{"id":1399,"date":"2006-05-30T12:01:46","date_gmt":"2006-05-30T12:01:46","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/en-attendant-a-la-porte-de-lamour"},"modified":"2013-03-11T09:32:03","modified_gmt":"2013-03-11T09:32:03","slug":"en-attendant-a-la-porte-de-lamour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2006\/05\/30\/en-attendant-a-la-porte-de-lamour\/","title":{"rendered":"En attendant \u00e0 la porte de l&#8217;amour"},"content":{"rendered":"<p><em>Sara Sviri<\/em><\/p>\n<p>Dans les biographies de Abu Said Abi al- Khayr, un des grands ma\u00eetres soufis du 11\u00b0 si\u00e8cle,  on raconte l\u2019histoire suivante.<br \/>\n<br \/>Un jour, alors que Abu Said voyageait avec deux compagnons dans la province du Khurasan les trois ressentirent le besoin d\u2019aller visiter le mausol\u00e9e d\u2019un Ma\u00eetre V\u00e9n\u00e9rable. La tombe \u00e9tait entour\u00e9e de champs. Alors qu\u2019ils se rapprochaient, ils remarqu\u00e8rent au loin, un vieux paysan  qui poussait de grands cris et faisait d\u2019\u00e9tranges mouvements tout en semant du millet.  Son comportement \u00e9trange attira leur attention et lorsqu\u2019ils s\u2019approch\u00e8rent pour lui demander la raison de ces grands cris voici ce qu\u2019il leur r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>Je me disais  que si \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019univers, Dieu n\u2019y avait mis aucune cr\u00e9ature et qu\u2019il l\u2019avait recouvert de graines de millet  d\u2019est en ouest, de la terre au ciel. Puis, s&#8217;il avait cr\u00e9\u00e9 un seul oiseau auquel il offrirait un seul grain de millet \u00e0 chaque mill\u00e9naire et  apr\u00e8s cela il cr\u00e9ait un homme auquel il disait que celui-ci n\u2019atteindrait pas son but tant que cet oiseau unique n\u2019aurait pas mang\u00e9 tout le millet de l\u2019univers et que jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il en soit ainsi il endurerait la douleur br\u00fblante de l\u2019amour ; je me disais que  m\u00eame une telle situation ne durerait qu\u2019un instant dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 et que ce serait une chose vite accomplie. \u2018\u2019 ( Nicholson 1921,p.18 in Asrar al-tawhid, 44,12)<\/p>\n<p>Ceci est une ancienne histoire sur une vieille histoire d\u2019amour. Elle nous est parvenu comme elle est arriv\u00e9 \u00e0 Abu Said  et \u00e0  ses compagnons au del\u00e0 des contr\u00e9es, \u00e0 travers des \u00e2ges et des pays qui n\u2019existent peut \u00eatre plus ou qui ont  chang\u00e9 au point d\u2019\u00eatre sauvages ou m\u00e9connaissables ;  \u00e0 travers des endroits o\u00f9 les gens ont parl\u00e9 des langues \u00e9tranges, myst\u00e9rieuses et inconnues de la plupart d\u2019entre nous.<br \/>\n<br \/>Cependant quand nous \u00e9coutons cette histoire elle  \u00e9voque quelque chose en nous. Ce quelque chose en nous  sait et se souvient. Mais qui sait ? Qui se souvient ? De quoi se souvient-on ? Quel est ce savoir qui est convoy\u00e9 si myst\u00e9rieusement \u00e0 travers le paradoxe troublant d\u2019une parabole ? Quelles sont les m\u00e9moires \u00e9voqu\u00e9es ? Et qui est l\u2019\u00e9trange vieil homme si lointain et pourtant si familier avec ses propos pas tr\u00e8s coh\u00e9rents ?<br \/>\n<br \/>C\u2019est l\u2019amoureux en nous qui sait et se souvient, c\u2019est dans l\u2019amant en nous que l\u2019intimit\u00e9 primordiale avec le Bien-aim\u00e9 est \u00e9voqu\u00e9e et \u00e9veill\u00e9e ; cette intimit\u00e9 pr\u00e9-\u00e9ternelle dans laquelle le Bien-aim\u00e9  nous gardait tous dans Son ETRE qui englobe toute chose  avant que le temps ne soit, avant que la cr\u00e9ation ne soit cr\u00e9\u00e9e. Tout a commenc\u00e9 dans  une union. L\u2019amant se souvient et prend conscience de son existence incompl\u00e8te dans ce monde \u00e9ph\u00e9m\u00e8re : un croissant qui veut devenir une pleine lune, une plage qui languit d\u2019\u00eatre recouverte par l\u2019oc\u00e9an,<br \/>\n<br \/>Un oc\u00e9an qui a une envie irr\u00e9sistible de faire un avec la plage, une montagne qui languit de s\u2019unir un soir avec son propre reflet dans le fleuve  au clair de lune. La situation  fait penser \u00e0 un amour non partag\u00e9 :<br \/>\n<br \/><i><br \/>\n<br \/>Sur ma couche, dans les nuits, j&#8217;ai cherch\u00e9 celui qu&#8217;aime mon \u00eatre.<br \/>\n<br \/>Je l&#8217;ai cherch\u00e9, mais ne l&#8217;ai pas trouv\u00e9.<br \/>\n<br \/>Je me l\u00e8verai donc, je tournerai dans la ville, dans les march\u00e9s, sur les places.<br \/>\n<br \/>Je chercherai celui qu&#8217;aime mon \u00eatre. Je l&#8217;ai cherch\u00e9 mais ne l&#8217;ai pas trouv\u00e9.<br \/>\n<br \/>Les gardes qui tournaient dans la ville m&#8217;ont trouv\u00e9e. \u00ab Celui qu&#8217;aime mon \u00eatre, l&#8217;avez-vous vu ? \u00bb<\/i><br \/>\n<br \/>(Cantique des Cantiques 3 :1-3)<\/p>\n<p>Ainsi parle l\u2019amante dans le Cantique des Cantiques. Chercher sans  trouver. C\u2019est si souvent le cas que cela finit par ressembler \u00e0 un amour non partag\u00e9, insatisfait, non r\u00e9ciproque. Mais il en est ainsi \u00e0 cause des voiles, les voiles innombrables qui nous entourent. Et c\u2019est souvent ainsi que les choses doivent se passer car quelque chose en nous doit apprendre \u00e0 attendre comme ce vieux paysan persan dans l\u2019histoire, \u00e0 attendre, attendre et attendre jusqu\u2019\u00e0 ce que nous soyons pr\u00eats pour que les torrents de l\u2019amour soient d\u00e9vers\u00e9s sur nous par le Bien-aim\u00e9. Avant cela nous devons apprendre \u00e0 attendre et \u00e0 contenir notre d\u00e9sir, nous nourrir de cet ardent d\u00e9sir et  \u00e0 \u00eatre pendant un tr\u00e8s tr\u00e8s long temps- et parfois on a l\u2019impression que c\u2019est pour toujours- une question sans r\u00e9ponse, un appel sans \u00e9cho, quelque chose qu\u2019on voudrait saisir\u2026mais quoi ? Quelque chose de si \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, si inaccessible, si hors de port\u00e9e et pourtant\u2026 nous attendons. Tout ceci ne vient il pas de notre perception limit\u00e9e ? Un amour  insatisfait, non r\u00e9ciproque et sans espoir ? Les anciens po\u00e8mes  soufis la plupart en persan,  Urdu et  Turc  dont certains ont \u00e9t\u00e9 traduits par Bhai Sahib pour Mme Tweedie lorsque son c\u0153ur br\u00fblait sans consolation et qu\u2019elle r\u00e9unira plus tard dans son livre \u2018\u2019L\u2019ab\u00eeme de feu\u2019\u2019,  ces vieux po\u00e8mes si \u00e9trangement familiers ne nous pr\u00e9viennent ils pas : reste loin du territoire de l\u2019Amour ! C\u2019est un domaine de  solitude ! C\u2019est une voie \u00e0 sens unique ;pour celui qui s\u2019y engage il n\u2019y pas de retour.<br \/>\n<br \/><i><br \/>\n<br \/>Le domaine de l\u2019amour n\u2019est pas un passage publique<br \/>\n<br \/>une fois  emprunt\u00e9e cette voie<br \/>\n<br \/>Tu ne peux pas faire qu\u2019y passer<br \/>\n<br \/>A pr\u00e9sent que puis je faire ?<br \/>\n<br \/>Je suis impuissante\u2026<\/i><br \/>\n<br \/>(Tweedie 1986,P.266)<\/p>\n<p>Et pourtant il y a neuf si\u00e8cles, ce vieux paysan dans ce village isol\u00e9 des r\u00e9gions du nord-est d\u2019Iran, ivre du vin de l\u2019amour, extasi\u00e9, incapable de contenir sa douleur et sa passion semait ses grains de millet en proclamant avec certitude : \u2018\u2019 Je me disais que m\u00eame une telle chose serait tr\u00e8s vite accomplie.\u2019\u2019<br \/>\n<br \/>Ceci est le message de la voie : attendre, attendre, endurer, pers\u00e9v\u00e9rer contenir notre d\u00e9sir et attendre\u2026 semer nos grains de millet ; parfois \u00eatre emport\u00e9 ailleurs par notre d\u00e9sir, par notre passion, par notre fragilit\u00e9 humaine, par l\u2019image de notre mortalit\u00e9 et pourtant attendre\u2026et d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre lorsqu\u2019on attend \u2018\u2019 une telle chose serait  tr\u00e8s vite accomplie\u2019\u2019. Un jour en une fraction de seconde, soudainement, le temps d\u2019un battement de paupi\u00e8res, les tables tourneront et dans un \u00e9tat de pur bonheur intemporel, d\u2019union sans limites, totalement absorb\u00e9 dans Ce en quoi toutes choses cessent, l\u2019amant et le Bien aim\u00e9 se rejoignent \u00e0 nouveau et l\u2019amant subsistera dans le Bien-aim\u00e9.<br \/>\n<br \/>Lorsque <i>&#8220;toutes choses cessent&#8221;<\/i>&#8211;  correspond \u00e0 l\u2019\u00e9tat connu dans la tradition soufie sous le nom de fana &#8211; cessation, annihilation ; <i>&#8220;alors l\u2019amant subsistera dans le bien aim\u00e9&#8221;<\/i>,  est un \u00e9tat de subsistance infinie  connue dans la tradition soufie sous le nom de Baqa. Dans cet enlacement, lorsqu\u2019il retourne \u00e0 \u2018\u2019l\u2019\u00e9tat dans lequel nous \u00e9tions avant\u2019\u2019 l\u2019amant  boucle la boucle : il   r\u00e9alise ainsi ce qu\u2019un humain peut accomplir de plus \u00e9lev\u00e9 et il sait comme R\u00fbmi l\u2019a su, que  &#8220;Les amants ne se retrouvent pas finalement en un endroit quelconque, ils sont les uns dans les autres &#8221;<br \/>\n<br \/>Et R\u00fbmi  pour nous consoler dit aussi :<br \/>\n<br \/><i><br \/>\n<br \/>Ne D\u00e9sesp\u00e8re pas<br \/>\n<br \/>Si le bien aim\u00e9 te rejette ;<br \/>\n<br \/>S\u2019il t\u2019\u00e9conduit aujourd\u2019hui,<br \/>\n<br \/>Il te rappellera demain !<br \/>\n<br \/>Sil te ferme la porte au nez,<br \/>\n<br \/>Ne t\u2019\u00e9loignes pas ;<br \/>\n<br \/>Reste patient \u00e0 sa porte,<br \/>\n<br \/>Car si tu attends patiemment<br \/>\n<br \/>Apr\u00e8s, Il te fera asseoir \u00e0 la place d\u2019honneur.<br \/>\n<br \/>Et s\u2019il te ferme tous les passages et toutes les voies,<br \/>\n<br \/>Il t\u2019indiquera  une voie secr\u00e8te que nul ne conna\u00eet.<\/i><br \/>\n<br \/>(R\u00fbmi 1968,p.82)<\/p>\n<p>Ainsi l\u2019attente doit se faire de m\u00eame que la frustration et le d\u00e9sarroi, le doute et la d\u00e9ception, la fatigue et le d\u00e9sespoir, en raison de tous les voiles qui recouvrent notre existence temporaire. Ce sont les voiles de la perception qui ont \u00e9t\u00e9 tiss\u00e9s avec la conscience de notre ego, avec notre \u2018\u2019moi\u2019\u2019. Nous disons \u2018\u2019voiles de la perception\u2019\u2019 mais ce sont plut\u00f4t des &#8220;voiles d\u2019illusion&#8221; qui nous s\u00e9parent de la r\u00e9alit\u00e9, de la v\u00e9rit\u00e9, du v\u00e9ritable Bien aim\u00e9. Ces voiles sont nos cerveaux toujours impatients  de s\u2019impr\u00e9gner sans cesse  de tous ces fascinants ph\u00e9nom\u00e8nes et des id\u00e9es qui nous entourent ;ces voiles sont nos caract\u00e8res, nos temp\u00e9raments, nos mod\u00e8les de comportement, les formations de notre pens\u00e9e, nos codes g\u00e9n\u00e9tiques, notre d\u00e9sir inh\u00e9rent de nous conformer et de plaire \u00e0 nos anc\u00eatres, professeurs, coll\u00e8gues, partenaires, prog\u00e9nitures, employeurs ou inversement notre besoin de d\u00e9fier toutes ces personnes et de nous rebeller contre elles. Chaque chose dans la nature et dans la soci\u00e9t\u00e9  agit contre l\u2019\u00e9veil du vrai amant en nous. Nos signes astrologiques, nos fantasmes et projections hautaines, et m\u00eame nos exp\u00e9riences mystiques lorsque  la conscience de notre ego  s\u2019identifie \u00e0 de telles exp\u00e9riences.<\/p>\n<p>Tout ceci  constitue nos voiles de la perception, le <i>maya<\/i> de notre existence temporelle, les s\u00e9duisantes illusions qui parfois viennent de ces authentiques exp\u00e9riences \u00e9manant des royaumes supr\u00eames connues dans la tradition soufie comme \u00e9tant les Attributs Divins de <i>Jamal<\/i> (beaut\u00e9) et <i>Jalal<\/i> (majest\u00e9).M\u00eame cela pourrait en fin de compte nous s\u00e9parer de l\u2019oc\u00e9an de la bont\u00e9 totale : \u00ab  J\u2019ai plac\u00e9 des centaines de milliers de voiles de lumi\u00e8res et des centaines de milliers de voiles d\u2019obscurit\u00e9 entre Moi et Mon serviteur \u00bb dit Allah dans une tradition authentique ; et  pourtant Il dit dans le Coran \u00ab  Je suis plus proche de vous que votre veine Jugulaire \u00bb  ( 50 :15).<br \/>\n<br \/>L\u2019attente doit se faire. La nature, la soci\u00e9t\u00e9 et particuli\u00e8rement l\u2019\u00e9trange m\u00e9canisme de nos esprits qui a besoin de la conscience de l\u2019ego comme centre de perception ont tous pris un long  moment pour tisser et fabriquer ces voiles, pour cr\u00e9er nos personnalit\u00e9s, nos conforts, nos concepts, nos attachements particuliers et cela prend beaucoup de temps pour les dissoudre, pour d\u00e9faire tous ces voiles.<br \/>\n<br \/>Dans l\u2019Ab\u00eeme de Feu, BHAI Sahib, citant et traduisant un vieux po\u00e8me persan dit \u00e0 Mme Tweedie : \u00ab Bien que ce soit un droit de naissance pour chaque \u00eatre humain de savoir comment aimer nous ne savons pas comment le faire a cause de la personnalit\u00e9,  ce petit moi, qui ne veut pas s\u2019en aller. Tant qu\u2019il ne part pas, le vrai amour est impossible. Car le vrai amour est la n\u00e9gation du moi. Le Gourou est tr\u00e8s conscient des difficult\u00e9s de la voie et je cherche refuge \u00e0 ses pieds. Je dois traverser la rivi\u00e8re et la nuit est obscure et orageuse. Je vois des gens sur les deux berges qui semblent hors de danger.  Je suis seul, au milieu du courant, \u00e0 \u00eatre ballott\u00e9 en tout sens, incapable de r\u00e9sister \u00bb ( Tweedie 1986,p.134)<\/p>\n<p>Donc l\u2019attente doit se faire. Soit me dis-je, j\u2019attendrai, j\u2019accepterai le d\u00e9sir sans  satisfaction, je pers\u00e9v\u00e9rerai, je serai comme un cadavre entre les mains du Bien aim\u00e9. Mais quel est ce vent chaud, ce vent passionn\u00e9 et incontr\u00f4lable, qui se r\u00e9pand dans mes reins et  mes veines ? Quelle est cette \u00e9nergie qui me tient \u00e9veill\u00e9e la nuit, qui fait battre mon c\u0153ur \u00e0 la folie, qui m\u2019emp\u00eache de me  tenir droit sur mes jambes, qui fait trembler la terre sous moi, qui secoue toute ma personne ? Pour pouvoir la contenir, je dois m\u2019\u00e9tendre, m\u2019\u00e9tirer \u00e0 tel point que j\u2019ai l\u2019impression d\u2019exploser et d\u2019\u00eatre dispers\u00e9, \u00e9parpill\u00e9 en petits morceaux.  Quel est ce cri sauvage qui surgit des profondeurs de mon \u00eatre ? Le cri rauque et sauvage d\u2019un lion affam\u00e9 ou d\u2019un loup traqu\u00e9 atteint par la fl\u00e8che du chasseur ? Un cri sauvage comme une lamentation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qui fait voler en \u00e9clats mes limites physiques. Comment puis je ma\u00eetriser mon d\u00e9sir en silence quand ce vent br\u00fblant souffle dans mes veines ? Ceci n\u2019est pas un vent, c\u2019est du feu dit R\u00fbmi\u2026et pourtant je sais que ce  souffle sauvage est en train de me lib\u00e9rer de mon inertie, de ma complaisance, de ma r\u00e9pugnance \u00e0 me r\u00e9veiller.<br \/>\n<br \/>Cela doit aussi \u00eatre accept\u00e9.<br \/>\n<br \/>Cela est aussi une ancienne histoire bien connue dans les tavernes par les derviches, ces gens qui se sont vid\u00e9s de leurs propres personnes, ceux qui se sont lib\u00e9r\u00e9s d\u2019eux-m\u00eames. Cette histoire \u00e0 \u00e9t\u00e9 dite et redite, chant\u00e9e et rechant\u00e9e tellement de fois  depuis la nuit des temps !<\/p>\n<p>Voici ce que nous dit Attar, l&#8217;un des vieux sages d&#8217;orient:<br \/>\n<br \/><i><br \/>\n<br \/>L\u2019amant est un homme<br \/>\n<br \/>Qui s\u2019enflamme et br\u00fble<br \/>\n<br \/>Dont le visage est fi\u00e9vreux<br \/>\n<br \/>Absorb\u00e9 dans des lamentations fr\u00e9n\u00e9tiques<br \/>\n<br \/>Il  ne conna\u00eet pas la prudence<br \/>\n<br \/>Et m\u00eame si on lui offrait une centaine de mondes\u2026, il les enverrait joyeusement  au b\u00fbcher<\/i><br \/>\n<br \/>(Attar 1984,p.172)<\/p>\n<p>Ce vieux sage, rempli de la sagesse que l&#8217;on obtient par l\u2019exp\u00e9rience et la vision int\u00e9rieure, nous dit : nous savons,  nous y sommes pass\u00e9s avant toi, nous sommes tous des fous existants dans le monde sans \u00eatre du monde. Nous vivons vigilants et souples, aussi attentifs qu\u2019un acrobate parcourant une corde raide sur la pointe des pieds pendant qu\u2019au m\u00eame moment nous  tournons int\u00e9rieurement sans cesse comme une toupie, nous br\u00fblons int\u00e9rieurement en fondant comme une bougie consum\u00e9e par le feu\u2026 Viens, assois-toi avec nous disent-ils, reste en notre compagnie ; souvent la br\u00fblure interne est tellement intense que l\u2019on ne peut la supporter tout seul. \u00c9coutons l\u2019histoire du papillon de nuit, une  de ces vieilles histoires que l\u2019on r\u00e9p\u00e8te depuis des mill\u00e9naires dans le cercle des vrais amants :<br \/>\n<br \/><i><br \/>\n<br \/>Une nuit les papillons se r\u00e9unirent pour apprendre la v\u00e9rit\u00e9 sur la lumi\u00e8re de la bougie.<br \/>\n<br \/>Et ils d\u00e9cid\u00e8rent que l\u2019un d\u2019entre eux devrait aller recueillir des nouvelles de ce rougeoiement qui les intriguait. L\u2019un d\u2019eux s\u2019envola jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il discerne au loin une bougie br\u00fblant \u00e0 la fen\u00eatre d\u2019un palais. Il ne s\u2019approcha pas et revint dire aux autres ce qu\u2019il croyait savoir. Le chef  des papillons \u00e9carta son t\u00e9moignage en disant : \u00ab Il ne sait rien de la flamme. \u00bb<br \/>\n<br \/>Un papillon plus  passionn\u00e9 que le pr\u00e9c\u00e9dent partit et franchit la porte du palais. Il voleta \u00e0 la lueur de la bougie ;  confus, d\u00e9sireux d\u2019en savoir plus mais  craintif et il s\u2019en retourna pour raconter jusqu\u2019o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 et tout ce qu\u2019il avait subi et vu ; apr\u00e8s son r\u00e9cit, le mentor dit :<br \/>\n<br \/>\u00ab Tu n\u2019as pas les signes de celui qui sait pourquoi la bougie  a une telle lueur. \u00bb<br \/>\n<br \/>Un autre papillon s\u2019envola  d\u2019un vol vertigineux, se mit \u00e0 tournoyer  ardemment  pr\u00e8s de la lumi\u00e8re, il s\u2019\u00e9lan\u00e7a et plongea dans une transe fr\u00e9n\u00e9tique vers la flamme, son corps et le feu se m\u00e9lang\u00e8rent. Le feu engloutit le bout de ses ailes, son corps et sa t\u00eate. Son \u00eatre s\u2019embrasa  d\u2019un rouge violent et translucide. Et lorsque le mentor aper\u00e7ut ce flamboiement soudain ainsi que la forme du papillon perdue dans les rayons rougeoyants, il dit  alors :<br \/>\n<br \/> \u00ab Il sait, Il sait la v\u00e9rit\u00e9 que nous cherchons,<br \/>\n<br \/>Cette v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e dont nous ne pouvons rien dire \u00bb<\/i><br \/>\n<br \/>(Attar 1984,p.206)<\/p>\n<p>Et souvent tu viens te joindre \u00e0 notre compagnie disent les derviches, et tes ailes sont coup\u00e9es, tu viens \u00e0 nous parce que le feu qui br\u00fble dans tes reins  n\u2019est plus que cendres. Ta t\u00eate est baiss\u00e9e, tu as l\u2019impression d\u2019\u00e9touffer, d\u2019\u00eatre \u00e9trangl\u00e9, ta gorge para\u00eet obstru\u00e9e, ta poitrine ploie sous la douleur, tu as l\u2019estomac nou\u00e9 et un \u00e9trange fr\u00e9missement dans tes intestins. Tu es seul marchant dans un d\u00e9sert vaste et aride: pas d\u2019inspirations, pas de d\u00e9sirs, pas d\u2019aspirations, pas d\u2019envies, pas d\u2019extase, pas d\u2019amour ; seulement le vide et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9.<br \/>\n<br \/>O\u00f9 sont pass\u00e9s tous  mes acquis, mes atouts ? O\u00f9 se cache ce feu qui br\u00fblait en moi ? Qui suis-je ? Qu\u2019est ce que je veux ? Pourquoi et de qui je me soucie ? Pour rien, de personne. M\u00eame prendre la fuite ne m\u2019int\u00e9resse plus, je n\u2019ai m\u00eame plus la force de fuir. Je me sens simplement abattu, vide, bris\u00e9, boulevers\u00e9, ruin\u00e9, insignifiant, un zombie. Est ce juste l\u2019autre face d\u2019une anxi\u00e9t\u00e9 et d\u2019une peur profond\u00e9ment ancr\u00e9es ?. Une grande d\u00e9prime ? En qui puis-je avoir confiance ? Que vais-je devenir ? J\u2019avais l\u2019habitude de lire des livres, d\u2019aller au th\u00e9\u00e2tre, j\u2019aimais faire l\u2019amour, porter de beaux v\u00eatements, \u00eatre en compagnie d\u2019amis, manger de  bons repas, \u00e9couter la musique, les conversations amicales, jouer au ballon avec mon enfant, et maintenant ? Rien ! au fond de moi : un d\u00e9sert sauvage, la confusion, la fatigue, le vide, l\u2019ennui.<br \/>\n<br \/>Oui mon bon ami, les derviches assis \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la taverne buvant \u00e0 petites gorg\u00e9es  leur th\u00e9 rouge comme du vin te diront : tout cela est  une histoire aussi ancienne que famili\u00e8re. Nous la connaissons tr\u00e8s bien. Viens t\u2019asseoir avec nous et vide ton c\u0153ur, sois mendiant comme nous, avec rien \u00e0 offrir sauf ta douleur, ton vide int\u00e9rieur, ta confusion, tes peurs, ta pauvret\u00e9. Si tu souhaites  parler, parles, si tu veux garder le silence, reste silencieux. Nous savons ce que c\u2019est, car nous sommes pass\u00e9 par l\u00e0 d\u2019abord. C\u2019est une \u00e9tape de la voie. Tu as v\u00e9cu si longtemps dans le d\u00e9sert de l\u2019illusion que tu exp\u00e9rimentes \u00e0 pr\u00e9sent le d\u00e9sespoir du manque. Peut-\u00eatre as-tu voyag\u00e9 \u00e0  travers des paysages d&#8217;une beaut\u00e9 \u00e0 couper le souffle, peut \u00eatre  as-tu connu le plaisir et la beaut\u00e9, peut \u00eatre croyais-tu \u00eatre \u00e0 l\u2019abri derri\u00e8re tes amis et ta famille, peut \u00eatre croyais-tu \u00eatre en s\u00e9curit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une belle profession, un bon revenu, des biens consid\u00e9rables\u2026Mais nous savons: une fois que tu as \u00e9t\u00e9 ficel\u00e9 par le serpent venimeux de l\u2019\u00e9veil int\u00e9rieur de ton Vrai Moi, une fois que tu as senti une bouff\u00e9e du parfum du Vrai Bien aim\u00e9, une fois que tu as \u00e9t\u00e9 caress\u00e9 par la plume tomb\u00e9 du  royaume de la Vraie Beaut\u00e9, une fois que tu as touch\u00e9 l\u2019ourlet du v\u00eatement du Bien aim\u00e9, rien d\u2019autre ne peut te satisfaire d\u00e9sormais ; tout le reste s\u2019\u00e9vanouit tout simplement. Est-ce cela ou non ? Comment faire la part des choses ? Comment ? On a  l\u2019impression de ne pas trop avoir le choix  et pourtant d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre le choix existe. Quelque chose en toi conna\u00eet la diff\u00e9rence entre un vrai bijou et un faux  et tu ne marchanderais pas pour une imitation. Pour toi qui est venu \u00e0 nous les ailes bris\u00e9es, le c\u0153ur abasourdi et d\u00e9rout\u00e9  au-del\u00e0 de tous mots, pour toi nous avons une histoire en r\u00e9serve :nous allons te raconter l\u2019histoire de l\u2019Arabe en Perse :<br \/>\n<br \/><i><br \/>\n<br \/>Un Arabe s\u2019en fut un jour en Perse<br \/>\n<br \/>O\u00f9 les coutumes \u00e9trang\u00e8res le constern\u00e8rent<br \/>\n<br \/>Il rencontra un groupe de derviches qui avaient renonc\u00e9 au monde et qui lui paraissaient quasiment fous (mais ne te laisse pas abuser car s\u2019ils ont l\u2019air de fieff\u00e9s voleurs<br \/>\n<br \/>Ils sont de loin plus purs que ce que le monde croit<br \/>\n<br \/>Et bien que dans l\u2019ivresse ils donnent l\u2019impression de s\u2019\u00e9crouler<br \/>\n<br \/>L\u2019extase qu\u2019ils connaissent ne provient pas de la boisson)<br \/>\n<br \/>L\u2019arabe vit ces hommes et perdit connaissance et  s\u2019\u00e9croula au sol-<br \/>\n<br \/>Ils asperg\u00e8rent rapidement son visage pour le ranimer<br \/>\n<br \/>Et cri\u00e8rent alors :<br \/>\n<br \/>\u2019\u2019Entre, toi-qui-n\u2019es-personne, entre ici\u2019\u2019<br \/>\n<br \/>Et il y entra bien que d\u00e9chir\u00e9 par le doute et la peur.<br \/>\n<br \/>Ils le rendirent ivre, il perdit toute traces de lui m\u00eame, et aussit\u00f4t son esprit sombra dans l\u2019extase<br \/>\n<br \/>Son or, ses bijoux tous ses moyens d\u2019existence furent vol\u00e9s et disparurent pour de bon-<br \/>\n<br \/>Un derviche lui donna encore plus de boisson  puis<br \/>\n<br \/>Ils le  jet\u00e8rent dehors tout nu<br \/>\n<br \/>Les l\u00e8vres ass\u00e9ch\u00e9es et d\u00e9muni<br \/>\n<br \/>L\u2019homme fut oblig\u00e9 d\u2019errer et<br \/>\n<br \/>Mendia nu jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il atteigne sa demeure<br \/>\n<br \/>Et l\u00e0, les arabes lui demand\u00e8rent : \u2018\u2019 qu\u2019est ce qui t\u2019es arriv\u00e9 ?\u2019\u2019<br \/>\n<br \/>O\u00f9 est pass\u00e9 ta richesse, o\u00f9 \u00e9tais tu pass\u00e9 pendant  tout ce temps ? Tu as perdu tout ton or et ton argent  comment vas tu faire \u00e0 pr\u00e9sent  ?L\u2019exp\u00e9dition en Perse t\u2019as compl\u00e8tement ruin\u00e9 !<br \/>\n<br \/>As tu \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 par des voleurs ?<br \/>\n<br \/>Tu ne dis pas un mot, tu as l\u2019air si diff\u00e9rent dis nous ce qui  s\u2019est pass\u00e9\u2019\u2019<br \/>\n<br \/>Il dit : \u2018\u2019 j\u2019y suis all\u00e9 comme d\u2019habitude- plein de fiert\u00e9- puis j\u2019ai aper\u00e7u un derviche  au bord de la grande route. Je ne sais rien de tout ce qui est arriv\u00e9 apr\u00e8s : tout ce que je sais c\u2019est que mon or et mon argent ont disparu et \u00e0 pr\u00e9sent je suis pauvre.<br \/>\n<br \/>Ils dirent :\u2019\u2019d\u00e9cris l\u2019homme qui \u00e9tais en travers de ta route.\u2019\u2019<br \/>\n<br \/>Il dit :\u2019\u2019 je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait, je n\u2019ai plus rien d\u2019autre \u00e0 dire\u2019\u2019<br \/>\n<br \/>Son esprit \u00e9tait encore ailleurs et tout ce qu\u2019il entendait   n\u2019\u00e9tait \u00e0 ses yeux  que des paroles creuses, inutiles et absurdes. Entre dans le chemin ou cherche un autre but<br \/>\n<br \/>Mais fais le de toute ton \u00e2me :<br \/>\n<br \/>Mets tout en jeu, prends tous les risques<br \/>\n<br \/>Et comme un mendiant qui erre sans aucun habit<br \/>\n<br \/>Si tu entends ce \u2018\u2019Entre\u2019\u2019 qui t\u2019appelle vers la maison\u2026<\/i><br \/>\n<br \/>(Attar 1984, pp.176-7)<\/p>\n<p>Ainsi nous sommes ficel\u00e9s par un serpent venimeux et nous ne le tuons m\u00eame pas. Nous cherchons \u00e0 \u00eatre piqu\u00e9s encore. Quelque chose en nous sait intuitivement et le po\u00e8te soufi l\u2019a dit et redit plusieurs fois  que ce  venin ou poison est \u00e0 la fois le mal et le rem\u00e8de, l\u2019affection et son antidote, le bourreau et le m\u00e9decin. Sa\u2019di un po\u00e8te du 13 si\u00e8cle originaire de Shiraz en parle dans un po\u00e8me qui depuis sept si\u00e8cles est populaire parmi tous les amants.<br \/>\n<br \/><i><br \/>\n<br \/>Je boirai le poison avec tendresse<br \/>\n<br \/>Car le t\u00e9moin est l\u2019\u00e9chanson.<br \/>\n<br \/>J\u2019endurerai volontiers tout cela de bon c\u0153ur<br \/>\n<br \/>car ce traitement vient de Lui.<br \/>\n<br \/><\/i><br \/>\n<br \/>C\u2019est cette exp\u00e9rience de totalit\u00e9, l\u2019engagement ferme que notre moi- \u00e9lev\u00e9 attend de nous, Un engagement qui nous submerge et nous effraie lorsque nous comprenons que c\u2019est \u00e0 une telle entreprise qu\u2019il faut se consacrer  ou alors qu\u2019il vaut mieux laisser tomber. Nous ne sommes pas habitu\u00e9s \u00e0 un si total engagement dans notre culture. On nous a toujours dit de faire un compromis avec la soi disant r\u00e9alit\u00e9, les circonstances ou les conditions. &#8220;On ne peut pas tout avoir&#8221;  nous disent nos mentors culturels. Et l\u00e0 m\u00eame \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de cet \u00e9trange r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de ces chambres inaccessibles, nous savons que ceci est une aventure totale.  Perdre  toute illusion  pour  arriver \u00e0 l\u2019essence. Ceci a toujours \u00e9t\u00e9 une qu\u00eate de la  Perle Rare, l\u2019Essence de L\u2019Essence, Le Secret des Secrets. Mais le chemin est \u00e9pineux. Et  nous sommes assez \u00e0 l\u2019aise dans notre confort, notre r\u00e9alit\u00e9 peu compromise, dans notre s\u00e9curit\u00e9 illusoire. Mais au fond pourquoi pas ? Sauf  lorsque la faim int\u00e9rieure refait surface, le manque int\u00e9rieur de la vraie nourriture et lorsqu\u2019elle est coupl\u00e9e comme c\u2019est toujours le cas-avec le souvenir de ce pacte pr\u00e9-\u00e9ternel, alors cette faim se transforme en un formidable d\u00e9sir, une aspiration douloureuse qui nous plonge dans des \u00e9tats extatiques, des r\u00e9v\u00e9lations qui nous transportent de joie, signes de l\u2019amour v\u00e9ritable  mais aussi dans  des ab\u00eemes de solitude, de confusion et de d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p>Les manuels soufis du 10 si\u00e8cle et certains \u00e9crivains soufis ant\u00e9rieurs ont donn\u00e9 une description  d\u00e9taill\u00e9e de ce terrain cahoteux que le chercheur doit traverser dans sa qu\u00eate de l\u2019essence. Ils ont dress\u00e9 la carte des stations de la voie. Ce sont toujours des stations int\u00e9rieures des \u00e9tats du psych\u00e9, les stations que l\u2019ego conscient doit parcourir dans le but de perdre les couches, les peaux, les enveloppes, les voiles (toutes ces m\u00e9taphores sont tir\u00e9es des manuels soufis) qui  nous s\u00e9parent  du noyau int\u00e9rieur de l\u2019Etre. Lorsqu\u2019on acquiert le langage &#8211; et je ne parle pas seulement du langage litt\u00e9ral  \u00e0 savoir l\u2019 Arabe ou le Persan &#8211;  lorsqu\u2019on acquiert le langage de  la perception subtile avec lequel les vieux manuels soufis ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits,  compos\u00e9s et r\u00e9dig\u00e9s, alors on r\u00e9alise avec quelle clart\u00e9, avec quelle pr\u00e9cision, les anciens ma\u00eetres soufis ont d\u00e9crit les stations de la voie pour leurs disciples. Il  nous est difficile de lire ces  descriptions avec la clart\u00e9 et la pr\u00e9cision de leur r\u00e9daction pas seulement en raison du fait que tr\u00e8s peu parmi nous aient acc\u00e8s \u00e0 l\u2019Arabe ou au Persan, \u00e0 l\u2019Urdu ou au Turc mais parce que les ma\u00eetres soufis utilisent  une terminologie sp\u00e9ciale, une sorte de langage scientifique. Et ils l\u2019ont fait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, ; Qushayri un ma\u00eetre du 11\u00b0 si\u00e8cle qui r\u00e9digea \u2018\u2019 L\u2019\u00e9p\u00eetre\u2019\u2019 (un texte \u00e9crit en Arabe qui est devenu le livre de chevet de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de soufis dans divers cercles et endroits) nous dit pourquoi les premiers ma\u00eetres soufis ont \u00e9labor\u00e9 une telle terminologie : afin que ce \u00e0 quoi il est fait r\u00e9f\u00e9rence ne soit compris que des adeptes ou initi\u00e9s ! Cette terminologie et ses implications a fait froncer les sourcils et a \u00e9t\u00e9 f\u00e9rocement condamn\u00e9e par les dirigeants orthodoxes musulmans pendant plusieurs si\u00e8cles. Les anciens manuels donnent une sorte de description des processus int\u00e9rieurs que les adeptes doivent suivre. Ils d\u00e9crivent ou plut\u00f4t font allusion aux \u00e9tats intenses qui font passer  l\u2019adepte sinc\u00e8re d\u2019une \u00e9motion extr\u00eame \u00e0 une autre presque sans transition. Ouvrez un livre de R\u00fbmi, de Attar, de Ibn Arabi ou de Hafez et vous comprendrez que ces changements d\u2019\u00e9tats ont toujours \u00e9t\u00e9 pareils quelque soit l\u2019\u00e9poque, le lieu ou la langue. Celui qui a exp\u00e9riment\u00e9 ces formidables  fluctuations entre transport de joie et d\u00e9pression dans la qu\u00eate de l\u2019Essentiel , du Pur, ce qui n\u2019est contamin\u00e9 par aucune illusion, aura acquis une v\u00e9ritable connaissance et ne pourra plus jamais \u00eatre le m\u00eame!<br \/>\n<br \/>Les manuels soufis entendent  par le mot <i>bast<\/i> ( litt\u00e9ralement \u2018\u2019expansion\u2019\u2019) tous les \u00e9tats de transport de joie et d\u2019extase; et ils d\u00e9signent les \u00e9tats de d\u00e9pression de confusion, d\u2019obscurit\u00e9 totale, de nuit noire de l\u2019\u00e2me par le mot <i>qabd<\/i> ce qui signifie litt\u00e9ralement \u2018\u2019contraction\u2019\u2019. <\/p>\n<p>Meme si nous ne connaissons pas le langage, nous reconnaissons la saveur de l\u2019exp\u00e9rience et \u2018\u2019savourer\u2019\u2019 ou go\u00fbter  dans cette tradition, c&#8217;est le v\u00e9ritable ma\u00eetre: l\u2019exp\u00e9rience authentique, imm\u00e9diate.<br \/>\n<br \/>Ibn Ata Allah un po\u00e8te soufi du 13\u00b0 originaire d\u2019Egypte \u00e9crit :<br \/>\n<br \/><i><br \/>\n<br \/>Souvent  Il te fait apprendre dans la nuit de la contraction ce que tu n\u2019as pas appris dans l\u2019\u00e9clat du jour de l\u2019expansion ; \u00ab  vous ne savez pas lequel des deux vous est le plus b\u00e9n\u00e9fique \u00bb  <\/i>( Coran 4 :11)<\/p>\n<p><i>Il te dilate au point o\u00f9 tu n\u2019as plus souvenir de la contraction, et te contracte au point o\u00f9 tu oublies m\u00eame l\u2019expansion, puis il t\u2019arrache \u00e0 ces deux \u00e9tats afin que tu n\u2019appartiennes \u00e0 rien d\u2019autre que Lui <\/i><br \/>\n<br \/>( Ibn Ata Allah 1979,pp85 et 68)<\/p>\n<p>Le voyage dans la mesure o\u00f9 il est fait de v\u00e9ritables exp\u00e9riences n\u2019est rien de plus qu\u2019un passage incessant d\u2019un \u00e9tat \u00e0 un autre ; des sommets de l\u2019intoxication, de la proximit\u00e9 de la beaut\u00e9, des r\u00e9v\u00e9lations intimes inexprimables aux ab\u00eemes de l\u2019obscurit\u00e9, aux  trous les plus profonds de notre existence.<br \/>\n<br \/>Dans l\u2019Ab\u00eeme de Feu, un livre contemporain qui d\u00e9crit la d\u00e9termination d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019une femme dans sa qu\u00eate de l\u2019union avec le Bien aim\u00e9 Divin, Mme Tweedie d\u00e9crit avec candeur les oscillations entre diff\u00e9rents \u00e9tats de l\u2019\u00eatre. Sans se soucier de l\u2019ancienne terminologie voici comment elle d\u00e9crit un \u00e9tat de \u2018\u2019contraction\u2019\u2019 :<br \/>\n<br \/> <i> \u00ab Tellement de tristesse en moi qu\u2019il n y a aucun mot pour la d\u00e9crire. Pas envie de lui parler. Suis all\u00e9 l\u00e0-bas le matin et me suis assise. Vers 10 heures  il m\u2019a demand\u00e9 de rentrer chez moi. Je me sens vide. J\u2019ai l\u2019impression que tout est mort. Plus aucun d\u00e9sir. Seul un\u2026seulement cet horrible et cruel d\u00e9sir. Mais cela semble d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. C\u2019est une sorte de paix faite d\u2019obscurit\u00e9. \u00bb <\/i>(Tweedie 1986,p.170)<br \/>\n<br \/>R\u00fbmi d\u00e9crit un \u00e9tat similaire:<\/p>\n<p><i>Nos d\u00e9serts n\u2019ont pas de limites<br \/>\n<br \/>Nos  \u00e2mes et nos c\u0153urs n\u2019ont aucun r\u00e9pit<br \/>\n<br \/>Le Monde a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 dans le monde par les images et les traits<br \/>\n<br \/>Laquelle de ces images est \u00e0 nous ?<br \/>\n<br \/>Quelles  sont tes traits ?<br \/>\n<br \/> Si tu rencontres sur la route une t\u00eate tranch\u00e9e roulant avec insouciance  vers notre terrain<br \/>\n<br \/>Demande lui, demande lui<br \/>\n<br \/>Les secrets de notre c\u0153ur<br \/>\n<br \/>Elle t&#8217;apprendra le myst\u00e8re qui est enfoui au plus profond de nous<br \/>\n<br \/>Que puis-je dire ?<br \/>\n<br \/>Que puis-je savoir ?<br \/>\n<br \/>Cette histoire est au-del\u00e0  de nos limites et de nos forces<br \/>\n<br \/>Comment puis je rester silencieux quand par moments notre angoisse devient plus forte<br \/>\n<br \/>Oublie cette histoire<br \/>\n<br \/>Ne nous interroge pas<br \/>\n<br \/>Car notre fable est celle de  la ruine totale<br \/>\n<br \/>Hier\u2026j\u2019ai piqu\u00e9 ma poitrine  avec  une \u00e9toile<br \/>\n<br \/>Je lui ai montr\u00e9 la blessure qu\u2019elle a caus\u00e9e<br \/>\n<br \/>J\u2019ai dit :   donne des nouvelles de moi au Bien aim\u00e9 dont la boisson est le sang<br \/>\n<br \/> je me suis balanc\u00e9 d\u2019avant en arri\u00e8re afin d\u2019apaiser l\u2019 enfant qui est mon c\u0153ur<br \/>\n<br \/>Un enfant s\u2019endort lorsqu\u2019on le berce dans son berceau<br \/>\n<br \/>Donne du lait \u00e0 ce b\u00e9b\u00e9 qui est le c\u0153ur<br \/>\n<br \/>Dispense nous de ses pleurs<br \/>\n<br \/>Oh toi qui \u00e0 chaque instant aide des milliers de c\u0153urs affaiblis comme le mien<br \/>\n<br \/>Depuis toujours et jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps la demeure du C\u0153ur est  et reste l\u2019union,<br \/>\n<br \/>Pendant combien de temps laisseras-tu ce c\u0153ur solitaire en exil ?<\/i><\/p>\n<p>R\u00fbmi touche nos c\u0153urs et nos \u00e2mes avec ses lamentations angoissantes car c\u2019est nous qu\u2019il chante et il chante pour nous. Sa po\u00e9sie nous touche avec son intransigeante sinc\u00e9rit\u00e9, sa nudit\u00e9, son abandon total, sa libert\u00e9 totale \u00e0 se servir de tout, peu importe que ce soit grossier grivois, salace ou non conventionnel tant que cela peut servir de support \u00e0 son enseignement : l\u2019enseignement des chemins du c\u0153ur sur la voie de l\u2019Amant- Bien Aim\u00e9 Divin. Et bien s\u00fbr, c&#8217;est aussi par son humour sa po\u00e9sie nous touche, ce don qui est  issu de la profusion de la G\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et de la Sagesse Divines. Cette po\u00e9sie libre de toute sophistication philosophique est un lien entre notre histoire personnelle, notre propre d\u00e9sir ardent, notre manque et la tradition de la religion de l\u2019amour, une tradition si ancienne que son origine se perd dans les annales de l\u2019histoire de la conscience humaine. Cette tradition est en fait au-del\u00e0 du temps et de l\u2019espace bien qu\u2019elle soit visible dans le temps et dans l\u2019espace, autrement dit en nous-m\u00eame.<\/p>\n<p>Comme beaucoup d&#8217;entre nous, Rumi est un d\u00e9racin\u00e9. Originaire de Balkh, la capitale d\u2019une province situ\u00e9e au nord-est de l\u2019empire musulman, il \u00e9migra au d\u00e9but du 13\u00e8me si\u00e8cle avec  sa famille vers l\u2019ouest, en Anatolie, cette partie du monde connu a l&#8217;\u00e9poque parmi les musulmans  sous le nom de R\u00fbm et qui est l\u2019actuel Turquie.<br \/>\n<br \/>Un si\u00e8cle plus t\u00f4t, l\u2019Anatolie avait \u00e9t\u00e9 annex\u00e9e par l\u2019empire musulman. A la fin du 11\u00e8me si\u00e8cle, les Seljuks, une dynastie musulmane venu des steppes d\u2019Asie centrale et de Mongolie reprend l\u2019Anatolie au vieil empire Byzantin. Konya, la romaine Ikonium, devint la capitale de ce que l\u2019on peut appeler le nouvel empire  musulman. Djalal al-Din et sa famille, ces nouveaux arrivants de l\u2019Est, s\u2019y installent et  en deviennent tr\u00e8s vite des citoyens respectables. Ils furent  de diverses fa\u00e7ons les pionniers des territoires nouvellement acquis \u00e0 la cause de l\u2019Islam. A l\u2019Est qu\u2019il venait de quitter une catastrophe  \u00e9tait imminente : les hordes effrayantes de mongols des steppes de Mongolie \u00e9taient sur le point de  ravager les plaines agricoles d\u2019Asie centrale, d\u2019exterminer sans piti\u00e9 des communaut\u00e9s enti\u00e8res, d\u2019asservir et de violer les femmes et les enfants,  de d\u00e9truire les foyers de rayonnement culturels de Perse et d\u2019Iraq, de d\u00e9truire les anciens syst\u00e8mes d\u2019irrigation de ces pays et ;en 1258, quarante ans \u00e0 peine apr\u00e8s le d\u00e9part de la famille de R\u00fbmi de l\u2019Est, ils mirent fin pour toujours au Califat islamique dans sa capitale Baghdad.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait comme si le p\u00e8re de R\u00fbmi avait pr\u00e9vu  ces catastrophes \u00e0 venir et la famille s\u2019installa dans un nouveau pays-R\u00fbm. L\u00e0 le petit Djalal al-Din grandit s\u2019adaptant \u00e0 une nouvelle culture un nouvel environnement, une culture qui \u00e9tait un m\u00e9lange hybride de plusieurs traditions : grecque, byzantine, Persane, Turque, Arabe. ;dans un pays  o\u00f9 depuis des mill\u00e9naires, l\u2019on pratique le culte des myst\u00e8res- hell\u00e9niques, gnostique, chr\u00e9tien un territoire o\u00f9 la terre m\u00eame le sol t\u00e9moigne par des images et des paraboles des grandes \u0153uvres h\u00e9ro\u00efques de l\u2019esprit. Dans ce laboratoire alchimique Djalal al-Din traite ou travaille sur sa propre mati\u00e8re psychique, il passe au peigne fin et affine son don inimitable pour les mots, la musique,  la po\u00e9sie et pour l\u2019amour. Et Ainsi depuis lors sa po\u00e9sie est devenue une source d\u2019inspiration et de consolation pour plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d\u2019amants qu\u2019ils soient musulmans ou non. Sa po\u00e9sie porte en elle la saveur, le parfum, l\u2019ar\u00f4me de libert\u00e9 des vastes steppes d\u2019Asie centrale, le courage du renoncement, comme le fit Abraham mille ans auparavant et l\u2019appel \u00e0 accomplir notre destin\u00e9e. Elle porte en elle l\u2019engagement  \u00e0 suivre pour toujours passionn\u00e9ment la voie des tribulations du c\u0153ur, la suivre jusqu\u2019\u00e0 la fin, \u00eatre dans un changement permanent, devenir de plus en plus fluide, de plus en plus \u2018\u2019incolore\u2019\u2019 et \u2018\u2019effac\u00e9\u2019\u2019, libre de tous jugements envers qui que ce soit ou quoi que ce soit en  s\u2019astreignant  cependant  \u00e0 observer l\u2019\u00e9thique et la morale les plus \u00e9lev\u00e9es, en sachant que si tu ruses tu ne trompe que ton moi le plus haut, c\u2019est \u00e0 dire toi-m\u00eame. Lui-m\u00eame musulman d\u00e9vou\u00e9, R\u00fbmi incluait toute personne qui poss\u00e8de un c\u0153ur sinc\u00e8re dans la religion de l\u2019Amour : pa\u00efens, chr\u00e9tiens, juifs, hindous, h\u00e9r\u00e9tiques. Si le but ultime est \u2019\u2019 d\u2019\u00eatre incolore et effac\u00e9\u2019\u2019, quelle est l\u2019importance de ces d\u00e9nominations ? Sa po\u00e9sie ne parle pas de  \u2018\u2019la forme\u2019\u2019 mais de \u2018\u2019l\u2019essence\u2019\u2019, la vraie source de toutes les formes d\u2019\u00eatres et de l\u2019Etre au del\u00e0 des formes.<\/p>\n<p>Je voudrais terminer avec d\u2019autres vers de R\u00fbmi ;si nous les \u00e9coutons attentivement, nous nous rendrons compte qu\u2019il nous a laiss\u00e9 un conseil pratique et utile qui rendra plus supportable notre attente \u00e0 la porte de l\u2019Amour :<\/p>\n<p><i>Le nuage pleure<br \/>\n<br \/>Et le jardin se couvre de verdure<br \/>\n<br \/>Le b\u00e9b\u00e9 pleure<br \/>\n<br \/>Et le lait s\u2019\u00e9coule du sein de la m\u00e8re.<br \/>\n<br \/>La Nourrice de la cr\u00e9ation a dit :<br \/>\n<br \/>\u2018\u2019Laisse les pleurer beaucoup\u2019\u2019.<br \/>\n<br \/>[ comme pour la v\u00e9g\u00e9tation] la pluie de larmes des nuages et la chaleur du soleil br\u00fblant s\u2019unissent pour nous faire grandir.<br \/>\n<br \/>garde br\u00fblant le soleil de  ton intelligence<br \/>\n<br \/>et tes yeux brillants de larmes de douleur<br \/>\n<br \/>ainsi ta vie restera fra\u00eeche.<br \/>\n<br \/>pleure sans retenue comme un petit enfant<br \/>\n<br \/>laisse les besoins du corps diminuer<br \/>\n<br \/>et les d\u00e9cisions de l\u2019\u00e2me grandir.<br \/>\n<br \/>diminue ce que tu donne \u00e0 ton moi physique,<br \/>\n<br \/>ton \u0153il spirituel commencera \u00e0 s\u2019ouvrir.<br \/>\n<br \/>lorsque le corps se vide de l\u2019ordure<br \/>\n<br \/>Dieu le remplit de  musc et de perles ravissantes.<br \/>\n<br \/>C\u2019est ainsi qu\u2019un homme abandonne sa souillure et obtient la puret\u00e9.<br \/>\n<br \/>Reste avec les amis qui peuvent t\u2019aider en cela et,<br \/>\n<br \/>Menez vos affaires ensemble en prenant conseil les uns des autres<\/i><br \/>\n<br \/>(Barks 1990,pp.80-81 ;Mathnaw\u00ee V :1-149,163,167)<\/p>\n<p>\n<i> Extrait du journal \u00ab sufi N\u00b021 \u00bb.<\/i><\/p>\n<p><\/p>\n<hr>\n<p><b>A propos de l&#8217;auteur&#8230;<\/b><br \/>\n<\/p>\n<p>\nSara Sviri a \u00e9tudi\u00e9 et enseign\u00e9 l&#8217;Arabe et les Etudes Islamiques en Isra\u00ebl. Elle s&#8217;est ensuite install\u00e9e \u00e0 Londres et Oxford ou elle a enseign\u00e9 le Juda\u00efsme M\u00e9di\u00e9val, et en particulier l&#8217;histoire et la litt\u00e9rature des Juifs en terre d&#8217;Islam. Ses travaux sur le soufisme, publi\u00e9s dans de nombreuses compilations et journaux, portent sur la formation et les caract\u00e9ristiques des premi\u00e8res \u00e9coles mystiques de l&#8217;islam, avec un int\u00e9r\u00eat particulier pour le mouvement Mal\u00e2m\u00e2ti de Nishapour et les travaux de al-Hak\u00eem al-Tirmidh\u00ee et Ibn Arabi. Elle a pr\u00e9sent\u00e9 ses divers travaux en Europe, en Isra\u00ebl, et aux Etats-Unis. Son livre, &#8220;The Taste of Hidden Things: Images on the Sufi Path&#8221; a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1997 par le Golden Sufi Center en Californie. Sara vit actuellement \u00e0 J\u00e9rusalem et enseigne a l&#8217;Universit\u00e9 H\u00e9breu de J\u00e9rusalem.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sara Sviri Dans les biographies de Abu Said Abi al- Khayr, un des grands ma\u00eetres soufis du 11\u00b0 si\u00e8cle, on&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1399","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1399","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1399"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1399\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1399"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1399"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1399"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}