de l&#8217;homme et le symbole du Mal du point de vue ext\u00e9rieur, alors du point de vue int\u00e9rieur c&#8217;est sa sensualit\u00e9 ou \u00e9go (nafs) qui est son ennemi. C&#8217;est au travers de son nafs ou \u00e9go sensuel que Iblis trouve le moyen d&#8217;\u00e9loigner l&#8217;homme du chemin de Dieu et le pousser \u00e0 commettre des actes mauvais. Roumi consid\u00e8re que le Nafs et Iblis ne font qu&#8217;un en substance et font partie du domaine de l&#8217;enfer (Chittick, op. cit., p 89), qui selon le Coran est aliment\u00e9 par l&#8217;incroyance (kufr) elle-m\u00eame n\u00e9\u00e9 du rejet volontaire des &quot;signes&quot; de Dieu et de la d\u00e9fiance face au d\u00e9crets et commandements\u00a0 divins.<\/p>\n<p>La Chair (nafs) et\u00a0 le d\u00e9mon (Iblis) \u00e9taient\u00a0 (essentiellement) un au d\u00e9but, et ont \u00e9t\u00e9 ennemis et envieux d&#8217;Adam (III 3197)<\/p>\n<p>Etant donn\u00e9 que chaque chose a son oppos\u00e9 ou contraire afin d&#8217;\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9, l&#8217;oppos\u00e9 de l&#8217;\u00e9go sensuel (nafs) est l&#8217;intelligence. L&#8217;intelligence est la part ang\u00e9lique de l&#8217;homme associ\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re (nur) et au domaine du Paradis, et qui\u00a0 se d\u00e9veloppe par des actes de pi\u00e9t\u00e9 et d&#8217;adoration de Dieu, et par l&#8217;accomplissement et la r\u00e9alisation de bonnes actions. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 Etant donn\u00e9 que l&#8217;Ange est de m\u00eame origine\u00a0 que\u00a0 l&#8217;Intelligence, et qu&#8217;ils ne sont devenus deux formes diff\u00e9rentes qu&#8217;en vertu de la Sagesse divine&#8230;<br \/>\nL&#8217;Ange acquit des ailes et se mit \u00e0 voler comme un oiseau tandis\u00a0 que cette Intelligence\u00a0 renon\u00e7a aux ailes et se rev\u00eatit de splendeur\u00a0 (immat\u00e9rielle) \u00bb III 3192-94<\/p>\n<p>Selon Roumi, ce n&#8217;est qu&#8217;au moyen de l&#8217;\u0153il de l&#8217;intellect, \u00e9veill\u00e9 par une purification spirituelle, que l&#8217;homme devient capable de participer \u00e0 la vision divine de la cr\u00e9ation. Seul l&#8217;\u0153il illumin\u00e9 de l&#8217;intellect peut voir l&#8217;unit\u00e9 divine qui se cache derri\u00e8re l&#8217;alternance de la Cl\u00e9mence et la Col\u00e8re, et de la Beaut\u00e9 et de la Majest\u00e9.<br \/>\nN\u00e9anmoins, pour que l&#8217;homme puisse t\u00e9moigner de l&#8217;Unit\u00e9 Divine et ainsi r\u00e9aliser le &quot;t\u00e9moignage des fils d&#8217;Adam&quot;, il doit avant tout lib\u00e9rer son intellect de la domination de son \u00e9go sensuel autrement dit son ennemi int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Dieu le Tr\u00e8s-Haut leur r\u00e9pond, comme je l&#8217;ai dit, la passion animale en toi est ton ennemi et Mon ennemi; &quot;Ne prends pas Mon ennemi et ton ennemi comme ami&quot;. Combat constamment contre cet ennemi en l&#8217;emprisonnant; car lorsqu&#8217;il est emprisonn\u00e9 et subit souffrance et calamit\u00e9s, alors ta d\u00e9livrance est proche. (Roumi 1961, pp. 72).<\/p>\n<p>La perfection humaine ne peut \u00eatre atteinte qu&#8217;apr\u00e8s de longues p\u00e9riodes ou l&#8217;\u00e2me subit patiemment un douloureux processus de transformation alchimique. L&#8217;\u00e2me comme le plomb, doit \u00eatre transmut\u00e9 pour devenir de l&#8217;or; autrement dit, &quot;l&#8217;\u00e2me doit \u00eatre purifi\u00e9e, dissoute et cristallis\u00e9 \u00e0 nouveau pour r\u00e9aliser sa &#8216;nature d&#8217;or&#8217; qui est puret\u00e9 et luminosit\u00e9 infinie &quot; (Burckhardt 1970, pp. 24).\u00a0 Seul un c\u0153ur qui a \u00e9limin\u00e9 tout vices et bassesses issues de la domination du nafs et qui s&#8217;est orn\u00e9 de vertus et d&#8217;attributs divins (fada &#8216;il) est parfait et peut pr\u00e9tendre avoir atteint la limite extr\u00eame du potentiel humain. Pour devenir t\u00e9moin de l&#8217;Unit\u00e9 Divine, l&#8217;homme doit donc &#8216;mourir \u00e0 lui-m\u00eame&#8217;.\u00a0 <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 Que signifie acqu\u00e9rir la\u00a0 connaissance de l&#8217;Unit\u00e9 divine ? Se consumer en presence de l&#8217;Unique \u00bb<br \/>\n(Roumi 1982, I 3008)<\/p>\n<p>Bien que Dieu cr\u00e9e le bien et le mal, il faut noter qu&#8217;il n&#8217;approuve que le bien. Le commandement divin de faire le bien et l&#8217;interdiction divine de faire le mal n&#8217;ont de sens que si un aspect de l&#8217;homme, ou son \u00e9go, d\u00e9sire faire ce mal. Dans le Fihi mafihi, Roumi compare Dieu \u00e0 un professeur qui d&#8217;une part d\u00e9sire que son \u00e9tudiant soit ignorant afin de l&#8217;\u00e9duquer, mais qui par ailleurs n&#8217;approuve pas cette ignorance, car s&#8217;il le faisait il ne pourrait l&#8217;\u00e9duquer avec autant d&#8217;application. <\/p>\n<p>Dieu le Tr\u00e8s-Haut cr\u00e9e le bien et la mal mais n&#8217;approuve que le bien&#8230;Pour que le commandement de faire le bien et l&#8217;interdiction de faire le mal puissent \u00eatre appliqu\u00e9,\u00a0 il ne faut pas que l&#8217;\u00e2me d\u00e9sire le mal. Vouloir l&#8217;existence d&#8217;une telle \u00e2me est vouloir le mal. Mais Dieu n&#8217;approuve pas la mal, sinon il n&#8217;aurait pas ordonn\u00e9 de faire le bien&#8230;.On comprends donc que Dieu veut le mal d&#8217;un cote et ne le veut pas de l&#8217;autre (Roumi 1961, pp. 187)<\/p>\n<p>Pour conclure, nous pouvons dire que selon Roumi, le mal n&#8217;existe pas dans le Dieu Absolue et Parfait. N\u00e9anmoins, le mal existe dans la cr\u00e9ation. La cr\u00e9ation (ou manifestation), qui implique la s\u00e9paration de Dieu, est bas\u00e9 selon le principe fondamental de contraste et d&#8217;opposition. Le mal est issu de la s\u00e9paration de Dieu. Si l&#8217;on symbolise Dieu par la lumi\u00e8re, alors le mal peut \u00eatre symbolis\u00e9 par l&#8217;obscurit\u00e9. L&#8217;obscurit\u00e9 n&#8217;est pas une r\u00e9alit\u00e9 comme la lumi\u00e8re, mais est cr\u00e9e par l&#8217;absence de lumi\u00e8re. La pr\u00e9sence de l&#8217;obscurit\u00e9 est d\u00e9pendante de l&#8217;existence de la lumi\u00e8re. Contrairement a la lumi\u00e8re, l&#8217;obscurit\u00e9 n&#8217;a pas de r\u00e9alit\u00e9 ind\u00e9pendante. Le mal n&#8217;existe que dans le domaine de la manifestation ou relativit\u00e9; il n&#8217;existe pas en tant que R\u00e9alit\u00e9 absolue et ind\u00e9pendante, qui serait en opposition avec Dieu. Alors que le mal est de nature limit\u00e9 et relatif, l&#8217;Etre Divin est absolue et infini.<\/p>\n<p>Roumi affirme que le mal fonctionne dans la cr\u00e9ation en tant que manifestation contrast\u00e9 du bien. Sans la mal, le bien ne pourrait \u00eatre identifi\u00e9. Tout la souffrance et la douleur dont l&#8217;homme fait l&#8217;exp\u00e9rience et qui est le fruit du mal, n&#8217;est que la pr\u00e9paration pour atteindre et exp\u00e9rimenter le bonheur qui r\u00e9side dans le bien. Le mal n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour lui-m\u00eame, mais plut\u00f4t pour la manifestation, la r\u00e9alisation et l&#8217;accomplissement du bien. Ainsi donc, sur le plan cosmique,\u00a0 le mal dans son aspect limit\u00e9 et relatif contribue \u00e0 la r\u00e9alisation du bien.<\/p>\n<p>Le mal est issue chez l&#8217;homme de son nafs (ou \u00e9go). Comme tous les soufis, Roumi pense que l&#8217;\u00e9go humain peut-\u00eatre combattu et finalement annihil\u00e9 \u00e0 travers une alchimie spirituelle de transformation, ou purification de l&#8217;\u00e2me (tazhiyat al-nafs). Le processus d&#8217;alchimie spirituelle comprends la transformation du nafs \u00e0 travers de nombreuses \u00e9tapes, depuis l&#8217;\u00e9tat le plus bas du al-nafs al-ammarah (l&#8217;\u00e2me instigatrice au mal) jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9tat le plus \u00e9lev\u00e9 de l&#8217;extinction en Dieu\u00a0 (fana&#8217; fi Allah). Lorsque l&#8217;\u00e9go est annihil\u00e9 en Dieu, l&#8217;homme n&#8217;est plus s\u00e9par\u00e9 de Lui. Au niveau du fana&#8217; (anhilation de l&#8217;\u00e9go en Dieu) il ne reste plus que la r\u00e9alit\u00e9 de la shahadah : La ilaha ill al-Allah (Il n&#8217;y a d&#8217;autre Dieu que Dieu).<\/p>\n<p>Ainsi, selon Roumi, bien que l&#8217;homme ne puisse pas \u00e9radiquer la mal de la plan\u00e8te, il est n\u00e9anmoins capable de se d\u00e9barrasser de la source du mal qui est en lui et qui le s\u00e9pare de Dieu. Par cons\u00e9quent il ne doit ni d\u00e9sesp\u00e9rer de l&#8217;existence du mal dans ce monde, ni perdre de vue la possibilit\u00e9 bien r\u00e9elle de se d\u00e9barrasser du mal qui est en lui afin de lui permettre de retourner a Dieu et d&#8217;\u00eatre r\u00e9unis avec Lui. <br \/>\nReferences<br \/>\n* Burckhardt, T. 1970. An Introduction to Sufi Doctrine. Wellingborough: Thorstons Publish-Chittick, W. 1983. The Sufi Path of Love: The Spiritual Teachings of Rumi. Albany: State University of New York Press.<br \/>\n* Mackie.J.L. 1973. &#8216;Evil and Omnipotence&#8217; in W. Rowe and W. Wainright (eds.). Philosophy of Religion. New York: Harcourt Brace Jovanov-ich;<br \/>\n* Nasr, S. II. 1979. Ideals and Realities of Islam. London: Alien and Unwin.<br \/>\n* Pojman, L. 1991. Introduction to Philosophy:<br \/>\n* Classical and Contemporary Readings. Bel-mont: Wadsworth Publishing Co.<br \/>\n* Rumi. 1961. The Discourses of Rumi. Translated by A.J. Arberry.<br \/>\n* London: John Mun-ay Publish 1982. The Mathnawi of Jalaluddin Rumi. Translated by R.A. Nicholson. London: Luzac and Co.<br \/>\n* Schimmel, A. 1993. The Triumphal Sun: A Study of the Works of Jalaloddin Rumi. Albany: State University of New York Press.<br \/>\n* Schuon, F. 1981. Suflsm: Veil and Quintessence. Bloomington: World Wisdom Books<\/p>\n<p>\nTraduit du journal SUFI num\u00e9ro 36 \/ Hiver 1997\/98, &quot; Rumi&#8217;s View of Evil&quot;<br \/>\nVersion anglaise disponible sur le web: http:\/\/www.sufism.ru\/eng\/txts\/rumi.htm<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Zailan Moris La question du Mal est un probl\u00e8me philosophico-religieux tr\u00e8s ancien qui \u00e0 intrigu\u00e9 l&#8217;humanit\u00e9 depuis l&#8217;antiquit\u00e9. 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