{"id":1387,"date":"2003-01-06T23:57:18","date_gmt":"2003-01-06T23:57:18","guid":{"rendered":"http:\/\/example.com\/le-dhikr-archetype-de-transformation"},"modified":"2013-05-06T12:43:26","modified_gmt":"2013-05-06T12:43:26","slug":"le-dhikr-archetype-de-transformation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/2003\/01\/06\/le-dhikr-archetype-de-transformation\/","title":{"rendered":"Le Dhikr, arch\u00e9type de transformation"},"content":{"rendered":"<p><em>Lewellyn Vaughan-Lee<\/em><\/p>\n<p>Par Lewellyn Vaughan-Lee <\/p>\n<p> <strong>Son plus grand nom <\/strong> <\/p>\n<p>  Le dhikr est la r\u00e9p\u00e9tition d&#8217;un nom ou d&#8217;une phrase sacr\u00e9e. Ce peut \u00eatre la shahada, &#8220;La ilaha illa&#8217;Llah&#8221;, mais c&#8217;est le plus souvent l&#8217;un des noms ou attributs de Dieu. On dit qu&#8217;il existe 99 noms de Dieu, mais le plus \u00e9lev\u00e9 est le nom Allah qui contient tous Ses attributs divins. <br \/> Lorsque Ab\u00fb Sa&#8217;id Abe&#8217;l-Khayr entendit le verset du coran &#8220;Dit Allah! et puis laisse-les s&#8217;amuser dans leur \u00e9garement&#8221; (Coran 6:91), son c\u0153ur fut boulevers\u00e9 (Nicholson 1921, p.10). Il abandonna ses \u00e9tudes et se retira dans la niche de la chapelle de sa maison, o\u00f9 pendant sept ans il r\u00e9p\u00e9ta &#8220;Allah! Allah! Allah!&#8230;.jusqu&#8217;a ce qu&#8217;enfin tous les atomes de mon corps se mirent \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter, Allah! Allah! Allah!&#8221;<\/p>\n<p>Il raconte ainsi l&#8217;histoire qui lui indiqua l&#8217;importance de ce dhikr. Il \u00e9tait alors en pr\u00e9sence de Cheikh Ab\u00fb&#8217;l-Fadhl Hassan, lorsque celui-ci prit un livre et commen\u00e7a \u00e0 le feuilleter. Ab\u00fb Sa&#8217;id \u00e9tant un \u00e9rudit, ne put s&#8217;emp\u00eacher de se demander ce que pouvait \u00eatre ce livre. Le Cheikh per\u00e7ut ses pens\u00e9es et dit alors: <br \/> <em> <br \/>Ab\u00fb Sa&#8217;id! Les 124 000 proph\u00e8te qui ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 sur terre n&#8217;ont pr\u00each\u00e9 qu&#8217;un mot: Dites Allah, et d\u00e9vouez vous a Lui. Ceux qui n&#8217;entendirent ce mot qu&#8217;avec leur oreille, le laiss\u00e8rent sortirent par l&#8217;autre oreille; mais ceux qui l&#8217;entendirent avec leur ame, l&#8217;imprim\u00e8rent en eux et le r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent jusqu&#8217;a ce qu&#8217;il s&#8217;imprime dans leur c\u0153ur et ame, et que leur \u00eatre entier devint ce mot. Ils se s\u00e9par\u00e8rent de la prononciation du mot, ainsi que du son et des lettres. Ayant compris le sens spirituel du mot, ils furent tellement absorb\u00e9s dans le mot au point qu&#8217;ils en oubli\u00e8rent leur non-existence. <br \/> <\/em> <\/p>\n<p>Selon une tradition \u00e9sot\u00e9rique du soufisme, le mot Allah est compos\u00e9 des particules al et ilah, dont une des interpr\u00e9tations est &#8220;n\u00e9ant&#8221;. Pour le soufi, le fait que son plus grand nom signifie &#8220;le n\u00e9ant&#8221; a beaucoup d&#8217;importance, car l&#8217;exp\u00e9rience de la V\u00e9rit\u00e9 ou de Dieu, est aussi l&#8217;exp\u00e9rience du N\u00e9ant. Et l&#8217;un des secrets de la voie est que ce N\u00e9ant, ce Vide, nous aime, intimement, tendrement et avec une infinie compr\u00e9hension. Il nous aime au plus profond de notre \u00eatre, de notre c\u0153ur. Ce n&#8217;est pas une entit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e de nous. Les soufis sont des amoureux, et le N\u00e9ant est l&#8217;ultime bien-aim\u00e9, dans l&#8217;\u00e9treinte duquel l&#8217;amoureux dispara\u00eet compl\u00e8tement. <br \/>Peu avant sa mort, le ma\u00eetre soufi de la confr\u00e9rie Naqshbandi, Bhai Sahib, a dit: &#8220;Il n&#8217;y a rien d&#8217;autre que le N\u00e9ant&#8221;. Il le r\u00e9p\u00e9ta deux fois, et cela indique l&#8217;essence m\u00eame de la voie soufie, comme Irina Tweedie l&#8217;explique: <br \/> <em> <br \/>Il n&#8217;y rien d&#8217;autre que le N\u00e9ant&#8230;Le N\u00e9ant dans le triple sens suivant: Le N\u00e9ant car le petit Moi (l&#8217;ego) doit mourir, le disciple doit devenir &#8220;rien&#8221;. Le N\u00e9ant, car les \u00e9tapes sup\u00e9rieures de la conscience repr\u00e9sentent le N\u00e9ant pour l&#8217;esprit, c&#8217;est une chose inaccessible qui ne peut \u00eatre per\u00e7ue. La compr\u00e9hension totale du point de vue de l&#8217;esprit n&#8217;\u00e9tant pas possible, on se retrouve face au N\u00e9ant. Enfin, le dernier sens, le plus sublime, est celui o\u00f9 l&#8217;on se fond avec l&#8217;Oc\u00e9an Lumineux de l&#8217;Infini. Je pense que c&#8217;est de cette fa\u00e7on qu&#8217;il faut le comprendre, et c&#8217;est ce que Bhai Sahib voulait dire lorsqu&#8217;il parlait du N\u00e9ant et de l&#8217;Unique. <br \/> (Tweedie 1978, pp. 775) <br \/> <\/em> <\/p>\n<p>Ainsi, le nom Allah contient l&#8217;essence m\u00eame du soufisme: devenir rien, s&#8217;annihiler en Lui afin qu&#8217;il ne reste rien d&#8217;autre que ce vide infini. C&#8217;est cela la voie de l&#8217;amour, c&#8217;est la coupe de vin dans laquelle boivent les amoureux. Comme le dit Roumi: <br \/> <em> <br \/> J&#8217;ai vid\u00e9 la coupe: <br \/> Il n&#8217;y a maintenant rien d&#8217;autre <br \/> que l&#8217;extase de l&#8217;annihilation. <br \/> (Liebert 1981, pp. 45) <br \/> <\/em> <\/p>\n<p> <strong>Le Souvenir<\/strong> <\/p>\n<p>Au c\u0153ur du dhikr se trouve le principe du souvenir. En r\u00e9p\u00e9tant Son nom on se souvient de Lui, pas seulement par l&#8217;esprit, mais aussi par le c\u0153ur, puis lentement on en arrive \u00e0 ce que chaque atome de notre corps r\u00e9p\u00e8te son nom (le dhikr). <br \/>Il est dit que, &#8220;d&#8217;abord on s&#8217;occupe de son dhikr, et ensuite le dhikr s&#8217;occupe de nous&#8221;. Cela s&#8217;int\u00e8gre \u00e0 notre inconscient, et chante dans nos veines. On en trouve une tr\u00e8s belle illustration dans l&#8217;histoire soufie suivante: <br \/> <em> <br \/> Sahl dit \u00e0 l&#8217;un de ses disciples: &#8220;Essaie de dire pendant un jour sans t&#8217;arr\u00eater &#8216;Allah! Allah! Allah!&#8217; et fais en autant les jours suivants jusqu&#8217;a ce que cela devienne une habitude.&#8221; Il lui demanda ensuite de le r\u00e9p\u00e9ter aussi pendant la nuit, jusqu&#8217;a un point o\u00f9 le disciple finit par le r\u00e9p\u00e9ter pendant son sommeil. Alors, Sahl lui dit &#8220;Ne r\u00e9p\u00e8te plus le Nom consciemment, mais fais en sorte que tous tes sens soit absorb\u00e9s dans Son souvenir!&#8221; Le disciple suivit ce conseil jusqu&#8217;a ce qu&#8217;il devienne totalement absorb\u00e9 dans la pens\u00e9e de Dieu. Un jour, une branche tomba d&#8217;un arbre sur sa t\u00eate, et la fendit. Des gouttes de sang qui coul\u00e8rent on pouvait lire &#8216;Allah! Allah! Allah!&#8217; <br \/> (Schimmel 1975, pp. 169) <br \/> <\/em> <\/p>\n<p>La fa\u00e7on dont le nom de Dieu impr\u00e8gne le disciple n&#8217;est pas m\u00e9taphorique mais bien r\u00e9el. Le dhikr est magn\u00e9tis\u00e9 par le Ma\u00eetre afin d&#8217;aligner int\u00e9rieurement celui-ci avec la voie et le but \u00e0 atteindre. C&#8217;est pour cette raison que le dhikr doit \u00eatre donn\u00e9 par un ma\u00eetre, bien que dans certains cas il peut \u00eatre donn\u00e9 par la conscience sup\u00e9rieure, ou bien traditionnellement par Khidhr. <br \/>De fa\u00e7on inconsciente, le dhikr nous modifie au niveau mental, psychologique et physique. Au niveau mental, cela est facile \u00e0 observer. Dans notre vie de tous les jours, notre esprit est dans un mode de pens\u00e9e automatique, sur lequel nous avons peu, sinon aucun contr\u00f4le&#8230;Observez votre pens\u00e9e un instant, et remarquez comment une pens\u00e9e en entra\u00eene une autre, et comment chaque r\u00e9ponse cr\u00e9e une nouvelle interrogation. Et de plus, comme l&#8217;\u00e9nergie est li\u00e9e \u00e0 la pens\u00e9e, notre \u00e9nergie mentale et psychologique est dispers\u00e9e dans de nombreuses directions. La vie spirituelle signifie que l&#8217;on dirige toute son \u00e9nergie dans une seule direction, dans Sa direction. En r\u00e9p\u00e9tant Son nom, nous modifions le sillon du disque de notre pens\u00e9e qui a \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9 \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter inlassablement la m\u00eame chanson. Le dhikr remplace progressivement les anciens sillons de notre pens\u00e9e par le sillon unique de Son nom. Le conditionnement de notre pens\u00e9e est redirig\u00e9 vers Lui, comme un ordinateur, nous sommes reprogramm\u00e9s pour Dieu. <br \/>On dit que l&#8217;on est ce que l&#8217;on pense. Si nous pensons \u00e0 Allah, nous devenons unis \u00e0 Lui. Mais l&#8217;effet du dhikr est bien plus subtil et puissant qu&#8217;un simple re-conditionnement de la pens\u00e9e. L&#8217;un des secrets du dhikr (ou mantra) est que le mot m\u00eame contient l&#8217;essence de ce qu&#8217;il nomme. C&#8217;est &#8220;le myst\u00e8re de l&#8217;identification entre Dieu et Son nom&#8221; (Wilson et Pourjavady 1987, pp. 45) [&#8220;Au commencement \u00e9tait la Parole, et Parole \u00e9tait avec Dieu, et la Parole \u00e9tait Dieu&#8221; (Jean 1:1)]. Dans le langage de tous les jours, cette notion d&#8217;identification n&#8217;existe pas. Le mot &#8220;chaise&#8221; ne contient pas l&#8217;essence d&#8217;une chaise, et signifie simplement ce qu&#8217;il nomme. Mais le langage sacr\u00e9 du dhikr est diff\u00e9rent; la vibration du mot r\u00e9sonne avec ce qu&#8217;il nomme, liant les deux ensembles. Ainsi l&#8217;individu et ce qu&#8217;il nomme sont directement reli\u00e9s ensemble. <br \/> Le Bien-Aim\u00e9, Lui, n&#8217;a pas de nom, car cela le limiterait. Il n&#8217;a ni forme ni nom, comme il est \u00e9crit dans le Tao: <br \/> <em> <br \/> Le Tao que l&#8217;on peut raconter n&#8217;est pas le Tao. <br \/> Le nom que l&#8217;on peut nommer n&#8217;est pas le nom \u00e9ternel. <br \/> (Lao Tsu 1973, pp. 1) <br \/> <\/em> <\/p>\n<p>Et cependant, l&#8217;homme l&#8217;invoque de diverses fa\u00e7ons, et quelle que soit le nom, Il r\u00e9ponds toujours. Ainsi, les soufis disent, &#8220;Au nom de celui qui n&#8217;a pas de nom et qui appara\u00eet quelque soit le nom&#8221;. Si on l&#8217;appelle par le nom du Christ, il viendra en tant que Christ, si on l&#8217;appelle en tant que Ram, il appara\u00eetra comme Ram. Mais le nom &#8216;Allah&#8217; est le plus aim\u00e9 par les soufis, car c&#8217;est celui qui est le plus proche du n\u00e9ant qui est son essence. Ce nom est une ouverture vers son essence divine, permettant \u00e0 son serviteur de se rapprocher de Lui. En \u00e9voquant son nom dans notre c\u0153ur, cela nous aide \u00e0 se souvenir de Lui, puis \u00e0 s&#8217;unir a Lui pour se perdre dans son n\u00e9ant. <\/p>\n<p> <strong>Transformation physique et psychologique<\/strong> <\/p>\n<p>D&#8217;un point de vue psychologique, le dhikr est un outil puissant de transformation. Il modifie inconsciemment notre structure psychique, et en transforme les \u00e9nergies. Le dhikr est l&#8217;arch\u00e9type symbolique a la fois d&#8217;un son et d&#8217;un mot align\u00e9 magn\u00e9tiquement avec la voie. Les arch\u00e9types symboliques ont un but psychologique bien sp\u00e9cifique: ils servent d&#8217;agent de transformation de l&#8217;\u00e9nergie psychique. Ils transforment la libido (la force de vie instinctive) d&#8217;un niveau inf\u00e9rieur a un niveau sup\u00e9rieur. En tant qu&#8217;arch\u00e9type symbolique, le dhikr a le pouvoir de r\u00e9veiller, concentrer et transmuter les \u00e9nergies de l&#8217;inconscient. Il d\u00e9noue et nous lib\u00e8re des n\u0153uds et des blocages psychologiques avec lequel nous nous sommes consciemment ou inconsciemment encha\u00een\u00e9s, pour diverses raisons : conditionnement par notre \u00e9ducation, pr\u00e9jug\u00e9s, pulsions de l&#8217;ego, attachements. L&#8217;exemple le plus frappant de ce processus de transformation est l&#8217;effet du dhikr sur la peur et l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9, deux sentiments qui souvent attaquent le chercheur sur la voie. Tr\u00e8s souvent, la r\u00e9p\u00e9tition du nom peut faire dispara\u00eetre ces sentiments, ou bien en diminuer leur effet. <br \/> Le processus de transformation englobe aussi le corps physique du chercheur. Chaque atome de la cr\u00e9ation chante inconsciemment son nom et aspire \u00e0 l&#8217;union avec Lui. Le dhikr infuse ce d\u00e9sir inconscient avec la lumi\u00e8re de la conscience, avec le d\u00e9sir conscient du chercheur de se souvenir du bien-aim\u00e9. La lumi\u00e8re cach\u00e9e dans l&#8217;obscurit\u00e9 de la mati\u00e8re r\u00e9pond \u00e0 cet appel, \u00e0 cette pri\u00e8re constante, et commence alors \u00e0 vibrer \u00e0 une fr\u00e9quence sup\u00e9rieure. Ainsi, le corps physique se re-aligne progressivement avec ce niveau sup\u00e9rieur du moi, chaque atome commence alors a chanter l&#8217;hymne du retour a la source. On trouve une tr\u00e8s belle illustration de ce processus de transformation dans ce r\u00eave o\u00f9 le corps se transforme en c\u0153ur, puis chaque atome devient une note de musique: <br \/> <em> <br \/>Je fis un r\u00eave o\u00f9 mon corps se transformai en un c\u0153ur, compose de toutes ces cavit\u00e9s. Le c\u0153ur voyageait dans un vaste univers. Pendant ce voyage, le c\u0153ur se retournait de l&#8217;int\u00e9rieur vers l&#8217;ext\u00e9rieur, et inversement, sans manquer un seul battement entre chaque retournement. Le voyage semblait infini, le c\u0153ur ressemblant \u00e0 un astro\u00efde lancer \u00e0 toute vitesse \u00e0 travers l&#8217;espace. <br \/>Puis, les atomes de mon corps commenc\u00e8rent a prendre les couleurs de notes de musique bleu et or. Ce processus se fit d&#8217;abord graduellement, atome par atome, puis s&#8217;acc\u00e9l\u00e9ra jusqu&#8217;\u00e0 ce que mon corps entier fut compos\u00e9 de ces notes bleu et or. <br \/>J&#8217;\u00e9tais comme suspendu au-dessus de mon corps, regardant ce processus s&#8217;accomplir. Au fur et a mesure que ce processus progressait, la forme de mon corps devenait de moins en moins distincte. Un rayonnement bleu et or semblait alors \u00e9maner de mon corps tandis que l&#8217;on distinguait de moins en moins les notes. <br \/>Je me r\u00e9veillai alors, avec un fort sentiment de pl\u00e9nitude. Les limites de mon corps semblaient \u00eatre hors de leurs limites usuelles, retournant progressivement \u00e0 leur limites habituelles. <br \/> <\/em> <br \/>Dans notre c\u0153ur, nous sommes unis au Bien-Aim\u00e9. Notre battement de c\u0153ur fait partie du grand rythme de la cr\u00e9ation. Mais pour la plupart des hommes, c&#8217;est un souvenir enfoui si profond\u00e9ment en eux, qu&#8217;il en a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9. Lorsque nous nous effor\u00e7ons consciemment de nous souvenir de Lui, la m\u00e9ditation et la pratique du dhikr vient alors r\u00e9veiller cet \u00e9tat pre-existant de conscience de l&#8217;Unit\u00e9. Notre c\u0153ur s&#8217;ouvre alors, nous permettant de ressentir l&#8217;harmonie entre ce rythme et la m\u00e9lodie de l&#8217;Univers. Progressivement, cette harmonie interne se fait ressentir dans tout le corps, transformant chaque atome de notre corps en une note de la symphonie de la cr\u00e9ation. Du fond de notre c\u0153ur, jusqu&#8217;aux extr\u00e9mit\u00e9 de nos doigts et de nos plantes de pieds, tout notre \u00eatre s&#8217;uni dans ce chant unique, tout entier offrande de la cr\u00e9ation au Cr\u00e9ateur. <\/p>\n<p> <strong>Compagnie<\/strong> <br \/>Pour l&#8217;amoureux se trouve une grande joie dans la r\u00e9p\u00e9tition du nom de son Bien-Aim\u00e9 invisible, \u00e0 la fois si proche et si \u00e9loign\u00e9. Lorsqu&#8217;Il est proche, il est merveilleux de pouvoir lui rendre gr\u00e2ce pour tous les bienfaits dont il nous comble, pour la douceur de Sa compagnie. Lorsqu&#8217;il est absent, de pouvoir invoquer Son nom, a chaque respiration, nous aide \u00e0 supporter la douleur de la s\u00e9paration. Lorsque l&#8217;on se trouve en difficult\u00e9, Son nom nous rassure, nous aide, et peut nous donner la force de r\u00e9duire l&#8217;\u00e9cart qui nous s\u00e9pare de Lui. Lorsqu&#8217;on invoque Son nom, Il devient pr\u00e9sent, m\u00eame si les \u00e9preuves que l&#8217;on traverse nous donne l&#8217;impression qu&#8217;il est loin de nous. Il aide ses serviteurs quand Il le peut, et dans les moments les plus difficiles, Il peut nous sauver la vie. <br \/>Allah aime ceux qui l&#8217;aiment, et Il se souvient de ceux qui se souviennent de Lui. A travers le dhikr, nous ravivons le lien qui avait toujours exist\u00e9 entre Lui et nous, et devenons conscient de nos plus profonds secrets li\u00e9s \u00e0 la vraie unit\u00e9. Le nom que nous r\u00e9p\u00e9tons est le nom par lequel nous Le connaissions avant d&#8217;\u00eatre n\u00e9. C&#8217;est le nom qui est grav\u00e9 dans nos c\u0153urs. Le dhikr am\u00e8ne le domaine du c\u0153ur dans le monde temporel, nous permettant aussi de retourner vers Lui. Peu a peu nous devenons conscients de la profondeur de ce lien, et a quel point dans notre c\u0153ur nous sommes toujours unis a Lui. <br \/> Le nom r\u00e9v\u00e8le ce qu&#8217;il nomme, et l&#8217;amoureux commence \u00e0 r\u00e9aliser qu&#8217;il n&#8217;existe rien d&#8217;autre que Dieu: <br \/> <em> <br \/>Dieu a cr\u00e9er le nom Allah comme un miroir pour l&#8217;homme afin que lorsqu&#8217;il y plonge son regard, il comprenne le vrai sens de &#8220;Dieu \u00e9tait, et il n&#8217;y a avait rien d&#8217;autre que Lui&#8221;, et \u00e0 cet instant lui est alors r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que son ouie est l&#8217;ouie de Dieu, sa vue, la vue de Dieu, sa parole, la parole de Dieu, sa vie, la vie de Dieu, son savoir, le savoir de Dieu, sa volont\u00e9, la volont\u00e9 de Dieu, et son pouvoir, le pouvoir de Dieu\u2026(Nicholson 1921, pp. 113). <br \/> <\/em> <br \/>En r\u00e9p\u00e9tant Son nom, l&#8217;amoureux s&#8217;identifie \u00e0 son Bien-Aim\u00e9, qui se trouvait cach\u00e9 dans son propre c\u0153ur. Le Bien-Aim\u00e9 aime \u00e0 entendre Son nom sur les l\u00e8vres et dans les c\u0153urs de Ses amoureux, et comme r\u00e9ponse, Il \u00f4te progressivement les voiles qui le s\u00e9pare d&#8217;eux. L&#8217;amoureux Le trouve alors non-seulement dans son c\u0153ur, mais aussi dans le monde ext\u00e9rieur, car comme il est dit &#8220;o\u00f9 que vous vous tourniez, la face d&#8217;Allah est la&#8221; (Coran, 2:115). <br \/>Le Bien-Aim\u00e9 devient alors le compagnon de l&#8217;amoureux. L&#8217;amoureux devient aussi le compagnon de Dieu, car comme il est dit: &#8220;l&#8217;\u0153il qui voit Dieu est aussi l&#8217;\u0153il par lequel Il regarde le monde&#8221; (Schimmel, 1975, pp. 203). Cette relation d&#8217;amiti\u00e9 appartient \u00e0 l&#8217;autre monde, cependant elle est v\u00e9cue dans ce monde ci. C&#8217;est l&#8217;amiti\u00e9 la plus profonde qui existe, et qui demande une implication totale de la part de l&#8217;amoureux. Nous sommes Ses serviteurs, et Il aime \u00eatre connu en tant que &#8220;serviteur de Ses serviteurs&#8221;. <br \/>Gr\u00e2ce au dhikr nous ajustons notre \u00eatre \u00e0 la fr\u00e9quence de l&#8217;amour. Nous embrassons aussi bien la douleur de la s\u00e9paration que la joie de le conna\u00eetre. Nous pronon\u00e7ons le nom de notre Bien-Aim\u00e9 car cela nous rappelle Celui dont nous nous languissons. Lorsque nous crions Allah du fond de notre c\u0153ur, c&#8217;est \u00e0 la fois une pri\u00e8re et la r\u00e9ponse \u00e0 cette pri\u00e8re. Nous l&#8217;appelons car nous ne l&#8217;avons pas oubli\u00e9, et se rappeler de Lui dans ce monde, c&#8217;est \u00eatre constamment en sa pr\u00e9sence. Le c\u0153ur lui le sait, m\u00eame si l&#8217;intellect et l&#8217;ego ne le savent pas. Roumi nous raconte cette histoire d&#8217;un fid\u00e8le qui alors qu&#8217;il priait, voit appara\u00eetre Satan qui lui dit: <br \/> <em> <br \/> &#8220;Depuis combien de temps crie tu &#8216;O Allah&#8217; ? Arr\u00eate donc, car tu n&#8217;obtiendras aucune r\u00e9ponse. <br \/>Le fid\u00e8le se tint silencieux, jusqu&#8217;au moment o\u00f9 il eut la vision du proph\u00e8te Khidr, qui lui dit: &#8220;Pourquoi donc as-tu cess\u00e9 d&#8217;appeler Dieu ?&#8221; <br \/> Car je n&#8217;ai jamais entendu la r\u00e9ponse &#8220;Me voil\u00e0&#8221; me parvenir, r\u00e9pondit-il. <br \/> Khidr lui r\u00e9pondit: &#8220;J&#8217;ai re\u00e7u l&#8217;ordre divin de venir te voir afin de d\u00e9livrer le message suivant: <br \/>Ne vous ais-je point appel\u00e9 afin de me servir ? Ne vous-ais-je point occup\u00e9 avec mon Nom ? Ton invocation &#8220;Allah&#8221; contient la r\u00e9ponse &#8220;Me voil\u00e0&#8221;. De tous ces pleurs, ces larmes et ces supplications, j&#8217;\u00e9tais l&#8217;aimant, et je leur ai donn\u00e9 des ailes&#8221;. <br \/> (Nicholson, 1989, pp. 113) <br \/> <\/em> <br \/>On retrouve un th\u00e8me similaire dans l&#8217;histoire suivante. Une femme fit un r\u00eave o\u00f9 elle hurlait au clair de lune, ressentant une d\u00e9tresse terrible car aucune voix ne r\u00e9pondait \u00e0 son appel. Plus tard elle r\u00e9alisa que l&#8217;amour dans son aspect intime le plus profond consiste en ce que notre appel est Son appel vers lui-m\u00eame. En l&#8217;appelant nous partageons le myst\u00e8re de Sa cr\u00e9ation : Lui, qui \u00e9tait Unique et Seul voulait \u00eatre aim\u00e9, ce pour quoi il cr\u00e9a le monde. <br \/>Notre langueur pour Lui, ainsi que nos invocations sont le sceau de l&#8217;amiti\u00e9 qui nous lie. Nous sommes Ses amoureux, et nous gardons notre attention toujours port\u00e9e sur Lui. Lorsque nous tournons nos c\u0153urs vers Lui, nous reconnaissons aussi bien pour nous-m\u00eame que pour le monde entier, le lien d&#8217;amour qui unit le cr\u00e9ateur avec Sa cr\u00e9ation. Nous nous abandonnons alors a l&#8217;amour: <br \/> <em> <br \/>Certes, il existe des serviteurs parmi mes serviteurs qui m&#8217;aime et que j&#8217;aime, qui Me d\u00e9sire et que Je d\u00e9sire, qui Me regardent et que Je regarde\u2026On les reconna\u00eet a ce qu&#8217;ils pr\u00e9servent l&#8217;ombre durant le jour avec autant de compassion qu&#8217;un berger garde ses moutons, puis ils attendent avec impatience l&#8217;heure du coucher du soleil, de m\u00eame que les oiseaux s&#8217;impatientent de rejoindre leurs nids au cr\u00e9puscule, et lorsqu&#8217;il que la nuit vient, que les ombres se confondent, que les lits sont d\u00e9faits, et que chaque amoureux est en compagnie de son bien-aim\u00e9, alors ils se tiennent debout, puis face contre terre m&#8217;appellent avec Mes mots, me flattent avec Ma gr\u00e2ce, tant\u00f4t g\u00e9missant, tant\u00f4t pleurant, parfois dans un \u00e9tat de b\u00e9atitude, parfois se plaignant, parfois debout, assis, a genou, ou se prosternant, et je suis t\u00e9moin de ce qu&#8217;ils endurent pour Moi, et j&#8217;entends leurs plaintes suite a Mon amour pour eux. <br \/> (Schimmel 1975, pp. 139) <\/p>\n<p> <\/em> <br \/> <em> <br \/>Article extrait du magazine SUFI n\u00b0 19 Automne 1993, pp. 26 &#8221; The Dhekr as an Archetype of Transformation&#8221;. Adapt\u00e9 de The Bond with the Beloved: The Mystical Relationship of the Lover and the Beloved, Invernes, California: The Golden Sufi Center, 1993. <br \/> <\/em> <\/p>\n<p> <strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong> <\/p>\n<p> Lao Tsu (1973). Tao Te Ching, Gia-Fu Feng and Jane English (trans.), Aldershot: Wildwood House Ltd. <br \/> Liebert, D. (1981). Rumi, Fragments, Ecstasies, Santa Fe, New Mexico: Source Books. <br \/> Nicholson, R.A. (1921). Studies in Islamic Mysticism, Cambridge: Cambridge University Press. <br \/> _____ (1989). The Mystics of Islam, London: Arkana. <br \/> Schimmel, A. (1975). Mystical Dimesions of Islam, Chapel Hill: University of North Carolina Press. <br \/> Tweedie, I. (1987). Daughter of Fire, Nevada City: Blue Dolphin Press. <br \/> Wilson, P.L. and Poujavady. (1987). The Drunken Universe, Grand Rapids: Phanes Press. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lewellyn Vaughan-Lee Par Lewellyn Vaughan-Lee Son plus grand nom Le dhikr est la r\u00e9p\u00e9tition d&#8217;un nom ou d&#8217;une phrase sacr\u00e9e.&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1387","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1387","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1387"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1387\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1387"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1387"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/journalsoufi.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1387"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}