{"id":1406,"date":"2008-02-12T06:19:03","date_gmt":"2008-02-12T06:19:03","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/habib-ajami"},"modified":"2013-05-10T21:11:56","modified_gmt":"2013-05-10T21:11:56","slug":"habib-ajami","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2008\/02\/12\/habib-ajami\/","title":{"rendered":"Habib Ajami"},"content":{"rendered":"<p><em>Terry Graham<\/em><\/p>\n<p>Durant les premiers temps du Soufisme, la deuxi\u00e8me  et la troisi\u00e8me<br \/>\ng\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s le Proph\u00e8te, la communaut\u00e9 Islamique, \u00e0 l&#8217;instar de<br \/>\ntout mouvement humain, commen\u00e7a \u00e0 se fragmenter, avec l&#8217;apparition<br \/>\nd&#8217;individus qui trouvaient dans le nouvel enseignement, de nouvelles<br \/>\nvaleurs qui leurs convenaient. Pendant que certains couraient apr\u00e8s le<br \/>\npouvoir, prenant le train de l&#8217;opportunisme politique en marche, et que<br \/>\nd&#8217;autres recherchaient le prestige en s&#8217;imposant comme autorit\u00e9 dans le<br \/>\ndomaine de la tradition ou de l&#8217;ex\u00e9g\u00e8se coranique, un petit nombre<br \/>\ntentait de rester fid\u00e8le au message originel de l&#8217;Islam.<br \/>\nCeux qui cherchaient in\u00e9branlablement \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l&#8217;Unit\u00e9 Divine, sans revendication ni pr\u00e9tention, furent connus sous le nom de Soufis. On peut affirmer qu&#8217;ils \u00e9taient les seuls v\u00e9ritables h\u00e9ritiers de l&#8217;id\u00e9e Islamique de l&#8217;attention inlassable \u00e0 l&#8217;Unit\u00e9 Divine, l&#8217;attention \u00e0 Dieu et \u00e0 rien d&#8217;autre, invisible et inaccessible \u00e0 la raison, connu seulement dans le c\u0153ur.<br \/>\nDu second au cinqui\u00e8me  dans la cha\u00eene moderne de transmission initiatique les successeurs de Ali Ibn Ab\u00ee T\u00e2lib  le cousin et gendre du Proph\u00e8te (d. 661 CE ), furent des individus exemplaires. Le premier disciple d&#8217;Al\u00ee dans la cha\u00eene \u00e9tait Hasan Basr\u00ee. (d. 110\/728), fils d&#8217;un mawl\u00e2 (servant) persan dans la tribu Quraysh des arabes qui habitaient la ville de la Mecque, dans le Hijaz arabique.<br \/>\nLe disciple de Hasan, \u00e0 son tour, \u00e9tait un autre persan, Hab\u00eeb Ajami (d. 119\/737), dont la nationalit\u00e9 \u00e9tait pleinement indiqu\u00e9e dans son sobriquet m\u00eame. Les arabes appelaient tout non arabe, mais sp\u00e9cialement les Iraniens, al-Ajami (\u2018L&#8217;\u00e9tranger&#8217;) ; un terme que les Persans acceptaient naturellement avec l&#8217;insouciance assur\u00e9e de gens issus d&#8217;une civilisation mill\u00e9naire.<br \/>\nTout comme son ma\u00eetre Hasan, sa famille \u00e9tait mawl\u00e2, des servants sous contrat chez les arabes. Longtemps avant l&#8217;av\u00e8nement de l&#8217;Islam il \u00e9tait courant de voir des artisans  Iraniens talentueux louer leurs services aux riches arabes. De cet \u00e9change naissait une relation mutuellement b\u00e9n\u00e9fique aux deux partis. En raison du fait que ces artisans Iraniens cherchaient \u00e0 \u00e9chapper au syst\u00e8me rigoureux de caste des gouvernants Sassanides de l&#8217;Iran pr\u00e9islamique, ils furent attir\u00e9s par les aspects d\u00e9mocratiques de l&#8217;Islam, et furent parmi les premiers \u00e0 l&#8217;adopter et \u00e0 l&#8217;accueillir avec ferveur, \u00e0 l&#8217;instar de leur compatriote Salm\u00e2m le Persan (n\u00e9 R\u00fbzbih), le compagnon de c\u0153ur du Proph\u00e8te.<br \/>\nLe grand-p\u00e8re de Hab\u00eeb embrassa l&#8217;Islam aux premi\u00e8res heures, prenant le nom \u00ab Muhammad\u00bb en l&#8217;honneur du Proph\u00e8te, tandis que son fils, le p\u00e8re de Hab\u00eeb, devenait Is\u00e2, le nom arabe de J\u00e9sus, le mod\u00e8le de l&#8217;amour, raison pour laquelle les soufis ont pour lui, une profonde v\u00e9n\u00e9ration.<br \/>\nHab\u00eeb commen\u00e7a \u00e0 Basra une vie banale sans perspectives, travaillant comme usurier  itin\u00e9rant, allant  chaque jour \u00e0 la recherche de nouvelles affaires. S&#8217;il recevait le remboursement d&#8217;un pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eats il s&#8217;en contentait  sinon il louait ses services en tant que courtier, moyennant salaire. Un jour qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tait rendu au domicile d&#8217;un de ses d\u00e9biteurs qui \u00e9tait sorti, il trouva sa femme qui lui dit ne rien poss\u00e9der d&#8217;autre qu&#8217;un reste d&#8217;\u00e9paule de mouton.<br \/>\nAcceptant la viande, il s&#8217;en retourna chez lui et demanda \u00e0 sa femme de la faire cuire. Elle lui fit observer qu&#8217;il n&#8217;y avait ni bois pour le feu, ni pain pour accompagner la viande. Il d\u00e9cida alors de repartir chercher  le n\u00e9cessaire pour le repas.<br \/>\nPendant que sa femme pr\u00e9parait la viande, Hab\u00eeb entendit un mendiant qui demandait l&#8217;aum\u00f4ne \u00e0 sa porte. Il alla \u00e0 sa rencontre et s&#8217;\u00e9cria : \u00ab Tu ne deviendras jamais riche avec le peu que je vais te donner, mais moi cela me rendra  encore plus pauvre. \u00bb Le mendiant s&#8217;\u00e9loigna alors.<br \/>\nLorsque la femme voulut servir la viande, elle se rendit compte qu&#8217;elle \u00e9tait crue et baignait dans un flot de sang. Saisie d&#8217;\u00e9pouvante, elle dit \u00e0 son mari que son attitude envers le mendiant leur avait apport\u00e9 la mal\u00e9diction. Quand Hab\u00eeb  vit la chair crue, une \u00e9tincelle s&#8217;embrasa dans son c\u0153ur et il fut frapp\u00e9 de remords. <br \/>\nLe jour suivant \u00e9tait vendredi, jour de pri\u00e8re. Il s&#8217;en alla, comme d&#8217;habitude, faire la collecte chez ses d\u00e9biteurs. Mais cette fois, il n&#8217;acceptait que le principal du pr\u00eat, refusant tout int\u00e9r\u00eat. En m\u00eame temps, il ressentait l&#8217;envie pressente de rencontrer Hasan Basr\u00ee, un ma\u00eetre spirituel tr\u00e8s renomm\u00e9.<br \/>\nEn fin de compte, il d\u00e9cida de se rendre chez le ma\u00eetre. Chemin faisant, il rencontra des enfants qui jouaient dans la rue. A la vue de l&#8217;usurier qui venait dans leur direction, les enfants se mirent \u00e0 crier \u00e9pouvant\u00e9s, le fuyant, de crainte que la poussi\u00e8re infecte de ses pieds ne les pollue et ne les contamine.<br \/>\nSe sentir ainsi m\u00e9pris\u00e9 par de si jeunes et innocents enfants fut  comme un coup de massue pour Hab\u00eeb. Il arriva chez Hasan au moment o\u00f9 celui-ci pronon\u00e7ait une hom\u00e9lie. Il se jeta aux pieds du ma\u00eetre, fit p\u00e9nitence, et s&#8217;installa parmi ses disciples pour apprendre la sagesse. Le ma\u00eetre l&#8217;initia et lui donna ses premi\u00e8res instructions sur la voie soufie.<br \/>\nLorsqu&#8217;il sortit, il rencontra un de ses d\u00e9biteurs qui, aussit\u00f4t, tenta de se d\u00e9rober. Hab\u00eeb courut apr\u00e8s lui pour le rassurer et lui dire qu&#8217;il n&#8217;avait pas besoin de l&#8217;\u00e9viter. \u00ab Jusqu&#8217;aujourd&#8217;hui tu cherchais \u00e0 m&#8217;\u00e9viter,  lui dit-il, \u00e0 pr\u00e9sent c&#8217;est \u00e0 moi de te fuir ! \u00bb.<br \/>\nSur le chemin du retour, il croisa de nouveau les enfants qui se mirent \u00e0 chanter cette fois, \u00ab Eloignez-vous ! Ne laissez pas la poussi\u00e8re de vos pieds atteindre l&#8217;usurier qui a fait p\u00e9nitence, sinon vous deviendrez de r\u00e9pugnants p\u00e9cheurs ! \u00bb.<br \/>\nHab\u00eeb-le-repenti et nouvellement initi\u00e9 pria : \u00ab \u00d4 Seigneur ! Cela fait \u00e0 peine une heure que j&#8217;ai fait la paix avec Toi. Tu as effac\u00e9 les mal\u00e9dictions qui accueillaient mon nom, diffusant la nouvelle dans le c\u0153ur des gens. \u00bb<br \/>\nIl invita alors tous ses d\u00e9biteurs \u00e0 sortir de leurs cachettes pour reprendre leurs engagements \u00e9crits. Lorsqu&#8217;ils furent tous r\u00e9unis, il leur restitua tout ce qu&#8217;il avait pris en gage. Il se d\u00e9barrassa de tous les biens qu&#8217;il avait amass\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 ses pr\u00eats jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il ne lui resta rien. Apr\u00e8s que tous furent partis, un personnage insolite apparut pour revendiquer son d\u00fb. N&#8217;ayant plus rien \u00e0 offrir, Hab\u00eeb retira sa chemise et la lui donna. <br \/>\nPour commencer une nouvelle vie d&#8217;asc\u00e8te repenti, Hab\u00eeb se b\u00e2tit un ermitage sur le bord de l&#8217;Euphrate o\u00f9 il s&#8217;adonnait enti\u00e8rement aux \u0153uvres de pi\u00e9t\u00e9. Le jour, il s&#8217;instruisait aupr\u00e8s de Hasan Basri, et la nuit, se retirait dans sa cellule pour s&#8217;adonner aux pratiques spirituelles.<br \/>\nUn jour, en visite chez lui, sa femme d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e se plaignit de d\u00e9nuement et de manque de provisions. Il r\u00e9pondit : \u00ab Il est g\u00e9n\u00e9reux Celui l\u00e0 pour Qui je travaille. J&#8217;ai honte devant Sa munificence de demander quoi que ce soit. Il pourvoira le moment venu. \u00bb Il assura sa femme que Dieu lui avait promis un salaire tous les dix jours.<br \/>\nIl s&#8217;en retourna alors \u00e0 ses \u0153uvres de d\u00e9votion pour les dix prochains jours. Au dixi\u00e8me jour, il se demandait ce qu&#8217;il apporterait \u00e0 la maison. Sur ce, Dieu envoya \u00e0 sa femme un porteur avec un chargement d&#8217;\u00e9pices. Un second arriva avec de la viande, et un autre avec du miel et de l&#8217;huile. Un beau jeune homme se pr\u00e9senta avec une bourse de cent dirhams, lui disant que cet argent venait de la part du patron de Hab\u00eeb et qu&#8217;elle devrait dire \u00e0 son mari de redoubler d&#8217;effort de sorte que son salaire soit augment\u00e9. Sur ce, il se retira. <br \/>\nA la tomb\u00e9e de la nuit, Hab\u00eeb arriva \u00e0 la maison,  d\u00e9prim\u00e9 et embarrass\u00e9. Pendant que sa femme l&#8217;accueillait, il sentit une bonne odeur de cuisine. Elle lui demanda pour qui il travaillait et lui r\u00e9p\u00e9ta le message du jeune homme.<br \/>\n\u00ab Stup\u00e9fiant ! \u00bb s&#8217;\u00e9cria Hab\u00eeb. \u00ab J&#8217;ai travaill\u00e9 dix jours et Il m&#8217;a r\u00e9compens\u00e9 si g\u00e9n\u00e9reusement ! Imagines-tu ce qu&#8217;Il donnerait si je travaillais encore plus ! \u00bb<br \/>\nC&#8217;est ainsi qu&#8217;il se d\u00e9tourna compl\u00e8tement de ce bas-monde pour se tourner vers Dieu, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il devint l&#8217;un de ceux dont les pri\u00e8res sont les plus exhauss\u00e9es.<br \/>\nUn jour, en promenade, Hasan Basri s&#8217;arr\u00eata aux bords du Tigre. Hab\u00eeb vint le trouver et lui demanda pourquoi il se tenait l\u00e0. \u00ab J&#8217;attends un bateau \u00bb r\u00e9pondit Hasan. \u00ab \u00d4 Ma\u00eetre, dit Hab\u00eeb,  j&#8217;ai appris ce que je sais de toi. Chassez de votre c\u0153ur la cupidit\u00e9 et l&#8217;amour de ce bas monde. Accueillez les tourments comme des bienfaits en consid\u00e9rant chaque chose comme venant de Dieu, et posez votre pied sur l&#8217;eau pour passer de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9. \u00bb Sur ce, Hab\u00eeb posa son pied sur la surface de l&#8217;eau et traversa la rivi\u00e8re.<br \/>\nHasan perdit connaissance. Quand il reprit ses sens, on l&#8217;interrogea sur ce qui lui \u00e9tait arriv\u00e9. Il r\u00e9pondit : \u00ab Hab\u00eeb s&#8217;est instruit aupr\u00e8s de moi et \u00e0 pr\u00e9sent il m&#8217;adresse des reproches et m&#8217;humilie en marchant sur l&#8217;eau. \u00bb<br \/>\nUne autre fois, Hasan rendit visite \u00e0 Hab\u00eeb dans son ermitage au moment o\u00f9 celui-ci faisait sa pri\u00e8re du soir. Sa prononciation de l&#8217;arabe \u00e9tait celle des \u00e9trangers qui prononce le h de al-hamdu li Ll\u00e2h comme un h ordinaire. A cause de cela, Hasan insista pour faire seul sa pri\u00e8re, plut\u00f4t qu&#8217;en compagnie de Hab\u00eeb. Cette nuit-l\u00e0, Hasan vit Dieu en songe et Lui demanda : \u00ab Seigneur, que faut-il faire pour m\u00e9riter ton approbation ? \u00bb Dieu r\u00e9pondit : \u00ab Certes Hasan, tu avais rencontr\u00e9 mon approbation mais tu n&#8217;as pas su en appr\u00e9cier la valeur. \u00bb \u00ab Qu&#8217;est-ce donc,  Seigneur ? \u00bb s&#8217;\u00e9cria Hasan tout surpris. \u00ab La pri\u00e8re faite \u00e0 la mani\u00e8re de Hab\u00eeb,  d\u00e9clara Dieu,  car cette pri\u00e8re aurait eu plus de valeur que toutes celles que tu as faites dans le cours de ta vie enti\u00e8re, mais ta fixation sur la prononciation correcte a an\u00e9anti la rectitude de ton intention. \u00bb<br \/>\nIl y a donc une distinction entre dire les choses comme il faut, et les avoir correctement dans le c\u0153ur.<br \/>\nFuyant les agents du cruel ministre Hajjaj b. Y\u00fbsuf Thaqaf\u00ee parce que certains personnages de la classe dirigeante consid\u00e9raient ses opinions comme \u00e9tant trop radicales, Hasan Basri vint se r\u00e9fugier dans l&#8217;ermitage de son disciple Hab\u00eeb. Lorsque les fonctionnaires de l&#8217;\u00e9tat arriv\u00e8rent chez lui, ils furent inform\u00e9s que Hasan se trouvait chez Hab\u00eeb. Ils s&#8217;y rendirent mais ne trouv\u00e8rent pas Hasan. Sur le d\u00e9part, ils dirent \u00e0 Hab\u00eeb : \u00ab Vous autres h\u00e9r\u00e9tiques m\u00e9ritez bien ce que Hajjaj vous fait subir car tout ce que vous faites c&#8217;est dire des mensonges. \u00bb Hab\u00eeb r\u00e9pliqua : \u00ab Je ne vous ai jamais dit que Hasan n&#8217;\u00e9tait pas l\u00e0. Il est bel et bien l\u00e0 ; mais que puis-je y faire si vous ne le voyez pas ? \u00bb<br \/>\nIls se mirent \u00e0 chercher de nouveau avec plus d&#8217;ardeur, mais ne trouvant pas Hasan, ils s&#8217;en all\u00e8rent. Hasan sortit et dit \u00e0 Hab\u00eeb qu&#8217;il avait eu une attitude digne d&#8217;un ma\u00eetre, en ne mentant pas, et en ne niant pas qu&#8217;il \u00e9tait l\u00e0. \u00ab \u00d4 Ma\u00eetre, \u00bb r\u00e9pliqua Hab\u00eeb, \u00ab tu as \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ma sinc\u00e9rit\u00e9. Si j&#8217;avais menti, nous aurions \u00e9t\u00e9 tous deux en difficult\u00e9. \u00bb<br \/>\nA une autre occasion, Hasan rendit visite \u00e0 Hab\u00eeb qui lui offrit un pain d&#8217;orge et du sel. Il commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 manger que le cri d&#8217;un mendiant se fit entendre dans la rue. Hab\u00eeb retira aussit\u00f4t la nourriture de devant son visiteur et alla l&#8217;apporter au mendiant. Hasan le r\u00e9primanda pour son ignorance des r\u00e8gles de convenance, qui disent qu&#8217;on ne donne \u00e0 un mendiant qu&#8217;une portion de ce qu&#8217;on a offert \u00e0 un visiteur. Hab\u00eeb ne dit rien. Apr\u00e8s quelque temps, un serviteur se pr\u00e9senta \u00e0 la porte avec du miel pur et un agneau r\u00f4ti sur la t\u00eate. Un autre gar\u00e7on posa cinq cent dirhams devant Hab\u00eeb qui le distribua aux pauvres pendant qu&#8217;il mangeait.<br \/>\n\u00ab Tu es une personne de bien, \u00d4 ma\u00eetre, \u00bb dit gentiment Hab\u00eeb, \u00ab mais si tu avais eu un brin de certitude, tu aurais eu la connaissance pour r\u00e9aliser ce qui se passait, car la connaissance vient avec la conviction. \u00bb<br \/>\nSelon un r\u00e9cit du m\u00eame genre, Hab\u00eeb avait une maison \u00e0 un carrefour de Basra. Souvent, lorsqu&#8217;il sortait faire ses ablutions avant la pri\u00e8re, il \u00e9talait son manteau en peau de mouton sur le bord de la route. Hasan vint \u00e0 passer par l\u00e0 et, voyant la pelisse sur le bord de la route s&#8217;arr\u00eata pour la garder jusqu&#8217;\u00e0 ce que le propri\u00e9taire revienne, de peur que quelqu&#8217;un ne la prenne. Hab\u00eeb de retour, demanda \u00e0 Hasan ce qu&#8217;il faisait l\u00e0. \u00ab Ne sais-tu pas Hab\u00eeb, qu&#8217;il ne faut pas laisser un manteau dans la rue ? \u00bb r\u00e9pondit Hasan. \u00ab Ah ! \u00bb r\u00e9pliqua Hab\u00eeb, \u00ab Je l&#8217;ai confi\u00e9 \u00e0 Celui-l\u00e0 m\u00eame qui t&#8217;a envoy\u00e9 ici pour le garder. \u00bb<br \/>\nBeaucoup de r\u00e9cits ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s qui rendent compte de la station spirituelle \u00e9lev\u00e9e de Hab\u00eeb. On rapporte par exemple qu&#8217;une fois, on conduisit un meurtrier \u00e0 la potence pour le pendre. La nuit, quelqu&#8217;un le vit en songe, en train de se mouvoir dans les hautes sph\u00e8res du paradis, richement v\u00eatu. \u00ab Comment as-tu atteint un si haut degr\u00e9 ?, demanda le songeur, toi, un meurtrier ? \u00bb \u00ab Au moment m\u00eame o\u00f9 on me pendait,  r\u00e9pondit-il, Hab\u00eeb Ajami passait par l\u00e0 et me regardant du coin de l&#8217;\u0153il, fit pour moi une pri\u00e8re ; voici comment j&#8217;ai obtenu ce degr\u00e9 de f\u00e9licit\u00e9. \u00bb<br \/>\nChaque fois qu&#8217;on lisait le Coran devant lui, Hab\u00eeb se mettait \u00e0 pleurer. Lorsqu&#8217;on lui demandait comment il pouvait \u00eatre si touch\u00e9 par une langue qu&#8217;il ne comprenait pas, il r\u00e9pondait : \u00ab Ma langue est certes Persane, mais mon c\u0153ur comprend l&#8217;arabe. \u00bb<br \/>\nBeaucoup de ces r\u00e9cits ont une connotation affectueuse, car il \u00e9tait aim\u00e9 comme son nom l&#8217;indique. Ainsi, un soufi rapporte avoir eu une vision dans laquelle Hab\u00eeb occupait une station sublime. Il avait entendu cette parole : \u00ab Certes il est \u2018ajami, mais il reste Hab\u00eeb  (\u2018bien-aim\u00e9 de Dieu&#8217;). \u00bb<br \/>\nDeux des quatre principaux fondateurs de l&#8217;\u00e9cole de jurisprudence sunnite, Ahmad b. Hanbal (d. 855 CE) et l&#8217;imam Sh\u00e2fi&#8217;\u00ee (d. 820) \u00e9taient assis au bord de la route, quand ils virent arriver Hab\u00eeb. Le juriste de la loi canonique Ibn Hanbal voulut lui poser une question, mais son compagnon le lui d\u00e9conseilla disant : \u00ab Il appartient \u00e0 un groupe \u00e9trange. \u00bb Cependant, lorsque le ma\u00eetre approcha, Ibn Hanbal ne put se retenir de lui demander : \u00ab Quel jugement ferais-tu \u00e0 propos de quelqu&#8217;un qui aurait manqu\u00e9 une des cinq pri\u00e8res et qui ne se souviendrait pas laquelle ? \u00bb<br \/>\n\u00ab Une telle personne, \u00bb r\u00e9pondit le ma\u00eetre, \u00ab aurait un c\u0153ur oublieux de Dieu et donc devrait \u00eatre corrig\u00e9 de sorte qu&#8217;elle fasse les cinq pri\u00e8res. \u00bb<br \/>\nIbn Hanbal resta totalement d\u00e9concert\u00e9 par cette r\u00e9ponse. Son compagnon lui dit : \u00ab Ne t&#8217;avais-je pas averti ? \u00bb<br \/>\nLes nombreuses histoires miraculeuses rapport\u00e9es \u00e0 propos de Hab\u00eeb dans les r\u00e9cits hagiographiques, doivent \u00eatre vues comme une tentative de d\u00e9crire sa haute station spirituelle et son immense amour-bont\u00e9 pour ses cong\u00e9n\u00e8res. Un de ces r\u00e9cits parle d&#8217;une terrible s\u00e9cheresse qui s&#8217;\u00e9tait abattue sur Basra. Pour att\u00e9nuer la situation difficile, Hab\u00eeb acheta \u00e0 cr\u00e9dit  une \u00e9norme quantit\u00e9 de vivres qu&#8217;il distribua aux pauvres. Il pla\u00e7a aussi un sac sous son oreiller, et chaque fois qu&#8217;un n\u00e9cessiteux se pr\u00e9sentait \u00e0 lui, il le sortait ; le sac \u00e9tait alors rempli de dirhams qu&#8217;il lui donnait.<br \/>\nLa femme de Hab\u00eeb \u2018Amra a rapport\u00e9 que chaque matin il lui r\u00e9p\u00e9tait qu&#8217;\u00e0 sa mort, elle devrait informer telle et telle personnes de sorte qu&#8217;elles viennent laver son corps. Alors il lui donnait des instructions pr\u00e9cises sur ce qu&#8217;elle devrait faire \u00e0 cette occasion, concluant avec ces mots : \u00ab Seul Dieu conna\u00eet le secret de la mort et de la vie. \u00bb<br \/>\nBeaucoup de r\u00e9cits ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s \u00e0 propos de la relation du ma\u00eetre avec l&#8217;amour, qui exasp\u00e8rent sa femme \u2018Amra. Une fois, apr\u00e8s avoir p\u00e9tri de la p\u00e2te et allum\u00e9 le four pour cuir le pain, elle sortit un moment. Un mendiant se pr\u00e9senta et Hab\u00eeb lui donna la p\u00e2te. Lorsque \u2018Amra demanda \u00e0 son retour ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 la p\u00e2te, il lui raconta que quelqu&#8217;un avait emport\u00e9 la p\u00e2te pour la faire cuire. Etonn\u00e9e, elle continua \u00e0 le questionner et lui  s&#8217;en tint \u00e0 ce qu&#8217;il avait dit. Finalement, elle leva les mains et s&#8217;\u00e9cria : \u00ab Comment allons nous faire pour trouver du pain maintenant ? \u00bb<br \/>\nSoudain un homme arriva avec une cuvette contenant non seulement du pain, mais aussi de la viande qu&#8217;il posa devant le couple. \u00ab Quel habile et g\u00e9n\u00e9reux boulanger avons-nous l\u00e0 ! Cuire le pain aussi rapidement et y ajouter de la viande en bonne proportion !\u00bb s&#8217;exclama \u2018Amra.<br \/>\nHab\u00eeb a laiss\u00e9 quelques paroles significatives pour les p\u00e8lerins de la voie. Sa d\u00e9finition de la chevalerie, la seule conduite qui \u00e9tait pr\u00e9sente dans la culture iranienne avant l&#8217;Islam, est un bon exemple.<br \/>\nSelon Hab\u00eeb, les chevaliers sont caract\u00e9ris\u00e9s par trois signes : Fid\u00e9lit\u00e9 \u00e9ternelle, Bont\u00e9 non recherch\u00e9e, G\u00e9n\u00e9rosit\u00e9  non sollicit\u00e9e.<br \/>\nPour le premier signe, une telle personne ne tol\u00e8re aucune d\u00e9faillance dans l&#8217;engagement, dans la d\u00e9votion ; pour le second signe, elle r\u00e9alise des actes de bont\u00e9 envers les autres bien que ne recevant rien en retour; et pour le troisi\u00e8me, elle donne \u00e0 ceux qui sont dans le besoin sans attendre une quelconque reconnaissance de leur part, quand ceux-ci deviendront prosp\u00e8res. Toutes ces indications concernent l&#8217;existence ext\u00e9rieure par rapport aux autres. Cependant, quand ces qualit\u00e9s apparaissent chez les gens, elles ne leur appartiennent pas, car ce sont des attributs de Dieu qui leur sont pr\u00eat\u00e9s.<br \/>\nPar exemple, plus ils observent une fid\u00e9lit\u00e9 infinie envers les autres, Dieu accro\u00eet Sa Gr\u00e2ce envers eux. Le signe de la fid\u00e9lit\u00e9 de Dieu est qu&#8217;elle est ind\u00e9pendante des actes du d\u00e9vot, de telle sorte que m\u00eame s&#8217;il manque \u00e0 ses engagements, ceux de Dieu envers lui ne cesseront pas. Dans le cas de la bont\u00e9 non recherch\u00e9e, Dieu n&#8217;a pas besoin des bonnes actions du d\u00e9vot m\u00eame si celui-ci Lui demande la moindre faveur disant : \u00ab Il est la louange au commencement et \u00e0 la fin. \u00bb Dans le cas de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 non sollicit\u00e9e, seul Dieu peut v\u00e9ritablement la dispenser au travers de Son attribut de Munificence.<br \/>\nEn fait, tous ces trois cas sont des actes spontan\u00e9s, non motiv\u00e9s par des contingences mat\u00e9rielles. Quand Dieu accorde de telles faveurs \u00e0 un d\u00e9vot, l&#8217;\u00e9levant et le rapprochant, celui-ci devient un chevalier (jaw\u00e2nmard), inscrit parmi ceux qui sont dignes de porter ce nom.<br \/>\nQuand on interrogea Hab\u00eeb sur ce qui fait la satisfaction de Dieu, il r\u00e9pondit : \u00ab Un c\u0153ur sans hypocrisie, car cette derni\u00e8re est cr\u00e9atrice de d\u00e9sunion avec Dieu ; alors que la satisfaction de Dieu r\u00e9side dans l&#8217;harmonie et l&#8217;amour-bont\u00e9, n&#8217;ayant rien \u00e0 voir avec la duplicit\u00e9, sa v\u00e9ritable place est celle du contentement. Ainsi le contentement est l&#8217;attribut des amis de Dieu et l&#8217;hypocrisie celui de ses ennemis.<br \/>\nUne fois, il \u00e9tait absorb\u00e9 dans sa retraite et r\u00e9p\u00e9tait : \u00ab Quiconque n&#8217;est pas satisfait de Toi, n&#8217;est satisfait de rien. Quiconque n&#8217;est pas satisfait  par Ta vision, ne peut \u00eatre content de rien. Quiconque n&#8217;est pas intime avec Toi, ne peut \u00eatre intime de rien. Par Ta toute puissance, Tu sais que je T&#8217;aime. \u00bb<br \/>\n\u00ab Si je me trouvais dans un d\u00e9sert sans abri, \u00bb dit un jour le ma\u00eetre, \u00ab mais dans la pr\u00e9sence de mon seigneur, je pr\u00e9f\u00e9rerais ce d\u00e9sert \u00e0 votre paradis. \u00bb<br \/>\nLorsqu&#8217;on demanda au ma\u00eetre pourquoi il s&#8217;\u00e9tait retir\u00e9 du commerce, il r\u00e9pondit : \u00ab Parce que j&#8217;ai plac\u00e9 ma confiance dans le Pourvoyeur. \u00bb <br \/>\nLa religion mazd\u00e9enne qui pr\u00e9c\u00e9da l&#8217;Islam dans la communaut\u00e9 Iranienne, n&#8217;a jamais cherch\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre la question du diable, laissant ce dilemme \u00e0 la chr\u00e9tient\u00e9. Cependant, chaque fois qu&#8217;un ma\u00eetre soufi tel que Hab\u00eeb parle du d\u00e9mon, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la vision subjective que chaque personne a du monde, une cons\u00e9quence de l&#8217;influence du nafs ou  ego, car tout ce qui est Dieu est bon dans le sens absolu.<br \/>\n\u00ab Le diable manipule les lecteurs du Coran, \u00bb disait-il, \u00ab de la m\u00eame mani\u00e8re que les enfants jouent avec les billes. \u00bb<br \/>\nDe m\u00eame, utilise-t-il l&#8217;image du Jour de la R\u00e9surrection pour repr\u00e9senter la confrontation directe de l&#8217;individu avec sa propre conscience.<br \/>\n\u00ab Si au Jour de la R\u00e9surrection, \u00bb disait-il, \u00ab Dieu me demandait de Lui pr\u00e9senter une seule pri\u00e8re, un seul jour de je\u00fbne, une seule prosternation ou un seul \u00e9grenage de chapelet  sans influence de Satan, je rougirais de honte. \u00bb<br \/>\nLorsqu&#8217;on demanda au ma\u00eetre si la pratique spirituelle avait plus de m\u00e9rite que la recherche de la connaissance ou celle du pain quotidien, il expliqua : \u00ab La recherche de la connaissance et celle du pain quotidien font tous deux partie de la pratique spirituelle. Apprendre constamment, am\u00e9liore la pratique spirituelle, tandis que gagner sa vie tient occup\u00e9, prot\u00e9geant le nafs contre la distraction des tentations diaboliques. \u00bb<br \/>\nLes dates avanc\u00e9es pour la mort de Hab\u00eeb varient de 119\/737  \u00e0 presque un demi si\u00e8cle plus tard, mais la premi\u00e8re date semble \u00eatre la plus fiable. A l&#8217;approche de sa mort, il fut saisi d&#8217;une crise d&#8217;anxi\u00e9t\u00e9, s&#8217;\u00e9criant en persan : \u00ab Je sens venir un voyage que je dois bient\u00f4t entreprendre, m&#8217;embarquant sur une route que je dois bient\u00f4t parcourir. Je sens que je suis sur le point de rencontrer mon Seigneur. Je sens que je vivrai bient\u00f4t des \u00e9tats que je vais savourer. Je sens que bient\u00f4t je serai mis en terre et y resterai jusqu&#8217;au Jour de  la R\u00e9surrection, o\u00f9 je serai pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 mon Seigneur. J&#8217;ai bien peur que Dieu me demande alors si, une seule fois pendant  soixante ans, j&#8217;ai \u00e9gren\u00e9 le chapelet sans interf\u00e9rence du Diable, et que je ne puis Lui r\u00e9pondre. Je n&#8217;aurai pas d&#8217;autre choix que de confesser mon total d\u00e9nuement. \u00ab <\/p>\n<p>Traduit de l&#8217;anglais du magazine SUFI n\u00b053<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Terry Graham Durant les premiers temps du Soufisme, la deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s le Proph\u00e8te, la communaut\u00e9 Islamique,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1406","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1406","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1406"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1406\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1406"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1406"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1406"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}