{"id":1389,"date":"2003-05-01T10:29:51","date_gmt":"2003-05-01T10:29:51","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/lepitre-de-hayy-ibn-yaqdhan-resume-de-these-doctorale"},"modified":"2013-03-11T09:32:03","modified_gmt":"2013-03-11T09:32:03","slug":"lepitre-de-hayy-ibn-yaqdhan-resume-de-these-doctorale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2003\/05\/01\/lepitre-de-hayy-ibn-yaqdhan-resume-de-these-doctorale\/","title":{"rendered":"L&#8217;\u00eapitre de HAYY ibn yaqdhan, r\u00e9sum\u00e9 de th\u00e8se doctorale"},"content":{"rendered":"<p><em>ABOURA ABDELMADJID<\/em><\/p>\n<p>ASPECTS ET FONCTIONS DU RECIT INITIATIQUE   DANS LA TRADITION THEOSOPHIQUE DE L\u2019ISLAM <\/p>\n<p> PROJET DOCTORAL ANALYTIQUE <br \/> ABOURA ABDELMADJID <\/p>\n<p> L\u2019\u00e9tude du r\u00e9cit initiatique, dans la tradition th\u00e9osophique de l\u2019Islam, engage le proc\u00e8s de l\u2019\u00e9criture, sur le terrain de l\u2019histoire de la foi. Le discours sacr\u00e9 dont l\u2019homme s\u2019est accapar\u00e9 \u00e0 des fins ontologiques ou  politiques, se voit subir toutes les \u00e9preuves du temps, pour retomber en fin de parcours sous le jugement de la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Notre travail prend en charge un syntagme de l\u2019histoire de cette foi o\u00f9 l\u2019\u00e9criture du sacr\u00e9 perd ses valeurs authentiques au profit d\u2019autres valeurs litt\u00e9raires: la cr\u00e9ation litt\u00e9raire et l\u2019esth\u00e9tique du verbe. <\/p>\n<p> Nous engageons ce proc\u00e8s en prenant soin d\u2019\u00e9tablir les fronti\u00e8res sur le plan de la diachronie, en limitant dans le temps et l\u2019espace les diff\u00e9rents textes que le discours litt\u00e9raire a pris en charge pour sauver le sacr\u00e9. <\/p>\n<p> Dans la pens\u00e9e musulmane et, \u00e0 mi-chemin, entre le texte religieux et le texte litt\u00e9raire, le r\u00e9cit initiatique d\u2019Ibn thopha\u00efl, Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n (12\u00b0 si\u00e8cle apr\u00e8s J.C) \u00e9merge dans l\u2019Espagne musulmane sous le royaume des Almohades. Il se propose comme un affranchissement de la pens\u00e9e religieuse classique issue d\u2019un \u00ab proph\u00e9tisme autoritaire \u00bb, et de la pens\u00e9e philosophique qui, au lieu d\u2019\u00e9claircir les voies de la foi monoth\u00e9iste, rend plus ambigu\u00eb la croyance en un Dieu unique. <\/p>\n<p> Ibn thopha\u00efl propose une alternative aux deux fois (religieuse et philosophique): La foi ontologique, celle o\u00f9 le seul proph\u00e9tisme tol\u00e9r\u00e9 est  la raison illuminative: L\u2019homme peut acc\u00e9der aux v\u00e9rit\u00e9s sup\u00e9rieures par sa simple raison sp\u00e9culative. Le commentaire de Mo\u00efse de Narbonne (I) nous \u00e9claire sur le contenu de cette oeuvre magistrale. L\u2019histoire de la pens\u00e9e universelle ne cesse de le red\u00e9couvrir \u00e0 la lumi\u00e8re des nouvelles lectures.  <\/p>\n<p> Cette oeuvre, avions-nous dit, est \u00e0 mi-chemin entre le texte sacr\u00e9 et le texte litt\u00e9raire. Nous l\u2019avons prise comme grille de lecture ou oeuvre repr\u00e9sentative d\u2019un genre litt\u00e9raire: Le r\u00e9cit initiatique \u00e0 contenu th\u00e9osophique. Le mysticisme religieux n\u2019a cess\u00e9 d\u2019alimenter le mysticisme litt\u00e9raire depuis le moyen \u00e2ge aussi bien dans la tradition chr\u00e9tienne, musulmane que juive. Les trois religions monoth\u00e9istes, en apparence isol\u00e9es l\u2019une de l\u2019autre, ont toujours \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9es l\u2019une par l\u2019autre, et se sont m\u00eame r\u00e9concili\u00e9es dans un terrain privil\u00e9gi\u00e9: la litt\u00e9rature. <\/p>\n<p> Gr\u00e2ce \u00e0 celle-ci, les conflits de paroisses se sont reconvertis en angoisse existentielle o\u00f9, le seul souci \u00e9tait de rendre l\u2019espoir \u00e0 l\u2019homme en l\u2019amenant \u00e0 se questionner sur lui-m\u00eame, \u00e0 rechercher sa voie sans \u00e9coulement de sang, ni haine fratricide. <\/p>\n<p> 1-Le choix du corpus. <\/p>\n<p> C\u2019est tout d\u2019abord l\u2019originalit\u00e9 d\u2019Ibn thopha\u00efl qui a su converger toutes les traditions th\u00e9osophiques de son \u00e9poque, dans une oeuvre que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme un document historique incontestable. Il a lui m\u00eame pris soin de d\u00e9clarer, vers la fin de son introduction, qu\u2019il emprunte le fond de ses doctrines \u00e0 El-Ghazali, \u00e0 Ibn Sina, et \u00e0 tant d\u2019autres philosophes. <\/p>\n<p> Son originalit\u00e9 est surtout son engagement sur le terrain du discours th\u00e9osophique en empruntant les voies de la litt\u00e9rature. Il fut le premier romancier \u00e0 avoir  l\u2019id\u00e9e d\u2019affronter l\u2019orthodoxie musulmane en empruntant l\u2019univers de la fiction, tout en permettant \u00e0 la tradition orale (contes et l\u00e9gendes) de se perp\u00e9tuer dans son oeuvre. <\/p>\n<p> Le m\u00e9rite d\u2019Ibn thopha\u00efl est d\u2019avoir su conjuguer, dans une m\u00eame oeuvre, th\u00e9osophie et litt\u00e9rature. <\/p>\n<p> Afin de comprendre l\u2019engagement d\u2019Ibn thopha\u00efl dans la litt\u00e9rature mystique, il est important de conna\u00eetre la doctrine soufie qui marque son \u00e9poque et bien plus loin tous les \u00e9crits mystiques abordant le th\u00e8me de l\u2019initiation dans le soufisme. <\/p>\n<p> 2-La Doctrine. <\/p>\n<p> Les islamologues (toute tendance confondue) n\u2019ont pas pu d\u00e9finir la doctrine soufie. Certains sont all\u00e9s chercher le sens en Perse, d\u2019autres pensent \u00e0 une influence de monachisme chr\u00e9tien, ou croient \u00e0 un apport des yogis de l\u2019Inde ou de la pens\u00e9e n\u00e9oplatonicienne.  <\/p>\n<p> Certains pensent aussi qu\u2019il est une r\u00e9action contre le rationalisme fatal du Coran qui refuse d\u2019admettre la tendance mystique de l\u2019\u00e2me humaine(4). Nous retenons, pour notre part, la d\u00e9finition de Gouilly (5) qui  nous semble la plus appropri\u00e9e \u00e0 notre conception: <\/p>\n<p> \u00ab  le soufisme n\u2019est pas une th\u00e9ologie, mais un \u00e9tat d\u2019\u00e2me, une tendance de la foi, un \u00e9lan spirituel, une intuition mystique&#8230;une soif et une saveur du divin qui aboutit chez  la plupart \u00e0 une transcendance assez \u00e9loign\u00e9e du th\u00e9isme de l\u2019Islam \u00bb. <\/p>\n<p> Cet amour du divin  pouss\u00e9 par un \u00e9lan de la foi et de la sagesse, nous le nommons th\u00e9osophie. <\/p>\n<p> Le but du soufisme est l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019individu en Dieu, soit dans l\u2019\u00e9preuve de la connaissance ( th\u00e9osophie), soit par des exercices mystiques de mortification et de purification morale, s\u2019approchant le plus possible de la perfection, le soufi admire (contemple) Dieu en toute chose. La cons\u00e9quence ultime de cet amour sto\u00efque est d\u2019amener le soufi \u00e0 consid\u00e9rer les dogmes particuliers \u00e0 chaque croyance comme superflus, \u00e0 ne reconna\u00eetre ou se reconna\u00eetre dans aucun rite religieux. \u00e0 n\u2019attacher que peu d\u2019importance \u00e0 la forme sous laquelle les pens\u00e9es se dirigent vers Dieu, pourvu que sa Grandeur et sa Bont\u00e9 puissent \u00eatre contempl\u00e9es. <\/p>\n<p> Il aboutit \u00e0 repr\u00e9senter la Pens\u00e9e libre au sein de l\u2019Islam. La conclusion en est que, malgr\u00e9 leurs tendances philosophiques et mystiques, la croyance des soufis au \u00ab touhid \u00bb ou unit\u00e9 absolue de  Dieu absorbant tout, n\u2019est pas dans le fond anti-islamique.  <\/p>\n<p> Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n est, \u00e0 notre connaissance, le seul r\u00e9cit litt\u00e9raire qui se d\u00e9clare \u00eatre ouvertement un guide dans la voie de la mystique musulmane, la qu\u00eate de soi qu\u2019il entreprend est parall\u00e8le \u00e0 la qu\u00eate du r\u00e9cit mais toutes les deux convergent dans la m\u00eame voie: l\u2019unit\u00e9 de l\u2019existence. <\/p>\n<p> 3- Le mod\u00e8le. <\/p>\n<p> Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n sera pris comme le mod\u00e8le du genre initiatique dans la tradition th\u00e9osophique de l\u2019islam et, c\u2019est par rapport \u00e0 ce mod\u00e8le que nous \u00e9tudierons dans notre deuxi\u00e8me partie d\u2019autres oeuvres litt\u00e9raires, en l\u2019occurrence, l\u2019Aventure Ambigu\u00eb de Cheikh Hamidou Kane et cours sur la rive sauvage de Mohammed Dib. <\/p>\n<p> Ces deux auteurs auront tent\u00e9, \u00e0 leur tour, une \u00e9criture o\u00f9, le lieu du dire fictionnel est celui de la th\u00e9osophie sinon celui de la qu\u00eate ontologique. <\/p>\n<p> Tout d\u2019abord, Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n se propose comme un r\u00e9cit ouvert \u00e0 diff\u00e9rentes esth\u00e9tiques de la r\u00e9ception qui, \u00e0 leur tour alimenteront de nouveau une \u00e9criture jamais close. Chaque lecteur participera \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer un texte qui remonte des sources de l\u2019Ecriture Absolue. <\/p>\n<p> C\u2019est d\u2019abord la tradition th\u00e9ologique juive qui s\u2019inspira de l\u2019oeuvre d\u2019Ibn thopha\u00efl et, en particulier, le fameux commentaire de Moise de Narbonne (cit\u00e9 supra). <\/p>\n<p> Le message que nous laisse ce grand th\u00e9ologien est que \u00ab  la pens\u00e9e doit se penser en dehors de tout \u00e9gocentrisme religieux ou culturel. \u00bb C\u2019est la spiritualit\u00e9 qui doit l\u2019emporter sur l\u2019exigu\u00eft\u00e9 des religions. Tout homme qui lib\u00e8re cette pens\u00e9e doit appartenir \u00e0 la pens\u00e9e universelle <\/p>\n<p> Nous nous proposons donc, d\u2019\u00e9tudier dans notre premi\u00e8re partie l\u2019\u0153uvre d\u2019Ibn thopha\u00efl; elle sera divis\u00e9e en trois chapitres: I. L\u2019\u0153uvre en gen\u00e8se, II. Le contrat fiduciaire, III. L\u2019itin\u00e9raire initiatique de Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n. <\/p>\n<p> Nous ferons appara\u00eetre dans notre premier chapitre le fameux commentaire de Moise de Narbonne ainsi que les diff\u00e9rentes traductions de l\u2019\u00e9p\u00eetre. Nous verrons ainsi comment cette \u0153uvre a su conserver la tradition th\u00e9osophique en m\u00eame temps qu\u2019elle a ouvert les portes \u00e0 une nouvelle tradition litt\u00e9raire: le r\u00e9gime du solitaire  et la qu\u00eate ontologique. <\/p>\n<p> Quant \u00e0 L\u2019influence qu\u2019elle a pu exercer sur Daniel De Foe,  elle est \u00e9difiante comme l\u2019avait pu constater L\u00e9on Gauthier (7) .  <\/p>\n<p> La gen\u00e8se du personnage de Hayy (le personnage en gen\u00e8se) sera \u00e9tudi\u00e9e \u00e0 travers les diff\u00e9rents cycles de l\u2019humanit\u00e9, cette approche cyclique nous \u00e9clairera plus tard dans notre deuxi\u00e8me partie sur l\u2019\u00e9volution de deux autres personnages n\u00e9ophytes en qu\u00eate de leur essence mais dans un univers aussi bien mystique que mythique. <\/p>\n<p> En effet, Samba Diallo (8), et Iven Zohar (9), tout deux issus de l\u2019oralit\u00e9 initiatique ( chapitre que nous \u00e9tudierons au d\u00e9but de notre deuxi\u00e8me partie) expriment le personnage prototype alors que Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n symbolise le  personnage arch\u00e9type du r\u00e9cit initiatique dans la tradition th\u00e9osophique de l\u2019islam. <\/p>\n<p> L\u2019\u00e9cart actantiel se transposant de la th\u00e9osophie pure vers la litt\u00e9rature (de l\u2019\u00eatre) est la cons\u00e9quence des \u00e9v\u00e9nements historiques survenus \u00e0 tous ceux qui ont os\u00e9 d\u00e9fi\u00e9 l\u2019orthodoxie musulmane . (certains ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9capit\u00e9s, cas d\u2019Al-Hallaj et de Shahrawardi, ou contraints \u00e0 l\u2019exil, cas de Moise de Narbonne). <\/p>\n<p> Ce qui fut explicite chez Ibn thopha\u00efl devient m\u00e9taphorique ou all\u00e9gorique chez Hamidou Kane et Mohammed Dib . L\u2019univers de la foi religieuse ayant  chang\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rents s\u2019inscrit dans le registre de la fiction litt\u00e9raire. <\/p>\n<p> Nous traiterons de cet aspect dans le chapitre qui \u00e9tudiera  l\u2019oralit\u00e9 initiatique et soulignerons m\u00e9thodologiquement la filiation des r\u00e9cits \u00e0 contenu th\u00e9osophique. Nous verrons aussi la fonction de la Zaouia, lieu d\u2019enseignement des sciences \u00e9sot\u00e9riques de l\u2019islam et son r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant \u00e0 conserver la tradition . <\/p>\n<p> Nous verrons enfin la m\u00e9tamorphose du discours sacr\u00e9 en discours po\u00e9tique ainsi que l\u2019\u00e9mergence de la m\u00e9taphore, lieu du dire du r\u00e9cit dibien. <\/p>\n<p> La cohabitation des deux registres, celui de la th\u00e9osophie et celui de la fiction, dans l\u2019\u0153uvre de Dib manifeste le conflit entre la foi et la raison, l\u2019esprit et la mati\u00e8re, le r\u00e9el et l\u2019imaginaire, cette tentative de vouloir substituer aux textes sacr\u00e9s des textes litt\u00e9raires n\u2019est pas sans ambigu\u00eft\u00e9 d\u2019o\u00f9 la notion de r\u00e9cit impossible et r\u00e9cit m\u00e9tamorphos\u00e9 que nous nous proposons d\u2019\u00e9tudier dans notre deuxi\u00e8me partie; nous tenterons de confirmer l\u2019hypoth\u00e8se pos\u00e9e par Todorov \u00e0 propos du r\u00e9cit initiatique lorsqu\u2019il affirme que l\u2019\u00e9chec du r\u00e9cit est du \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de \u00bb mener le combat \u00e0 la fois sur terre mais en qu\u00eate d\u2019un au-del\u00e0 \u00bb puisqu\u2019une telle conception du signe contredit nos habitudes \u00ab le combat doit se d\u00e9rouler ou bien dans le monde mat\u00e9riel ou bien dans celui des id\u00e9es; il est terrestre ou c\u00e9leste, mais non les deux \u00e0 la fois.(&#8230;) ceci et le contraire ne peuvent pas \u00eatre vrai en m\u00eame temps, dit  la logique du discours quotidien. \u00ab (10). <\/p>\n<p> Le r\u00e9cit initiatique affirme exactement le contraire. Tout \u00e9v\u00e9nement a un sens litt\u00e9ral et un sens all\u00e9gorique, entit\u00e9 \u00e0 la foi mat\u00e9rielle et spirituelle. L\u2019intersection impossible des contraires est pourtant sans cesse affirm\u00e9e comme nous le verrons dans les parcours initiatiques d\u2019Iven Zohar et de Samba Diallo. <\/p>\n<p> Comprendre le r\u00e9cit initiatique dans la tradition th\u00e9osophique de l\u2019Islam, c\u2019est comprendre aussi la fonction de l\u2019\u00e9criture dans les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 fondement th\u00e9ocratique. C\u2019est pour cette raison que cette \u00e9tude, que nous consid\u00e9rons comme une grille de lecture, nous permettra de comprendre les r\u00e9cits initiatiques qui expriment la m\u00eame vision de l\u2019\u00eatre, dans un rapport o\u00f9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement dans l\u2019histoire des peuples ob\u00e9it \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la pens\u00e9e mystique. Nous d\u00e9velopperons cet aspect lorsque nous aborderons l\u2019\u00e9tude de la confr\u00e9rie Tidjaniya au S\u00e9n\u00e9gal, \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture de l\u2019oralit\u00e9 initiatique.  <\/p>\n<p> Les \u00e9v\u00e9nements int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs vont donc constituer la premi\u00e8re instance narrative du r\u00e9cit d\u2019Ibn thopha\u00efl. Tout le proc\u00e9d\u00e9 narratif va n\u00e9cessairement interpeller le narrataire potentiel puisqu\u2019il s\u2019agit de ses histoires et de ses \u00e9v\u00e9nements. Cette instance  provoquera la rencontre de la qu\u00eate de l\u2019histoire avec celle de l\u2019homme. Pour \u00e9viter de tomber dans le pi\u00e8ge de la traduction, nous avons trouv\u00e9 n\u00e9cessaire de d\u00e9passer le d\u00e9bat en optant pour la langue fran\u00e7aise, car nous travaillons sur l\u2019aspect ph\u00e9nom\u00e9nologique de l\u2019esprit en dehors de sa mat\u00e9rialisation linguistique. <\/p>\n<p> Concernant notre corpus, le r\u00e9gime du solitaire est sous-tendu par une qu\u00eate de soi provoqu\u00e9e par une absence d\u2019id\u00e9es. Le r\u00e9cit de notre auteur va fonctionner \u00e0 combler ce vide en qu\u00eate de l\u2019absence. C\u2019est cette qu\u00eate qui permettra l\u2019initiation, partag\u00e9e entre le narrateur et son narrataire, de se r\u00e9aliser ,et ainsi rejoindre l\u2019id\u00e9e fondatrice du soufisme : \u00ab wahd\u00e2t-el-w\u00fbj\u00fbd \u00bb, litt\u00e9ralement, unit\u00e9 de l\u2019existence (37). <\/p>\n<p> Le lecteur d\u00e9sir\u00e9 par notre auteur est donc bien sp\u00e9cifi\u00e9 par l\u2019instance narrative \u00ab seuls sont capables de recevoir ceux qui ont la connaissance de  Dieu     \u00bb Toute oeuvre dira Ren\u00e9 Wellek est destin\u00e9e \u00e0 trois cat\u00e9gories de r\u00e9ception; la premi\u00e8re comporte un lectorat d\u00e9sirable par l\u2019instance, la deuxi\u00e8me, un lectorat indiff\u00e9rent et la troisi\u00e8me un lectorat ind\u00e9sirable. <\/p>\n<p> Hayy Ibn  Yaqdh\u00e2n vise la premi\u00e8re et tente de r\u00e9aliser avec cette r\u00e9ception un v\u00e9ritable contrat d\u2019initiation. <\/p>\n<p> Par cons\u00e9quent, ce qui est \u00e0 notre sens plus en conformit\u00e9 avec l\u2019intention de l\u2019auteur, c\u2019est d\u2019\u00e9tudier cette dialectique entre l\u2019effet et la cause, et sur le plan narratif, entre l\u2019instance premi\u00e8re et l\u2019instance de la r\u00e9ception qui ob\u00e9issent toutes les deux aux r\u00e8gles du contrat narratif instaur\u00e9 par l\u2019auteur- narrateur. La cause qui engendre le r\u00e9cit est partag\u00e9e entre l\u2019instance narrative et la demande virtuelle d\u2019un \u00ab m\u00fbrid \u00bb c\u2019est \u00e0 dire d\u2019un demandeur d\u2019initiation aux secrets de la sagesse illuminative. L\u2019effet d\u00e9sir\u00e9 par le narrateur-initiateur est double : L&#8217;acquisition du go\u00fbt et la conversion de son narrataire au soufisme. Entre ces deux effets se d\u00e9veloppe une tension didactique o\u00f9 les mots, les phrases, le r\u00e9cit perdent leur sens au profit de la signification dans une sorte d\u2019entropie s\u00e9mantique. <\/p>\n<p> Il ne s\u2019agit pas  de se disputer l\u2019exactitude d\u2019un mot dans la langue cible mais d\u2019adh\u00e9rer au jeu du narrateur \u00e0 la lumi\u00e8re des connaissances sur la mystique soufie par r\u00e9f\u00e9rence aux concepts forg\u00e9s dans leur propre discours. <\/p>\n<p> Concernant les personnages de notre auteur, ils ont, certes, une fonction all\u00e9gorique dans le r\u00e9cit, mais diff\u00e8rent m\u00e9thodologiquement dans leur fonction aussi bien dans le projet narratif que dans la tradition th\u00e9osophique de l\u2019islam. <\/p>\n<p> Ils sont l\u2019expression s\u00e9mantique et actancielle de la psych\u00e9 de l\u2019auteur qui tente dans son r\u00e9cit de donner \u00e0 son exp\u00e9rience individuelle des perspectives collectives. D\u2019o\u00f9, cette fonction initiatique que nous essayerons de d\u00e9velopper tout au long de notre \u00e9tude. <\/p>\n<p> La dynamique narrative qui permet au r\u00e9cit de se r\u00e9aliser continuellement de cycle en cycle, de transformation en transformation, et donc d\u2019une qu\u00eate initiale \u00e0 des qu\u00eates secondaires, est aliment\u00e9e par deux champs lexico-s\u00e9mantiques: celui de la douleur et celui de l\u2019absence. Ce sentiment face \u00e0 la  mort, cet \u00e9tat d\u2019impuissance face \u00e0 l\u2019inertie fonctionne par \/ pour la qu\u00eate de cette absence. Nous d\u00e9velopperons cette \u00e9tude lorsque nous \u00e9tudierons dans notre troisi\u00e8me chapitre l\u2019aspect de l\u2019entropie s\u00e9mantique et  actancielle par comparaison avec l\u2019\u00e9tude men\u00e9e par Tzvetan Todorov, la qu\u00eate de Grall (54). <\/p>\n<p> L\u2019auteur s\u2019\u00e9crit et \u00e9crit ainsi ce que lui dicte l\u2019instance narrative L\u2019histoire et le discours absolu dont l\u2019enjeu capital sera l\u2019homme et sa destin\u00e9e. L\u2019astuce de notre auteur est de remettre entre les mains de la litt\u00e9rature ce qui \u00e9tait entre les mains des philosophes. Il \u00e9vite ainsi le proc\u00e8s de la religion mais tombe sous une autre inquisition, celle de la critique litt\u00e9raire. Le narrateur est conscient de cette aventure et prend soin d\u2019avertir son narrataire. Et l\u2019auteur est convaincu de son \u00e9tat mais ne prend aucun soin pour exclure le 1\/3 d\u00e9j\u00e0 exclu. <\/p>\n<p> Quant \u00e0 notre auteur, ce qui a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9 sous forme po\u00e9tique ou sous forme de citation de sagesse, il l\u2019a exprim\u00e9 sous forme d\u2019un roman all\u00e9gorique soutenu par un r\u00e9cit initiatique et autopsych\u00e9graphique. Les personnages et les \u00e9v\u00e9nements sont les structures conjonctives des \u00e9tats de contemplation du narrateur-initi\u00e9 : <\/p>\n<p> nous dirons, pour notre part, concernant la conjonction de la psych\u00e9 avec l\u2019\u00e9criture qu\u2019au sommet de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire, dans cet espace-temps mythique, le narrateur-auteur atteint un espace s\u00e9mantique ou plut\u00f4t esth\u00e9tique o\u00f9 l\u2019intime de son \u00e9criture devient un sp\u00e9culum orient\u00e9 vers la po\u00e9ticit\u00e9 du langage. Au premier temps le narrateur regarde tant\u00f4t les mots o\u00f9 il reconna\u00eet les traces de sa psych\u00e9, tant\u00f4t l\u2019instance supr\u00eame narrative que nous avons expliqu\u00e9e plus haut et qui repr\u00e9sente  toute la tradition th\u00e9osophique de l\u2019islam, tant\u00f4t  les deux \u00e0 la fois et donc le r\u00e9cit prend l\u2019allure d\u2019un congr\u00e8s de philosophes. <\/p>\n<p> Au deuxi\u00e8me temps, il perd de vue les mots pour ne plus consid\u00e9rer que le discours th\u00e9osophique. Nous avons \u00e9tudi\u00e9 cette question lorsque  nous avons fait la dichotomie entre le r\u00e9cit et le discours par l\u2019emploi des espaces\/temps: \u00ab il-l\u00e0-bas-autrefois \u00bb et  \u00ab je-ici-maintenant \u00bb. Et m\u00eame si le narrateur-auteur jette un coup d\u2019oeil sur son r\u00e9cit en gen\u00e8se c\u2019est en tant qu\u2019il est en train de regarder la station \u00e0 laquelle est arriv\u00e9 sa cr\u00e9ativit\u00e9 en qu\u00eate de sa litt\u00e9rarit\u00e9 initiatique. L\u00e0, sa r\u00e9alise la conjonction avec l\u2019essence des mots en qu\u00eate de la signifiance de l\u2019oeuvre. L\u2019accomplissement de cette jonction sera pour l\u2019auteur la vrai d\u00e9livrance de cette angoisse existentielle dont parlait le pr\u00e9facier du roman initiatique de Cheikh Hamidou Kane, l\u2019auteur, de \u00ab l\u2019aventure ambigu\u00eb \u00bb qui raconte aussi l\u2019itin\u00e9raire de Samba Diallo dans la m\u00eame espace-temps mystique.(69). <\/p>\n<p> L\u2019\u00e9chec de l\u2019auteur est cons\u00e9quent \u00e0 l\u2019\u00e9chec de son personnage Hayy, car il ne pouvait communiquer la sagesse illuminative aux hommes qui se trouvaient dans l\u2019\u00eele voisine. C\u2019est aussi l\u2019\u00e9chec du discours \u00e9sot\u00e9rique \u00e0 l\u2019emporter sur celui exot\u00e9rique puisque les propos tenus par Hayy avaient provoqu\u00e9 une grande r\u00e9pugnance chez les profanes. C\u2019est  de la bouche de son narrateur-auteur que l\u2019auteur dit : <\/p>\n<p> Cependant, l\u2019\u00e9chec dans l\u2019\u00e9criture, nous le situons dans le proc\u00e8s de la narration : les interf\u00e9rences r\u00e9currentes de l\u2019instance narrative par le discours trop soutenu et les longues explications dans la logique, l\u2019anatomique et le m\u00e9taphysique, donnent au r\u00e9cit un aspect plus philosophique que litt\u00e9raire; c\u2019est pourquoi nous comprenons les diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations qui situaient l\u2019\u0153uvre dans un contexte religieux ou philosophique. <\/p>\n<p> LE CONTRAT FIDUCIAIRE <\/p>\n<p> Le contrat fiduciaire est fondamentalement un contrat de confiance entre un narrateur initi\u00e9 et un narrataire n\u00e9ophyte. Il s\u2019agit donc pour le premier d\u2019\u00e9tablir les clauses de son contrat et prendre soin de les annoncer d\u00e8s l\u2019ouverture de son roman et pour le second d\u2019en accepter les r\u00e8gles dans une sorte de soumission rituelle. <\/p>\n<p> Rappelons que dans tout rituel du contrat d\u2019initiation dans la voie des soufis, le demandeur d\u2019initiation, \u00ab m\u00fbrid \u00bb, s\u2019approche du ma\u00eetre, Cheikh, et prononce ces paroles en pr\u00e9sence de tous les disciples :\u00ab Mon Ma\u00eetre, prenez ma main \u00bb, et le Ma\u00eetre de r\u00e9pondre : \u00ab Voici le wird (I) mais c\u2019est \u00e0 toi de m\u2019aider \u00e0 te guider sur la voie de  Dieu \u00bb. <\/p>\n<p> Ainsi les disciples  se sentent  s\u00e9curis\u00e9s dans la voie et se pr\u00e9parent \u00e0 affronter toutes les \u00e9preuves et les difficult\u00e9s qu\u2019ils pourront rencontrer dans leur parcours initiatique. <\/p>\n<p> Concernant le r\u00e9cit initiatique  de notre auteur, ce rituel est unilat\u00e9ral; le narrateur interpelle des narrataires potentiels dans un espace-temps virtuel. Il provoque l\u2019initiation par une rh\u00e9torique de l\u2019ouverture de son roman o\u00f9 il est contraint d\u2019\u00e9tablir le lieu de son \u00e9nonciation et le protocole de sa lecture.   <\/p>\n<p> D\u00e9j\u00e0, \u00e0 ce niveau, sont mis en place les deux sujets op\u00e9rateurs du contrat fiduciaire o\u00f9 chacun doit acqu\u00e9rir un savoir sur la valeur relative des objets de l\u2019\u00e9change. Dans ce cas, le savoir consiste pour le premier op\u00e9rateur, le narrateur, \u00e0 mettre en valeur ses comp\u00e9tences initiatiques,  \u00ab ce que je pourrais  \u00bb. Elles sont de l\u2019ordre du pourvoir faire- savoir  Elles manifestent une op\u00e9ration cognitive. Le narrateur en tant que sujet- op\u00e9rateur doit utiliser toutes ses comp\u00e9tences discursives afin de persuader son contractant \u00e0 respecter ses engagements en le suivant  tout au long de son parcours initiatique. Mais cela ne l\u2019emp\u00eache pas de le manipuler sur le plan discursif: \u00ab que Dieu t\u2019accorde la vie \u00e9ternelle et la f\u00e9licit\u00e9 sans fin \u00bb fonctionne comme une manipulation par le sujet-op\u00e9rateur sur le sujet-op\u00e9rateur  narrataire. <\/p>\n<p> Disons que la manipulation dans le contrat fiduciaire engag\u00e9e dans le r\u00e9cit initiatique est une op\u00e9ration de persuasion. Le destinateur, c\u2019est \u00e0 dire le sujet op\u00e9rateur narrateur exerce un faire persuasif sur le destinataire:  le sujet-op\u00e9rateur narrataire, elle est de l\u2019ordre du faire-croire . <\/p>\n<p> Sur le plan de l\u2019immanence, elle est exprim\u00e9e par le terme \u00ab Ab\u00fbth\u00fb \u00bb, terme que L\u00e9on GAUTHIER a traduit par \u00ab r\u00e9v\u00e9ler \u00bb au lieu \u00ab d\u2019insuffler \u00bb. Le terme source utilis\u00e9 par Ibn thopha\u00efl ne traduit pas le terme cible utilis\u00e9 par les diff\u00e9rentes traductions. <\/p>\n<p> En effet, apr\u00e8s la mortification du discours st\u00e9rile, c\u2019est la parole ressuscit\u00e9e des profondeurs de l\u2019\u00e2me qui constituera le \u00ab je \u00bb de la deuxi\u00e8me instance narrative. Elle est, comme l\u2019a soulign\u00e9 William Law, l\u2019expression de cette richesse des tr\u00e9sors \u00ab acquis par l\u2019\u00e9tude des belles lettres \u00bb et, comme l\u2019affirme notre auteur, \u00ab la v\u00e9rit\u00e9 par la voie de l\u2019investigation sp\u00e9culative \u00bb (p.16) qui permettra au futur initi\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir  \u00ab ce l\u00e9ger go\u00fbt par l\u2019intuition extatique \u00bb (p.16). <\/p>\n<p> L\u2019engagement de la parole initiatique met le contractant au degr\u00e9 z\u00e9ro de la connaissance puisqu\u2019il n\u2019a plus de rep\u00e8re dans les discours qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9; son seul rep\u00e8re est celui de la langue car c\u2019est en elle et par elle que se fera son initiation. Tous les parcours initiatiques se feront dans les unit\u00e9s de sens que d\u00e9veloppe le r\u00e9cit et non comme l\u2019ont vu les \u00e9tudes qui ont abord\u00e9 cette oeuvre, dans la doctrine elle m\u00eame. <\/p>\n<p> Nous dirons enfin que la parole morte du contractant  est l\u2019\u00e9quivalente du degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019\u00e9criture ; sa mort engage la parole ressuscit\u00e9e de l\u2019auteur qui r\u00e9pond \u00e0 la demande mais sans aucune garantie explicite de sa part: \u00ab ce que je pourrais \u00bb(P.1), \u00ab mais nous nous sommes \u00e9cart\u00e9s du sujet que tu nous invitais \u00e0 traiter \u00bb (P.9), \u00ab c\u2019est pour moi une affliction que les sciences humaines soient au nombre de deux, pas d\u2019avantage: une vraie, impossible \u00e0 acqu\u00e9rir, et  une vaine, dont l\u2019acquisition est sans profit \u00bb (P.10), \u00ab alors, il nous parut que nous \u00e9tions en \u00e9tat de dire quelque chose d\u2019appr\u00e9ciable \u00bb (P.16), \u00ab quoique pr\u00e9sentement il ne m\u2019ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019apercevoir qu\u2019une faible lueur, \u00e0 titre de stimulation et d\u2019encouragement \u00e0 entrer dans la voie \u00bb (P.17). <\/p>\n<p> Sur ces aveux de l\u2019auteur \u00e0 ne rien garantir \u00e0 son contractant quant \u00e0 l\u2019acquisition du go\u00fbt extatique, l\u2019engagement de la parole se propose d\u2019\u00eatre seulement dans l\u2019espace litt\u00e9raire. <\/p>\n<p> Le r\u00e9cit autopsych\u00e9graphique est engag\u00e9 donc par cette parole qui remonte avons-nous dit des profondeurs de l\u2019\u00e2me de l\u2019\u00e9crivain. Sa nature est complexe puisqu\u2019elle provient d\u2019un univers o\u00f9 la langue n\u2019existe pas ou et ne se r\u00e9alise pas de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019elle r\u00e9alise le discours. Sa fonction n\u2019est pas r\u00e9f\u00e9rentielle mais seulement suggestive. Les unit\u00e9s de sens qu\u2019elle distribue sont, soit all\u00e9goriques, soit symboliques comme l\u2019a dit le ma\u00eetre Sidi Benaouda (29): \u00abNotre science se suffit par les  seuls signes \u00ab ich\u00e2r\u00e2t \u00bb qu\u2019elle d\u00e9veloppe \u00bb en arabe, \u00ab ilm\u00fbna bil\u2019icharati yakfina \u00bb. <\/p>\n<p> Soulignons que la parole coranique dans les r\u00e9cits initiatiques est un argument d\u2019autorit\u00e9 utilis\u00e9 par tous les soufis musulmans. <\/p>\n<p> Le mythe, lieu du dire fictionnel <\/p>\n<p> Pour notre part, nous d\u00e9finissons le mythe comme \u00e9tant une instance narrative mat\u00e9rialis\u00e9e dans un \u00ab je-duel \u00bb soumis \u00e0 une tension discursive entre le discours originel et la parole appropri\u00e9e. Son lieu ou topos se r\u00e9alise dans l\u2019espace du dire o\u00f9 coexistent le Sacr\u00e9 et le Profane, la parole d\u2019un Dieu, la parole d\u2019un livre et la parole d\u2019un \u00e9crivain. Il est aussi bien le postulat ontologique que la substance du discours. La parole qui se l\u2019approprie d\u00e9place son lieu du dire du pr\u00e9sent de la fiction que nous appelons le pr\u00e9sent \u00e9nonciatif fictionnel, c\u2019est \u00e0 dire \u00ab il \u00e9tait une fois (que je transpose ici et maintenant) \u00bb  <\/p>\n<p> C\u2019est dans cette tension discursive entre le discours originel et la parole appropri\u00e9e qu\u2019\u00e9merge le r\u00e9cit autospych\u00e9graphique de notre auteur. C\u2019est cette double structure, \u00e0 la fois historique et anti-historique, dira Claude L\u00e9vi-Strauss (40) qui explique que \u00ab le mythe puisse simultan\u00e9ment relever du domaine de la parole (et \u00eatre analys\u00e9 en tant que tel) et de celui de la langue (dans laquelle il est formul\u00e9) tout en offrant, \u00e0 un troisi\u00e8me niveau, le m\u00eame caract\u00e8re d\u2019objet absolu \u00bb.. <\/p>\n<p> Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n \u00e9merge aussi bien de la parole appropri\u00e9e que du discours originel puisque le nom de Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n signifie le Vivant fils du Vigilant. L\u2019all\u00e9gorie \u00e0 laquelle renvoie cette patronymie est polys\u00e9mique : <\/p>\n<p> Ces trois \u00e9mergences, du discours originel, de la parole appropri\u00e9e et de l\u2019univers fabuleux sont les manifestations de l\u2019\u00e2me dans l\u2019\u00e9criture. Cette question de la perfection de l\u2019\u00e2me par l\u2019\u00e9criture, nous l\u2019avions d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9e dans notre premier chapitre lorsque nous avions cit\u00e9 Avicenne qui explique que: <\/p>\n<p> \u00ab l\u2019\u00e2me a besoin du corps pour s\u2019y enrichir d\u2019abord, le d\u00e9passer ensuite. Le corps est son instrument \u00bb (41). <\/p>\n<p> Nous concevons que le corps concerne toute corpor\u00e9it\u00e9  et l\u2019\u00e9criture en est une. L\u2019acte de l\u2019\u00e9criture est pour nous l\u2019expression mat\u00e9rielle des fonctions du corps et de ses composants. Toutes les structures vitales du corps sont mises en action dans l\u2019acte de l\u2019\u00e9criture : la m\u00e9moire, l\u2019intelligence, les sentiments, la langue, les mains, l\u2019\u0153il, etc&#8230; ainsi que tous les processus internes et externes au corps qui soutiennent ou engendrent cet  acte . <\/p>\n<p> Par cons\u00e9quent, comme le souligne toujours Avicenne: <\/p>\n<p> \u00ab l\u2019\u00e2me et le corps ont donc entre eux des liens forts \u00e9troits. Ils s\u2019aiment et se rendent de mutuels services \u00bb. <\/p>\n<p> A sa suite, nous dirons que l\u2019\u00e2me et l\u2019\u00e9criture se rendent de mutuels services; l\u2019une permet \u00e0 l\u2019autre de se r\u00e9aliser tout d\u2019abord et se perfectionner ensuite. <\/p>\n<p> Le probl\u00e8me pos\u00e9 par ce genre d\u2019\u00e9criture de la foi est le suivant : <\/p>\n<p> Prendre comme postulat topique le mythe pour arriver \u00e0 proposer des v\u00e9rit\u00e9s sup\u00e9rieures sur la divinit\u00e9 \u00e9manant des textes sacr\u00e9s m\u00e8ne \u00e0 la confusion entre mythe et religion. Vouloir ainsi authentifier la connaissance gnostique et sto\u00efque par la fiction litt\u00e9raire \u00e9quivaut \u00e0 d\u00e9truire une th\u00e8se doctrinale \u00e9difi\u00e9e sur des dogmes par le simple fait litt\u00e9raire. <\/p>\n<p> Par cons\u00e9quent, pour ne pas tomber dans le pi\u00e8ge de la sp\u00e9culation extra-litt\u00e9raire, il convient de consid\u00e9rer que ce r\u00e9cit est uniquement une oeuvre litt\u00e9raire qui accepte g\u00e9n\u00e9reusement la pr\u00e9sence en elle des diff\u00e9rents discours qui in\u00e9vitablement ont un rapport avec le langage. <\/p>\n<p> De ce point de vue l\u00e0, l\u2019\u00eele du Waqwaq est une belle m\u00e9taphore qui est utilis\u00e9e pour le besoin de la cause du discours soufi et dont la fonction est l\u2019appropriation de la parole qui \u00e9merge de l\u2019enfer du discours des philosophes. <\/p>\n<p> Cette m\u00e9taphore introduit l\u2019espace propre aux soufis: <\/p>\n<p> Le merveilleux, le fantastique, le beau et le sublime. Ainsi l\u2019expriment les mots utilis\u00e9s par l\u2019auteur : \u00ab il comprit donc que ce qu\u2019il poss\u00e8de dans son essence est <\/p>\n<p> L\u2019\u00e9tat conjoint permet l\u2019int\u00e9gration du discours th\u00e9osophique dans le r\u00e9cit initiatique. Les unit\u00e9s de sens que l\u2019\u00e9criture reprend \u00e0 son compte sont celles distribu\u00e9es par la pr\u00e9sence de ces quatre \u00e9l\u00e9ments. La dynamique du r\u00e9cit qui interpelle l\u2019autopsych\u00e9graphie dans le cas de Hayy est la conjonction entre les concepts d\u00e9velopp\u00e9s par la th\u00e9osophie musulmane et les possibilit\u00e9s du langage imaginatif. <\/p>\n<p> Concernant l\u2019\u00e9criture de l\u2019\u00e2me et prenant en consid\u00e9ration que les mots sont aussi des corps; leurs mouvements sont soit ascendants, soit descendants. Ils suivent le mouvement de la pens\u00e9e que lib\u00e8rent les \u00e9tats de l\u2019\u00e2me de l\u2019auteur. C\u2019est ainsi que nous voyons que l\u2019itin\u00e9raire initiatique va du bas vers le haut, de la terre vers le ciel, des corps terrestres vers les corps c\u00e9lestes. <\/p>\n<p> C\u2019est dans cette strat\u00e9gie d\u2019\u00e9criture que se r\u00e9alise la jonction entre la th\u00e9osophie et le r\u00e9cit initiatique. <\/p>\n<p> Le r\u00e9cit initiatique est avant tout, une initiation \u00e0 la lecture originelle. Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n ne conna\u00eet pas le mot mais fait d\u00e9couvrir au lecteur les mots qu\u2019il est sens\u00e9 conna\u00eetre tout en leur donnant le pouvoir de quitter le sens vers l\u2019univers de l\u2019essence. Le texte initiatique est un pr\u00e9texte car l\u2019initi\u00e9 n\u2019a besoin que d\u2019un seul mot pour faire son initiation, sa descente en enfer, sa remont\u00e9e et sa r\u00e9surrection. <\/p>\n<p> Quant \u00e0 notre intention de consid\u00e9rer cette oeuvre comme une grille de lecture du r\u00e9cit initiatique, elle nous a \u00e9t\u00e9 dict\u00e9e par notre souci de d\u00e9sambiguiser l\u2019\u00e9criture initiatique de certains auteurs musulmans d\u2019expression fran\u00e7aise. L\u2019univers discursif dans lequel \u00e9voluent les personnages respectifs de Mohammed Dib et Cheikh Hamidou Kane en l\u2019occurrence Iven Zohar et Samba Diallo est le m\u00eame univers th\u00e9osophique de Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n mais l\u2019\u00e9criture s\u2019est transpos\u00e9e du mythe de la cr\u00e9ation \u00e0 la seule cr\u00e9ation litt\u00e9raire. L\u2019instance narrative de la tradition th\u00e9osophique conserve son statut dans l\u2019\u00e9criture moderne de l\u2019initiation mais le \u00ab je \u00bb du Narrateur-auteur \u00e9merge d\u2019une histoire r\u00e9cente o\u00f9 la langue fran\u00e7aise va op\u00e9rer  une v\u00e9ritable m\u00e9tamorphose des personnages en qu\u00eate de la m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 ontologique d\u00e9velopp\u00e9e dans notre premier corpus. <\/p>\n<p> Concernant Mohammed Dib, il d\u00e9clara lui-m\u00eame dans une interview accord\u00e9e \u00e0 Eric Sellin que son cheminement l\u2019a men\u00e9 vers \u00ab autre chose \u00bb. \u00ab L\u2019\u00e9criture vous transforme \u00bb, dit-il. \u00ab Pendant que vous \u00e9crivez vous devenez un autre. \u00bb,  \u00ab Je suis pass\u00e9 d\u2019une attitude rationaliste, positive \u00bb. Faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ses premiers romans et en particulier sa premi\u00e8re trilogie, \u00ab \u00e0 une attitude progressivement relativiste (&#8230;) J\u2019ai choisi le caract\u00e8re al\u00e9atoire de toute chose \u00bb cela suppose dit Mohammed Dib, \u00ab une \u00e9volution spirituelle \u00bb. <\/p>\n<p> D\u00e9j\u00e0 en 1985 Jean DEJEU affirmait \u00e0 propos du personnage de Iven Zohar de cours sur la rive sauvage  que  son h\u00e9ros subit des \u00e9preuves symboliques au cours de son itin\u00e9raire initiatique pour parvenir \u00e0 une individuation personnalisante. Tout se d\u00e9double: H\u00e9ll\u00e9-Radia, m\u00e8re-soeur, terre alg\u00e9rienne-terre \u00e9trang\u00e8re, m\u00e8re-\u00e9pouse \u00e9trang\u00e8re. Il faut de la mer\/m\u00e8re pour rena\u00eetre de nouveau reconna\u00eetre l\u2019\u00e9pouse, \u00ab l\u2019autre \u00bb \u00e0 part enti\u00e8re, mourir \u00e0 soi pour devenir \u00ab autrement \u00bb .  \u00abLe fils de la lumi\u00e8re \u00bb (Iven Zohar descend jusque dans la grotte matricielle pour se ressourcer mais pour percer aussi les secrets de l\u2019identit\u00e9 et de la diff\u00e9rence. Mohammed DIB a lu les oeuvres de Jung et de G\u00e9rard de Nerval; Jung lui apporte l\u2019animus et l\u2019anima; Nerval, le voyage initiatique et le d\u00e9doublement f\u00e9minin. Port\u00e9 \u00e0 l\u2019introspection, le Romancier retrouve ses pr\u00e9occupations profondes, essayant de \u00ab traduire une vision \u00bb de creuser le sens de la condition humaine, de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, de la mort, de la double culture, du \u00ab m\u00eame \u00bb et de \u00ab l\u2019autre \u00bb. (Hommage \u00e0 Mohammed DIB dans KALIM n\u00b06, OP.U. Alger (1985.P.246). <\/p>\n<p> Certes, Jean DEJEU avait vu juste en parlant du r\u00e9cit initiatique (voyage initiatique du h\u00e9ros Iven Zohar) cependant attribuer \u00e0 l\u2019oeuvre de DIB le statut de roman psychologique c\u2019est \u00e0 notre sens ignorer la port\u00e9e africaine de la pens\u00e9e musulmane, d\u2019ailleurs au cours de l\u2019apparition en 1964 de cours sur la rive sauvage, Jean DEJEU nous rapporte dans le m\u00eame hommage cit\u00e9 supra (p.245) que M.DIB d\u00e9clare qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00ab Africain quand il fallait l\u2019\u00eatre \u00bb. Il est rendu \u00e0 \u00ab ses propres probl\u00e8mes personnels \u00bb il va donc tenter son \u00abAventure litt\u00e9raire \u00bb. <\/p>\n<p> C\u2019est une des raisons qui nous a men\u00e9 \u00e0 prendre l\u2019\u0153uvre de DIB pour corpus de v\u00e9rification. Quant \u00e0 la filiation entre l\u2019\u0153uvre d\u2019Ibn thopha\u00efl et nos deux corpus de v\u00e9rification, cours sur la rive sauvage de DIB et l\u2019Aventure Ambigu\u00eb de KANE, nous l\u2019\u00e9tudierons dans l\u2019introduction de notre deuxi\u00e8me partie. Nous pouvons d\u00e9j\u00e0 annoncer que c\u2019est le discours th\u00e9osophique introduit par l\u2019oralit\u00e9 initiatique qui a reli\u00e9 toutes les Zaouiat \u00bb (lieux \u00e9sot\u00e9riques du maraboutisme) de l\u2019Afrique du nord et de l\u2019Afrique noire musulmane. <\/p>\n<p> Cette oralit\u00e9 initiatique s\u2019est transmise par la cha\u00eene spirituelle des ma\u00eetres mystiques qui ont v\u00e9cu successivement soit en Espagne, dans sa p\u00e9riode musulmane, soit en Afrique du Nord, soit en Afrique noire. Nous verrons comment les m\u00eames enseignements soufis \u00e9taient dispens\u00e9s dans les Zaouiat qui ont toutes vers\u00e9 dans le soufisme philosophique, apr\u00e8s avoir d\u00e9velopp\u00e9 durant des si\u00e8cles le discours sunnite dans les Zaouiat. <\/p>\n<p> Tous ces enseignements ont constitu\u00e9 pour nos \u00e9crivains musulmans d\u2019expression fran\u00e7aise la mat\u00e9ria prima de leur \u00e9criture, sauf que les contraintes de l\u2019histoire et de la langue fran\u00e7aise ont m\u00e9tamorphos\u00e9 cette m\u00eame \u00e9criture la rendant soit herm\u00e9tique \u00e0 l\u2019analyse autobiographique, soit complexe dans son propre statut. <\/p>\n<p> G\u00e9n\u00e9ralement les \u00e9tudes litt\u00e9raires ont tendance \u00e0 \u00e9tudier le roman en prenant  comme  outil m\u00e9thodologique les concepts d\u00e9velopp\u00e9s par les diff\u00e9rentes \u00e9coles am\u00e9ricaines, europ\u00e9enne ou sovi\u00e9tique : le fonctionnalisme ou le structuralisme. Mais l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u00e9criture de la foi ne peut pas n\u00e9gliger les croyances et les symboles d\u00e9velopp\u00e9s par les communaut\u00e9s monoth\u00e9istes qui ont vu na\u00eetre leur \u00e9crivain m\u00eame si celui-ci a adopt\u00e9 la langue de \u00ab l\u2019autre \u00bb pour exprimer son sentiment de la vie ainsi que sa vision de la diff\u00e9rence. <\/p>\n<p> Concernant le genre initiatique, dans la tradition th\u00e9osophique de l\u2019Islam, \u00e9crit dans la langue de \u00ab l\u2019autre \u00bb, Mohammed DIB et Hamidou KANE sont ici les deux exemples les plus marquants de la litt\u00e9rature africaine d\u2019expression fran\u00e7aise. <\/p>\n<p> Depuis l\u2019oeuvre magistrale de Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n d\u2019Ibn Thopha\u00efl, la tradition th\u00e9osophique de l\u2019islam est sortie de son statisme religieux et a introduit dans son univers initiatique un nouveau mode d\u2019initiation: L\u2019ORALITE INITIATIQUE. <\/p>\n<p> La pers\u00e9cution des ma\u00eetres soufis, leur ex\u00e9cution par la doxa religieuse, ainsi que la condamnation de leurs ouvrages ont fait que, les initi\u00e9s au soufisme ont du vivre dans la totale marginalisation. <\/p>\n<p> Leur espace d\u2019expression fut limit\u00e9 \u00e0 la Zaouia, lieu \u00e9sot\u00e9rique o\u00f9 les disciples s\u2019initient aux valeurs et symboles de ce nouveau mode. C\u2019est la naissance de la po\u00e9sie chant\u00e9e \u00ab sama\u2019 \u00bb et sa transmission de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration qui permettra la continuit\u00e9 de la cha\u00eene spirituelle o\u00f9 chaque \u00e9cole mystique d\u00e9veloppera son champ m\u00e9taphorique et marquera les fronti\u00e8res de son univers verbal. <\/p>\n<p> Du ma\u00eetre au disciple, la cha\u00eene spirituelle s\u2019est transmise par l\u2019oralit\u00e9 prosa\u00efque et po\u00e9tique. Chaque disciple se devait d\u2019apprendre les vers  de son ma\u00eetre et de ceux qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Lorsque la po\u00e9sie \u00e9tait chant\u00e9e dans la Zaouia, elle servait de support \u00e0 la mise en transe mais lorsqu\u2019elle \u00e9tait reprise par les profanes, elle avait une toute autre fonction: entretenir une \u00e9thique dans la vie des membres de la communaut\u00e9 ( l\u2019amour platonique, l\u2019amour d\u2019autrui, la modestie, la sinc\u00e9rit\u00e9, la charit\u00e9 etc&#8230;). <\/p>\n<p> C\u2019est dans ce terroir que certains \u00e9crivains africains d\u2019expression fran\u00e7aise sont n\u00e9s et ont d\u00e9velopp\u00e9 leur sensibilit\u00e9 esth\u00e9tique. <\/p>\n<p> Nous dirons tout de suite que la transition entre le discours sacr\u00e9 et le discoure litt\u00e9raire s\u2019est op\u00e9r\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 cette oralit\u00e9 et en particulier \u00e0 cette symbolique po\u00e9tique charg\u00e9e de toute la s\u00e9mantique \u00e9sot\u00e9rique. <\/p>\n<p> Il faut comprendre que sur le plan de l\u2019histoire, que toute l\u2019oralit\u00e9 africaine avait un contenu th\u00e9osophique, m\u00eame s\u2019agissant de l\u2019organisation politique des tribus et des ethnies. <\/p>\n<p> Par cons\u00e9quent, il s\u2019agit dans cette \u00e9tude de comprendre comment cette oralit\u00e9 africaine a pu conditionner tous les \u00e9crits litt\u00e9raires africains. Concernant notre genre, le r\u00e9cit initiatique, c\u2019est \u00e0 partir de la parole du ma\u00eetre que toutes les possibilit\u00e9s de l\u2019\u00e9criture vont se concr\u00e9tiser mais sur le terrain du conflit entre le \u00ab m\u00eame \u00bb et \u00ab l\u2019autre \u00bb, entre la vision du monde d\u2019un peuple enracin\u00e9 dans sa culture ancestrale et celle de \u00ab l\u2019autre \u00bb qui se voyait donner la mission de civilisateur (l\u2019homme occidental). <\/p>\n<p> In\u00e9vitablement, l\u2019oralit\u00e9 africaine qui initialement avait pour seule fonction de transmettre un patrimoine culturel se devait maintenant d\u2019initier l\u2019homme africain \u00e0 se r\u00e9concilier avec sa divinit\u00e9. La mission est d\u2019autant plus difficile car l\u2019homme africain a trouv\u00e9 un autre mod\u00e8le: l\u2019Occident. Sur le terrain du choix conflictuel, les litt\u00e9ratures africaines t\u00e9moignent de cette lutte du mod\u00e8le et notre genre initiatique ne put en <\/p>\n<p> EMERGENCE DE L\u2019ORALITE INITIATIQUE. <\/p>\n<p> Tout d\u2019abord qu\u2019entendons-nous par oralit\u00e9 initiatique? <\/p>\n<p> C\u2019est la parole du Ma\u00eetre qui remonte des profondeurs de son \u00e2me, c\u2019est encore la parole des Ma\u00eetres du soufisme qui  font part de leurs intuitions extatiques et les confient \u00e0 leurs disciples, jaloux des secrets de la sagesse illuminative. <\/p>\n<p> C\u2019est ensuite la parole qui exorcise et qui d\u00e9noue cette angoisse existentielle en r\u00e9conciliant l\u2019homme avec sa divinit\u00e9. <\/p>\n<p> L\u2019oralit\u00e9 initiatique est enfin la parole que les ma\u00eetres de l\u2019Afrique ont enseign\u00e9e durant des si\u00e8cles afin de pr\u00e9server le patrimoine de l\u2019Humanit\u00e9. <\/p>\n<p> La fonction de la parole du Ma\u00eetre de la parole est, avons-nous dit, de r\u00e9concilier l\u2019homme avec sa divinit\u00e9 tout en lui redonnant la parole puisqu\u2019il se doit lui m\u00eame \u00eatre cr\u00e9ateur de sa propre parole. Il est \u00e0 consid\u00e9rer que l\u2019univers r\u00e9f\u00e9rentiel de l\u2019Afrique est avant tout celui du ma\u00eetre de la parole car les enseignements ne sortent ni du livre ni de l\u2019\u00e9cole tels qu\u2019on les con\u00e7oit dans le monde occidental. Amadou Amp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 nous dit que \u00ab lorsqu\u2019un vieillard meurt en Afrique, c\u2019est une biblioth\u00e8que qui br\u00fble . \u00bb <\/p>\n<p> Ces m\u00eames paroles sont devenues source de r\u00e9flexion sur l\u2019univers des hommes. Le narrateur du r\u00e9cit initiatique con\u00e7oit donc ces paroles comme le m\u00e9ta-texte d\u2019o\u00f9 \u00e9mergera le ph\u00e9notexte. Seule une lecture qui arrive \u00e0 d\u00e9coder ce m\u00e9ta-texte pourra effectivement comprendre les r\u00e9f\u00e9rents du texte initiatique Concernant l\u2019\u00e9criture de l\u2019oralit\u00e9 initiatique, le \u00ab je \u00bb du discours de la th\u00e9osophie devient  authentique par la symbolique po\u00e9tique,  puisqu\u2019il conna\u00eet les sentences de mort qui ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Sa parole doit \u00eatre donc m\u00e9taphorique voire all\u00e9gorique. L\u2019univers de la parole doit aussi \u00eatre soutenu par un \u00e9sot\u00e9risme d\u00e9routant. <\/p>\n<p> Dans cette oralit\u00e9 initiatique, le narrateur du r\u00e9cit initiatique va lui aussi masquer les v\u00e9rit\u00e9s du Ma\u00eetre de la parole pour ne faire appara\u00eetre que l\u2019aspect esth\u00e9tique.  <\/p>\n<p> Nous d\u00e9finissons le verbe initiatique comme \u00e9tant l\u2019acte de parole par lequel le disciple accomplit son initiation. Il est tenu pour vrai et non contradictoire. Ne peut faire l\u2019objet de sp\u00e9culation ou de remise en cause. C\u2019est le \u00ab Wird \u00bb par excellence (21). La parole devient souffle. Nous retrouvons l\u00e0 l\u2019ouverture du r\u00e9cit de Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n lorsque Ibn Thophail dit: \u00ab tu m\u2019as demand\u00e9, fr\u00e8re g\u00e9n\u00e9reux et sinc\u00e8re de t\u2019insuffler \u00ab ab\u00fbth\u00fb \u00bb ce que je pourrais des secrets de la sagesse illuminative. \u00ab H.I.Y.P.I <\/p>\n<p> C\u2019est, par cons\u00e9quent, cette oralit\u00e9 po\u00e9tique qui a lib\u00e9r\u00e9 la litt\u00e9rature des mains de la doctrine puriste. L\u2019\u00e9crivain, reprenant l\u2019univers de la m\u00e9taphore et l\u2019all\u00e9gorie rejoint les registres d\u2019Ibn Thophail et manifeste son incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9crire par les mots d\u00e9not\u00e9s les images mentales qui rendent compte du parcours initiatique de son personnage: \u00ab quant \u00e0 la condition dont nous avons parl\u00e9, elle est autre; mais elle est la m\u00eame en ce sens que rien ne s\u2019y r\u00e9v\u00e8le qui diff\u00e8re de ce qui r\u00e9v\u00e9l\u00e9, de celle-ci. Elle s\u2019en distingue seulement par une plus grande clart\u00e9, et parce que l\u2019intuition s\u2019y produit avec une qualit\u00e9 que nous appelons force par pure m\u00e9taphore, faute de trouver, soit dans la langue g\u00e9n\u00e9rale, soit dans la terminologie technique, des mots propres \u00e0 rendre la qualit\u00e9 avec laquelle se produit cette sorte d\u2019intuition \u00bbH.I.Y.P.4 <\/p>\n<p> C\u2019est dans cette descente en enfer (l\u2019enfer des mots)que le verbe du n\u00e9ophyte doit p\u00e9rir pour ne laisser que l\u2019image m\u00e9taphorique cr\u00e9\u00e9e par la parole du ma\u00eetre de la parole. C\u2019est l\u2019unique relais initiatique contract\u00e9 dans cette relation fiduciaire dont nous avions parl\u00e9 dans notre premi\u00e8re partie. <\/p>\n<p> C\u2019est dans cette descente en enfer (l\u2019enfer des mots)que le verbe du n\u00e9ophyte doit p\u00e9rir pour ne laisser que l\u2019image m\u00e9taphorique cr\u00e9\u00e9e par la parole du ma\u00eetre de la parole. C\u2019est l\u2019unique relais initiatique contract\u00e9 dans cette relation fiduciaire dont nous avions parl\u00e9 dans notre premi\u00e8re partie. <\/p>\n<p> Quant \u00e0 cet univers m\u00e9taphorique, nous \u00e9num\u00e9rons \u00e0 titre d\u2019exemple les s\u00e8mes r\u00e9currents dans cette oralit\u00e9 po\u00e9tique initiatique \u00e0 partir de la po\u00e9sie mystique du Ma\u00eetre soufi de la confr\u00e9rie allaouite cit\u00e9e supra. <\/p>\n<p> Pour notre part, nous confirmons que le r\u00e9cit initiatique et les tensions s\u00e9mantiques qui provoquent la qu\u00eate ne peuvent trouver leur explication  dans les seules pratiques mystiques des sectes mais aussi dans la mystique m\u00eame du langage car nous concevons en accord avec la pens\u00e9e de Nietzsche que \u00ab ce qui a de mystique chez l\u2019homme ce n\u2019est pas sa pens\u00e9e mais son langage \u00bb. De l\u00e0, il nous sera plus facile de comprendre que la tension s\u00e9mantique est une des fonctions \u00e9sot\u00e9riques du langage. Lorsque le narrateur initi\u00e9 dit: \u00ab entendant son appel, je me suis rapproch\u00e9 de la demeure de La\u00efla \u00bb, c\u2019est un simple langage dans la subversion th\u00e9ologique. <\/p>\n<p> Par cons\u00e9quent, la parole g\u00e9n\u00e9rative a pour effet de sens de provoquer cette tension s\u00e9mantique qui fera \u00e9clater le r\u00e9cit o\u00f9 s\u2019ench\u00e2sseront des micro-univers. Chacun tend \u00e0 rendre compte des diff\u00e9rentes stations de contemplation du narrateur initi\u00e9; leur interaction discursive manifeste sur le plan de la langue cette fonction de l\u2019alchimie du verbe dont nous avions parl\u00e9 supra. <\/p>\n<p> L\u2019UNITE DE L\u2019EXISTENCE, LIEU DU DIRE FICTIONNEL.   <\/p>\n<p> Nous verrons avec l\u2019analyse de nos corpus de v\u00e9rification que le mythe \u00e9clat\u00e9 de l\u2019Unit\u00e9 de l\u2019existence a engendr\u00e9 sur le plan de la litt\u00e9rature une implosion des valeurs unitives. Le m\u00e9ta-texte est l\u2019unit\u00e9 de l\u2019existence; le ph\u00e9notexte est le dire fictionnel o\u00f9 tout sujet peut avoir un quelconque pr\u00e9dicat et o\u00f9 toute relation concevable (dans la narration est possible comme l\u2019avait soulign\u00e9 CL. Strauss.) <\/p>\n<p> Le mythe du moi sublime dans l\u2019oralit\u00e9 initiatique a lib\u00e9r\u00e9 l\u2019initiative litt\u00e9raire comme le romantisme a lib\u00e9rer la pens\u00e9e classique. <\/p>\n<p> Si le romantisme est \u00e0 la litt\u00e9rature ce qu\u2019est la r\u00e9volution \u00e0 la politique, le mythe du \u00ab moi sublime \u00bb est \u00e0 la religion ce qu\u2019est le panth\u00e9isme \u00e0 l\u2019\u00e9glise catholique. Ces consid\u00e9rations \u00e9pist\u00e9mologiques de la pens\u00e9e litt\u00e9raire doivent \u00eatre prises en consid\u00e9ration dans toute lecture d\u2019un oeuvre initiatique \u00e0 contenu th\u00e9osophique. <\/p>\n<p> Il est na\u00eff de croire que le narrateur de Mohammed DIB ne sait pas d\u2019o\u00f9 provient son dire, ni le but de sa narration.         <\/p>\n<p> Par cons\u00e9quent, le myth\u00e8me de l\u2019appel (de la v\u00e9rit\u00e9 ontologique) et la mystique de l\u2019appel (de l\u2019\u00e2me universelle) se conjuguent dans le r\u00e9cit initiatique dans un seul unit\u00e9 pr\u00e9dicative: \u00ab je suis la Nature \u00bb C.S.R.S. P.62  . Le narrateur initi\u00e9 explique cet \u00e9tat de conscience de cette unit\u00e9 dans le mythique et le mystique: <\/p>\n<p> Si DIB mat\u00e9rialise sa pens\u00e9e unitive dans ses oeuvres par le proc\u00e9d\u00e9 des tensions s\u00e9mantiques \u00e0 la recherche d\u2019un compromis dans la langue de l\u2019autre, Kane lance un appel \u00e0 une nouvelle religion, celle de l\u2019unit\u00e9 de la pens\u00e9e. L\u2019\u00e9chec de son appel s\u2019accomplit par la mort suicidaire de son h\u00e9ros, par la main de l\u2019esprit de son Ma\u00eetre, le fou. <\/p>\n<p> Tout deux auront tent\u00e9 leur aventure spirituelle dans la langue de \u00ab l\u2019autre \u00bb dans le but de faire fonctionner cette nouvelle foi ontologique qui d\u00e9passe les conflits de paroisse. Leur r\u00e9alisme int\u00e9rieur, leur source doctrinale, leur autopsych\u00e9graphie se proposent de guider le lecteur dans la\/les voies de l\u2019initiation \u00e0 la mystique du langage sans pr\u00e9tention aucune de se substituer aux grands ma\u00eetres de la mystique soufie musulmane, bien que leur lieu du dire prenne source dans la tradition th\u00e9osophique rel\u00e9gu\u00e9e par l\u2019oralit\u00e9 initiatique du vingti\u00e8me si\u00e8cle. <\/p>\n<p> L\u2019anonymat de la litt\u00e9rature orale est remplac\u00e9e par les possibilit\u00e9s offertes par l\u2019\u00e9criture. L\u2019autobiographie permet \u00e0 l\u2019auteur d\u2019intervenir directement, de prendre le lecteur \u00e0 t\u00e9moin, de r\u00e9tablir les anciens rapports privil\u00e9gi\u00e9s entre le conteur et son public; le ma\u00eetre de la parole et ses disciples en milieu traditionnel, elle proc\u00e8de d\u2019un besoin de se donner en exemple et de conf\u00e9rer \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience personnelle une perspective collective. Les possibilit\u00e9s de r\u00e9\u00e9criture du r\u00e9cit initiatique en perp\u00e9tuelle transformation sont dues au caract\u00e8re dynamique de la tradition qui comme l\u2019explique l\u2019Encyclop\u00e9die universalis \u00ab ne se borne pas \u00e0 la conservation ni \u00e0 la transmission des acquis ant\u00e9rieurs, elle int\u00e8gre au cours de l\u2019histoire des existants nouveaux en les adaptant aux existants anciens. Sa nature n\u2019est pas seulement p\u00e9dagogique, ni purement id\u00e9ologique; elle appara\u00eet aussi comme dialectique et ontologique. Elle fait \u00eatre de nouveau ce qui \u00e9t\u00e9; elle n\u2019est pas limit\u00e9e au faire savoir d\u2019une culture car elle s\u2019identifie \u00e0 la vie m\u00eame d\u2019une communaut\u00e9 \u00bb. <\/p>\n<p> C\u2019est le type m\u00eame de la tradition th\u00e9osophique de l\u2019islam. Prenant source dans la doctrine de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Existence et l\u2019\u00e9ternit\u00e9 du monde, sublimant le \u00ab moi \u00bb, elle a fait \u00eatre de nouveau ce qui a \u00e9t\u00e9 tout en s\u2019adaptant \u00e0 la vie m\u00eame d\u2019une communaut\u00e9. Ibn thopha\u00efl aura tent\u00e9 le r\u00e9cit authentique, son personnage-n\u00e9ophyte, Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n traversant toutes les \u00e9preuves de la connaissance subsiste \u00e0 travers huit si\u00e8cles pour resurgir dans la litt\u00e9rature africaine \u00e0 travers les oeuvres de DIB et de KANE.  <\/p>\n<p> LE RECIT IMPOSSIBLE <br \/> L\u2019\u00e9tude de nos deux corpus de v\u00e9rification, cours sur la rive sauvage de Mohammed DIB et l\u2019Aventure Ambigu\u00eb de Hamidou Kane permettra de v\u00e9rifier nos hypoth\u00e8ses sur cette polyphonie discursive sous-tendue par un hypers-discours \u00e0 contenu th\u00e9osophique profond\u00e9ment enracin\u00e9 dans la culture mystique d\u2019essence th\u00e9ocratique et soufie. Ses auteurs ont tent\u00e9 par leur attitude narrative de s\u2019int\u00e9grer dans la tradition du roman exp\u00e9rimental \u00e0 port\u00e9e initiatique tout en d\u00e9veloppant un contre-discours litt\u00e9raire, celui de la n\u00e9gation de l\u2019autre dans une sorte de strat\u00e9gie discursive du 1\/3 exclus. Le proc\u00e9d\u00e9 de narration fera r\u00e9ussir ou \u00e9chouer le projet d\u2019\u00e9criture engag\u00e9 aussi bien dans son intention \u00e9thique qu\u2019esth\u00e9tique. <\/p>\n<p> Nous verrons cohabiter les registres de la fiction litt\u00e9raire et ceux des v\u00e9rit\u00e9s ontologiques o\u00f9 se confrontent les aspects de la Foi et ceux de la litt\u00e9rature. L\u2019Ecriture ayant toujours tent\u00e9 de substituer aux textes sacr\u00e9s ses propres textes d\u2019o\u00f9 le conflit entre la Foi et la raison; l\u2019esprit et la mati\u00e8re, le r\u00e9el et l\u2019imaginaire. <\/p>\n<p> C\u2019est \u00e0 travers ce cheminement de la pens\u00e9e religieuse sans cesse r\u00e9nov\u00e9e par les possibilit\u00e9s de l\u2019\u00e9criture que nos deux auteurs tentent leur propre aventure litt\u00e9raire. <\/p>\n<p> ECHEC D\u2019UN ITINERAIRE. (Cas de Samba Diallo) <\/p>\n<p> Il serait erron\u00e9 de dire que la narration \u00e0 la premi\u00e8re personne suppose uniquement le \u00ab je \u00bb autobiographique car, c\u2019est plus complexe que cela.   L\u2019autobiographie dans le r\u00e9cit initiatique est la convergence de trois instances du \u00ab je \u00bb: 1) l\u2019instance de la th\u00e9osophie. 2) l\u2019instance de l\u2019histoire. 3) l\u2019instance de l\u2019auteur. <\/p>\n<p> C\u2019est dans cet esprit de discernement et d\u2019\u00e9l\u00e9vation que se poursuit la qu\u00eate de tout initi\u00e9 au soufisme mais lorsque le support de l\u2019expression de ces \u00e9tats d\u2019\u00e2me est la litt\u00e9rature par l\u2019\u00e9criture, les champs lexicaux subissent un \u00e9cart s\u00e9mantique puisqu\u2019ils glissent vers l\u2019univers m\u00e9taphorique et\/ou all\u00e9gorique ( le cas de cours sur la rive sauvage de Mohammed Dib est plus \u00e9difiant). <\/p>\n<p> L\u2019Africain a perdu la guerre contre les blancs; la d\u00e9faite est totale; il s\u2019agit maintenant de gagner la guerre des mots sur le champ de bataille qu\u2019est la litt\u00e9rature. Tous les \u00e9crivains africains l\u2019ont compris et notre genre initiatique est celui de la confrontation des id\u00e9es ontologiques. Mais l\u00e0 aussi l\u2019Aventure Ambigu\u00eb   est  le drame de l\u2019\u00e9chec  \u00e9vident (puisqu\u2019il faut aussi \u00e9crire dans la langue de \u00ab l\u2019autre \u00bb). <\/p>\n<p> Conclusion <\/p>\n<p> Au terme de notre travail, nous concluons que le r\u00e9cit initiatique a contenu th\u00e9osophique se pr\u00e9sente comme un genre litt\u00e9raire en totale mutation, depuis son \u00e9mergence avec l\u2019\u00e9p\u00eetre d\u2019Ibn Thopha\u00efl Hayy Ibn Yaqdh\u00e2n jusqu\u2019aux nouvelles \u00e9critures. Tenter une exp\u00e9rience mystique par le biais de la litt\u00e9rature est une t\u00e2che non sans grande difficult\u00e9; Ibn Thopha\u00efl lui-m\u00eame avait avou\u00e9 dans l\u2019introduction de son \u00e9p\u00eetre que \u00ab la langue ne saurait le d\u00e9crire, ni le discours en rendre compte; car il est d\u2019un autre ordre et appartient \u00e0 un autre monde. Le seul rapport que cet \u00e9tat ait au langage c\u2019est que, par suite de joie, du contentement, de la volupt\u00e9 qu\u2019il inspire, celui qui  y est arriv\u00e9, qui est parvenu \u00e0 l\u2019un de ses degr\u00e9s, ne peut se taire \u00e0 son sujet et en cacher le secret: il est saisi d\u2019une \u00e9motion, d\u2019une ardeur, d\u2019une exub\u00e9rance et d\u2019une all\u00e9gresse qui le portent \u00e0 communiquer le secret de cet \u00e9tat en gros et d\u2019une fa\u00e7on indistincte.\u00bb(P.2) <\/p>\n<p> Communiquer le secret de cet \u00e9tat en gros et d\u2019une fa\u00e7on indistincte, tel fut le cas de Hamidou kane et Mohammed DIB. Le roman ne peut prendre en charge que la fonction esth\u00e9tique du verbe, il ne peut rendre compte des secrets de l\u2019\u00e2me (l\u2019autopsych\u00e9graphie) et c\u2019est pour cette cause que le r\u00e9cit demeure ambigu, il ne peut pas \u00eatre \u00e0 la fois terrestre et dans \u00ab l\u2019au-del\u00e0 \u00bb comme l\u2019avait soulign\u00e9 Todorov. <\/p>\n<p> Pour notre part nous avions tent\u00e9 d\u2019\u00e9tablir les correspondances entre ces deux registres: la foi et la fiction litt\u00e9raire, mais nous ne pr\u00e9tendons pas avoir cern\u00e9 totalement cette question de la litt\u00e9rature mystique et nous laissons le soin \u00e0 d\u2019autres chercheurs d\u2019approfondir celle-ci surtout que le ph\u00e9nom\u00e8ne des sectes mystiques s\u2019amplifie consid\u00e9rablement de nos jours. <\/p>\n<p> ABOURA ABDELMADJID <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ABOURA ABDELMADJID ASPECTS ET FONCTIONS DU RECIT INITIATIQUE DANS LA TRADITION THEOSOPHIQUE DE L\u2019ISLAM PROJET DOCTORAL ANALYTIQUE ABOURA ABDELMADJID L\u2019\u00e9tude&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1389","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1389","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1389"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1389\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1389"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1389"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1389"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}