{"id":1392,"date":"2003-07-22T20:40:21","date_gmt":"2003-07-22T20:40:21","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/rencontre-avec-un-maitre-soufi"},"modified":"2013-05-06T12:44:20","modified_gmt":"2013-05-06T12:44:20","slug":"rencontre-avec-un-maitre-soufi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2003\/07\/22\/rencontre-avec-un-maitre-soufi\/","title":{"rendered":"Rencontre avec un ma\u00eetre soufi"},"content":{"rendered":"<p><em>Jean Nabavian<\/em><\/p>\n<p><em><br \/> Rencontre entre Jean Nabavian, le traducteur du livre, &#8220;Dans la taverne de la ruine&#8221;, et son auteur, Dr. Nurbakhsh<\/em><\/p>\n<p>  Le soufisme \u00e9tait pour moi un mot ancien et magique m&#8217;inspirant le respect naturel que l&#8217;on a vis-\u00e0-vis d&#8217;un grand cru class\u00e9 hors d&#8217;age, ou face aux tr\u00e9sors d&#8217;une pyramide \u00e9gyptienne. Ce mot \u00e9tait une pi\u00e8ce de mus\u00e9e, class\u00e9 d&#8217;apr\u00e8s ma culture arch\u00e9ologique incertaine, quelque part entre le rayon des grandeurs pass\u00e9es de l&#8217;Iran et celui des joyaux de la pens\u00e9e islamique. Il \u00e9voquait des c\u00e9r\u00e9monies exotiques ou des individus flottant dans leurs v\u00eatements trop larges, dansaient et chantaient jusqu&#8217;\u00e0 s&#8217;envoler dans les airs ou se fondre dans l&#8217;obscurit\u00e9, s&#8217;effacer. Ce mot \u00e9tait charg\u00e9 de po\u00e9sie et d&#8217;anecdotes qui avaient l&#8217;\u00e9trange propri\u00e9t\u00e9 de r\u00e9sonner longtemps dans un coin de ma m\u00e9moire. Le soufisme \u00e9tait aussi magique qu&#8217;irr\u00e9el, aussi attirant qu&#8217;inaccessible. Il avait exist\u00e9 certes\u2026mais il n&#8217;\u00e9tait plus de ce monde.<\/p>\n<p>Puis j&#8217;ai rencontr\u00e9 le soufisme. Ce fut une rencontre douce et l\u00e9g\u00e8re comme un lien que l&#8217;on tisse peu \u00e0 peu, comme une histoire d&#8217;amour qui commence par une banale relation \u00e9pistolaire. Ce fut \u00e0 travers l&#8217;\u0153uvre d&#8217;un po\u00e8te, un mystique, un \u00eatre d&#8217;exception qui a v\u00e9cu le soufisme dans son corps, son esprit et son ame: Jolaloddin Mohammad Balkhi Molavi plus connu sous le nom de Roumi, homme de culture et de langue iranienne n\u00e9 \u00e0 Balkh dans l&#8217;actuel Afghanistan en 1207 et mort \u00e0 Konya dans l&#8217;actuelle Turquie en 1273. Cette rencontre marqua le d\u00e9but d&#8217;une longue p\u00e9riode d&#8217;impr\u00e9gnation jalonn\u00e9e par les p\u00e9rip\u00e9ties somme toute classiques de ma propre recherche spirituelle. Je d\u00e9couvris les beaut\u00e9s du soufisme comme de magnifiques paysages que l&#8217;on voit d\u00e9filer par la fen\u00eatre d&#8217;un train. Je les apercevais mais ne pouvais les saisir, elles flottaient en moi sans que je puisse m&#8217;y fondre.<br \/> On dit que Roumi avait fait inscrire cette phrase \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e de sa khan\u00e9qah:<br \/><em> <br \/> Si tu veux Le Bien-Aim\u00e9 divin, pourquoi ne pas Le chercher ?<br \/> Si tu L&#8217;as trouv\u00e9, pourquoi ne pas t&#8217;en r\u00e9jouir ?<\/p>\n<p><\/em> La litt\u00e9rature soufie est une des plus riches litt\u00e9ratures gnostiques. Elle est le fruit de sept si\u00e8cles (du VIIIe au XVe si\u00e8cle) de qu\u00eate ardente, d&#8217;aspiration \u00e0 la puret\u00e9 et \u00e0 l&#8217;authenticit\u00e9, et d&#8217;une cr\u00e9ativit\u00e9 sublim\u00e9e par l&#8217;amour qu&#8217;elle a pu engendrer. Elle contient aussi des trait\u00e9s didactiques \u00e9crits dans une langue cod\u00e9e aux tournures myst\u00e9rieuses, et parfaitement incompr\u00e9hensible \u00e0 tous ceux qui &#8211; simple amateur ou sp\u00e9cialiste chevronn\u00e9 &#8211; n&#8217;en poss\u00e8dent pas les indispensables clefs. <br \/> Ainsi \u00e0 mesure que la r\u00e9alit\u00e9 et la port\u00e9e de l&#8217;enseignement soufi se r\u00e9v\u00e9laient \u00e0 moi, l&#8217;insuffisance de mon approche th\u00e9orique se faisait sentir.<br \/> Plus tard, quelle fut l&#8217;ampleur de mon \u00e9tonnement en d\u00e9couvrant le nombre consid\u00e9rable d&#8217;ordres, de groupes ou de confr\u00e9ries soufis, ne serait-ce qu&#8217;en Europe et en Am\u00e9rique du Nord, sans parler des \u00e9coles spirituelles ou groupes de travail qui s&#8217;en sont directement inspir\u00e9s pour se forger une philosophie ou du moins une m\u00e9thode pratique de travail.<br \/> Quand on conna\u00eet l&#8217;importance du rapport ma\u00eetre -disciple dans le soufisme, on comprend ais\u00e9ment qu&#8217;un ordre soufi puisse se r\u00e9sumer dans la personnalit\u00e9 du ma\u00eetre qui le dirige; \u00e0 cet \u00e9gard, l&#8217;ordre N\u00e9matollahi des soufis est le reflet fid\u00e8le de celui qui en devint les grand ma\u00eetre en 1953 pour faire de nouveaux vibrer la corde de son authenticit\u00e9 \u00e0 la veille de XXIe si\u00e8cle.<br \/> La cha\u00eene initiatique de l&#8217;ordre N\u00e9matollahi remonte \u00e0 Ali (mort en 661) premier disciple du Proph\u00e8te de l&#8217;Islam. Pendant des si\u00e8cles, il \u00e9tait d&#8217;usage que la plupart des ordres soufis portent le nom de leur ma\u00eetre du moment, mais l&#8217;influence de Shah N\u00e9matollah Vali (Alep 1331 &#8211; Kerman-Iran 1429) fut telle que son nom resta d\u00e9finitivement associ\u00e9 \u00e0 l&#8217;ordre qui connut gr\u00e2ce \u00e0 lui un rayonnement spirituel consid\u00e9rable dans toute la partie centrale et orientale du plateau iranien ainsi qu&#8217;en Inde musulmane, notamment dans la r\u00e9gion du Deccan. Avec le temps, dans le contexte des invasions, des guerres et de l&#8217;instabilit\u00e9 politique mais aussi des pers\u00e9cutions des soufis, l&#8217;ordre N\u00e9matollahi se fit de plus en plus discret. Cependant, \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, les grands ma\u00eetres de cet ordre ont pu de nouveau dispenser leur enseignement mystique dans leurs khan\u00e9qahs sans craindre pour leur vie, mais l&#8217;ordre N\u00e9matollahi connut son v\u00e9ritable essor au cours de ces quatre derni\u00e8res d\u00e9cennies, depuis que le Dr Javad Nurbakhsh en devint le grand ma\u00eetre.<br \/> Le Dr Javad Nurbakhsk est n\u00e9 le 10 d\u00e9cembre 1926 \u00e0 Kerm\u00e2n, ville du Sud-Est de l&#8217;Iran, entour\u00e9 de montagnes avec des sommets culminant \u00e0 plus de 4500 m\u00e8tres, r\u00e9put\u00e9e pour la profondeur de son ciel nocturne, la qualit\u00e9 de ses tapis et la beaut\u00e9 de sa grande mosqu\u00e9e construite au XIVe si\u00e8cle. Sa soif spirituelle latente depuis le plus jeune age surgit de fa\u00e7on imp\u00e9rieuse au moment de son adolescence, et l&#8217;amena apr\u00e8s moult p\u00e9rip\u00e9ties, \u00e0 la rencontre des derviches N\u00e9matollahi de sa ville et malgr\u00e9 ses dix-sept ans, il fut accept\u00e9 et initi\u00e9 par le responsable de la confr\u00e9rie \u00e0 Kerm\u00e2n.<br \/> A la fin de ses \u00e9tudes secondaires, ayant \u00e9t\u00e9 admis \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine, il vint s&#8217;installer dans la capitale et c&#8217;est tout naturellement qu&#8217;il fr\u00e9quenta la khan\u00e9qah N\u00e9matollahi de T\u00e9h\u00e9ran et rencontra le grand ma\u00eetre Moun\u00e8s Ali Shah Zolriasatayn (Shiraz 1873 &#8211; T\u00e9h\u00e9ran 1953) dont il devint le premier disciple et qu&#8217;il rempla\u00e7a \u00e0 sa mort en 1953 comme grand ma\u00eetre de l&#8217;ordre.<br \/> Ce jeune m\u00e9decin, devenu \u00e0 26 ans ma\u00eetre de la plus importante et plus ancienne confr\u00e9rie soufie en Iran, sut lib\u00e9rer la braise incandescente de l&#8217;essence v\u00e9ritable du soufisme des contraintes innombrables qui au fil des si\u00e8cles et pour des raisons \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la recherche spirituelle, s&#8217;\u00e9taient ajout\u00e9es les unes aux autres comme d&#8217;inutiles amas de cendres, et l&#8217;avaient enti\u00e8rement recouverte. Sa d\u00e9marche inlassable ne fut pas de r\u00e9inventer ou r\u00e9nover le soufisme mais plut\u00f4t de remonter \u00e0 la source la plus pure de cet enseignement dont il avait non seulement une large perception intellectuelle mais aussi une exp\u00e9rience compl\u00e8te de r\u00e9alisation spirituelle.<br \/> L&#8217;expression de cette volont\u00e9 fut l&#8217;\u00e9criture de nombreux livres sur le soufisme. Une \u0153uvre consid\u00e9rable dont le seul but est de clarifier, simplifier et mettre en lumi\u00e8re les aspects les plus importants de l&#8217;enseignement soufi qui parfois pendant plus de dix si\u00e8cles \u00e9taient rest\u00e9s occult\u00e9s, inexpliqu\u00e9s voire oubli\u00e9s.<br \/> En 1963 il poursuivit ses \u00e9tudes m\u00e9dicales dans le domaine de la psychiatrie \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Paris et d\u00e8s son retour en Iran mena parall\u00e8lement \u00e0 sa mission de ma\u00eetre spirituel, une carri\u00e8re m\u00e9dicale jalonn\u00e9e de nombreux livres et contributions dans le domaine de la psychiatrie, mais aussi d&#8217;innovations dans l&#8217;organisation th\u00e9rapeutique des h\u00f4pitaux psychiatriques; carri\u00e8re qu&#8217;il termina en tant que titulaire de la chaire de psychiatrie, et chef du d\u00e9partement de psychiatrie \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de T\u00e9h\u00e9ran. Mais ce tableau sommaire serait incomplet si l&#8217;on n&#8217;ajoutait pas ce d\u00e9tail tout soufi: durant toute sa carri\u00e8re de m\u00e9decin, il consacrait quelques heures par jour dans son cabinet de quartier \u00e0 soigner gratuitement les n\u00e9cessiteux.<br \/> L&#8217;ouverture de la confr\u00e9rie N\u00e9matollahi aux occidentaux date du milieu des ann\u00e9es 50 avec les visites nombreuses d&#8217;orientalistes comme Louis Massignon ou Henri Corbin. Les ann\u00e9es 70 ont vu arriver en Iran comme en Inde un flot continu de jeunes occidentaux friands d&#8217;un &#8220;ailleurs spirituel&#8221; et c&#8217;est \u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque que le Dr Nurbakhsh con\u00e7ut le projet d&#8217;ouvrir des khan\u00e9qahs en Europe et en Am\u00e9rique du Nord. Aujourd&#8217;hui la confr\u00e9rie N\u00e9matollahi poss\u00e8de une vingtaine de khan\u00e9qah aux Etats-Unis, au Canada, en Europe, en Australie et en Afrique, et \u00e9dite un magazine trimestriel en anglais auquel collaborent des universitaires de renom, des \u00e9crivains et des po\u00e8tes int\u00e9ress\u00e9s par le soufisme sous ses diff\u00e9rents aspects.<br \/> Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80, le Dr Nurbakhsh vit en Grande-Bretagne. A la khan\u00e9qah de Londres ou il habite avec son \u00e9pouse, une partie de sa famille et quelques disciples, il continue son travail d&#8217;\u00e9criture \u00e0 un rythme que rien ne semble pouvoir ralentir. Ces quatre derni\u00e8res ann\u00e9es, deux volumineuses biographies concernant deux personnages importants de l&#8217;histoire du soufisme: Bayazid (Bastam-Iran v. 777 &#8211; id. v. 874) et Hallaj (Tour-Iran 858 &#8211; Bagdad 922) sont venues s&#8217;ajouter \u00e0 son abondante bibliographie compos\u00e9e de plus de soixante-dix ouvrages. Mais il consacre aussi une grande partie de son temps \u00e0 tous ceux qui, des quatre coins du monde, viennent le rencontrer.<br \/> C&#8217;est dans sa khan\u00e9qah de Londres que j&#8217;ai rencontr\u00e9 le Dr Nurbakhsh pour la premi\u00e8re fois. J&#8217;avais mille questions et au moins autant de pr\u00e9jug\u00e9s sur le soufisme, le ma\u00eetre spirituel authentique, l&#8217;enseignement mystique, l&#8217;exp\u00e9rience spirituelle, etc. Il m&#8217;\u00e9couta avec beaucoup d&#8217;attention, puis me montra dans un coin de la pi\u00e8ce ce qu&#8217;il appela ironiquement son zoo. C&#8217;\u00e9tait un petit rocher de carton-pate sur lequel \u00e9taient pos\u00e9es des figurines repr\u00e9sentant des animaux. Au pied du rocher il y avait la figurine d&#8217;un vieux soufi tenant \u00e0 bout de bras une lanterne. Puis il cita ce fameux vers de Roumi, d&#8217;apr\u00e8s la phrase de Diog\u00e8ne le cynique:<\/p>\n<p> On vit le sage faire le tour de la ville, une lanterne \u00e0 la main en criant: J&#8217;en ai assez des monstres et des b\u00eates f\u00e9roces. Je cherche un \u00eatre humain v\u00e9ritable.<br \/> Il r\u00e9pondit aux questions que je lui avais pos\u00e9es mais aussi \u00e0 celles plus importantes que je ne lui avais pas pos\u00e9es. Concernant le soufisme, il dit : &#8220;Il y a deux approches face \u00e0 la question de l&#8217;Unicit\u00e9 de l&#8217;Etre: l&#8217;une philosophique et sp\u00e9culative qui s&#8217;effectue \u00e0 travers l&#8217;\u00e9tude et la r\u00e9flexion; l&#8217;autre exp\u00e9rimentale et pratique qui se r\u00e9alise dans l&#8217;engagement et l&#8217;action. Le soufisme est l&#8217;\u00e9cole pratique de l&#8217;Unicit\u00e9 de l&#8217;Etre&#8221;.<\/p>\n<p> &#8211; Mais que faire pour parvenir \u00e0 cette r\u00e9alisation ?<br \/> &#8211; On ne peut atteindre la V\u00e9rit\u00e9 par la r\u00e9flexion et la pens\u00e9e et encore moins par l&#8217;imagination. Disons simplement que chaque pas qui t&#8217;\u00e9loigne de toi, te rapproche de la V\u00e9rit\u00e9. Jusqu&#8217;\u00e0 ce que tu te vides enti\u00e8rement de toi-m\u00eame pour \u00eatre rempli de l&#8217;Unicit\u00e9. Car le seul obstacle entre toi et la V\u00e9rit\u00e9, c&#8217;est toi.<\/p>\n<p> &#8211; Comment s&#8217;\u00e9loigner de soi-m\u00eame, ou se d\u00e9tacher de son &#8220;moi&#8221; ?<br \/> &#8211; En se mettant au service des autres ce qui provoque peu \u00e0 peu de l&#8217;affection, puis de l&#8217;amour dans le c\u0153ur de l&#8217;homme pour toutes les cr\u00e9atures de Dieu. L&#8217;\u00e9volution spirituelle va de pair avec l&#8217;\u00e9thique. L&#8217;amour de l&#8217;Unicit\u00e9 passe obligatoirement par l&#8217;amour des autres. Il ne peut s&#8217;apprendre dans le cadre d&#8217;une \u00e9cole ou d&#8217;un enseignement et ne d\u00e9pend en rien de la volont\u00e9 de l&#8217;homme. Mais l&#8217;aide \u00e0 autrui, la bienveillance, l&#8217;affection ou l&#8217;amour envers toutes les cr\u00e9atures c&#8217;est quelque chose que l&#8217;homme peut d\u00e9cider de cultiver en lui. L&#8217;exp\u00e9rience montre qu&#8217;un amour d\u00e9velopp\u00e9 de cette mani\u00e8re d\u00e9bouche sur l&#8217;amour de la V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p> &#8211; Faut-il se d\u00e9barrasser de la raison ?<br \/> &#8211; Il s&#8217;agit d&#8217;une fonction vitale pour l&#8217;homme. La raison n&#8217;est qu&#8217;un simple instrument. Chez un \u00eatre accapar\u00e9 par son moi, domin\u00e9 par son nafs qui ne tend qu&#8217;\u00e0 satisfaire ses d\u00e9sirs, il est au service de l&#8217;ego, mais chez l&#8217;homme ou la femme qui suit la voie de l&#8217;amour, il contribue \u00e0 la r\u00e9alisation spirituelle.<\/p>\n<p> &#8211; Tout porte \u00e0 croire que le si\u00e8cle prochain sera celui des gourous.<br \/> &#8211; C&#8217;est depuis des millions d&#8217;ann\u00e9es que l&#8217;homme s&#8217;adonne \u00e0 l&#8217;idol\u00e2trie : une tendance que m\u00eame les grandes religions monoth\u00e9istes n&#8217;ont pu vraiment infl\u00e9chir de fa\u00e7on d\u00e9cisive car avec le temps on fit des porteurs de ces messages, des dieux ou des demi-dieux que l&#8217;on v\u00e9n\u00e8re souvent davantage que l&#8217;on aime ou respecte Dieu Lui-m\u00eame. Le soufisme c&#8217;est l&#8217;amour de l&#8217;Etre Absolu, et tout ce qui est autre que Lui (cela peut \u00eatre une personne, une id\u00e9ologie, etc.) rel\u00e8ve de l&#8217;idol\u00e2trie et s&#8217;oppose \u00e0 l&#8217;amour de la V\u00e9rit\u00e9.<br \/> On demanda \u00e0 Rabia la plus illustre des femmes soufies si elle aimait le Proph\u00e8te Mohammad. Elle r\u00e9pondit: &#8220;Certes je le respecte mais son c\u0153ur est tellement rempli de l&#8217;amour de l&#8217;Etre Absolu qu&#8217;il n&#8217;y a plus de place pour l&#8217;amour de nul autre&#8221;.<br \/> De nos jours on voit appara\u00eetre de nouvelles \u00e9coles se d\u00e9clarant mystiques, spirituelles, religieuses, qui sont souvent bas\u00e9es sur le culte de la personnalit\u00e9, faisant de leurs ma\u00eetres des dieux vivants, utilisant la sensibilit\u00e9 ou la cr\u00e9dulit\u00e9 de leurs disciples \u00e0 des fins qui se trouvent \u00e0 mille lieux de la spiritualit\u00e9 et de l&#8217;\u00e9thique humaine. Cependant si l&#8217;objet de la recherche d&#8217;un homme est vraiment l&#8217;amour de la V\u00e9rit\u00e9, il trouvera son chemin vers l&#8217;Unit\u00e9, pouss\u00e9 par la dynamique puissante de cet amour.<br \/> On raconte que lorsque Jonayd, alors jeune commer\u00e7ant prosp\u00e8re, se rendit aupr\u00e8s du grand ma\u00eetre du moment Sari Saghati pour devenir soufi, Sari lui demanda d&#8217;aller se d\u00e9barrasser de tous ses biens et de revenir une fois qu&#8217;il y aurait d\u00e9finitivement renonc\u00e9. Jonayd s&#8217;ex\u00e9cuta et revint quelques temps apr\u00e8s \u00e0 la khan\u00e9qah de Sari, mais le ma\u00eetre ordonna \u00e0 ses disciples de lui donner une bonne bastonnade avant de le flanquer \u00e0 la porte. Jonayd profond\u00e9ment d\u00e9\u00e7u s&#8217;en alla pleurer son chagrin dans le d\u00e9sert et s&#8217;endormit. A son r\u00e9veil il vit Sari Saghati qui le fixait avec les yeux humides. Il lui demanda: &#8220;J&#8217;ai renonc\u00e9 \u00e0 tout pour devenir soufi comme tu me l&#8217;avais dit et tu me fais battre et jeter \u00e0 la rue ?&#8221; Sari r\u00e9pondit: &#8220;Pour devenir soufi, tu as bien voulu briser toutes tes idoles pour n&#8217;adorer que Dieu, mais tu avais fait de moi dans ton c\u0153ur une nouvelle idole sur laquelle tu avais mis tout ton espoir. J&#8217;ai voulu la briser pour te faire gagner du temps&#8221;.<\/p>\n<p> Comment un \u00eatre imparfait, non r\u00e9alis\u00e9, peut-il juger du niveau de la perfection et de la r\u00e9alisation spirituelle d&#8217;un ma\u00eetre spirituel ?<br \/> Tout ce que je puis dire c&#8217;est qu&#8217;au cours de ma propre recherche spirituelle, \u00e0 travers mes rencontres et mes exp\u00e9riences, je me suis forg\u00e9 un certain nombre de valeurs, de signes et d&#8217;\u00e9l\u00e9ments fond\u00e9s avant tout sur l&#8217;appr\u00e9ciation des qualit\u00e9s humaines essentielles, mais aussi sur le charisme spirituel, l&#8217;honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle autant que spirituelle, l&#8217;humilit\u00e9, l&#8217;\u00e9coute et bien d&#8217;autres indices parfois plus subjectifs mais tout aussi parlants \u00e0 mon c\u0153ur et mon esprit.<br \/> Le docteur Nurbakhsh, par sa profonde humanit\u00e9 et l&#8217;ampleur de sa vision spirituelle, a fait voler en \u00e9clats tous ces crit\u00e8res. Comme disent les soufis: &#8220;Quand on s&#8217;approche du soleil, on ne voit que la lumi\u00e8re&#8221;.<\/p>\n<p> <em><br \/> Jean Nabavian<br \/> Paris, mars 1997<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Nabavian Rencontre entre Jean Nabavian, le traducteur du livre, &#8220;Dans la taverne de la ruine&#8221;, et son auteur, Dr.&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1392","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1392","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1392"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1392\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1392"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1392"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1392"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}