Lectures Soufies...

L'oiseau

Cela faisait plusieurs heures que le chasseur était tapis derrière un buisson, près d’un piège qu’il avait posé avec le plus grand soin à l’arrière de sa maison. Mais sa patience allait enfin être récompensée. Alors qu’il prêtait l’oreille, il entendit le bruissement des feuilles autour du piège, puis le claquement du clapet se refermant.
Quand il ouvrit le piège pour y voir son contenu, il y découvrit un oiseau des plus étrange qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il l’attrapa par les pattes et le sortit délicatement. A sa plus grande surprise, quand il s’approcha pour mieux le voir, l’oiseau se mit soudain à parler.
" Ô Noble Seigneur " dit l’oiseau au chasseur, " sans doute, nombreux sont les moutons et les gazelles, ainsi que les chameaux et les bœufs que vous avez attrapé et sacrifié à votre faim. Cependant, vous n’avez été rassasié par aucun d’eux. Je ne suis qu’un petit oiseaux contenant peu de chair, et festoyer sur mon pauvre corps ne vous procurera pas plus de satisfaction."
" Cependant si vous êtes d’accord pour me laisser partir, je vous accorderai trois paroles de sagesses, conseils que vous trouverez très instructif, je vous le promets. Le premier de ces conseils, je vous le donnerai alors que je suis toujours entre vos mains, et ce afin que vous puissiez juger de la véracité de mes propos. Le deuxième conseil je vous le donnerai lorsque je serai perché sur ce toit, et le troisième conseil depuis ce grand arbre situé derrière le toit. Ceci, bien sur, si vous êtes d’accord et ne décidez pas de me manger."
A défaut de meilleur jugement, mais intrigué par la proposition de l’oiseau, le chasseur hocha la tête en signe d’agrément, se demandant quels conseils l’oiseau pourra bien lui donner.
Après un cri, l’oiseau commença. "Voici donc le premier de mes trois conseils : Ne crois jamais en une absurdité, peu importe qui te l’a dit – un roi ou un esclave, un riche ou un pauvre, un philosophe ou un fou."
Fidèle à sa parole, après avoir entendu le conseil de l’oiseau, le chasseur lâcha prise et l’oiseau s’envola sur le toit de la maison du chasseur.
" Mon deuxième conseil est le suivant : N’ai pas de peine pour ce qui est passé et qui n’est plus, oubli repentance et regret pour ce qui a été et occupe toi uniquement du présent, en prêtant attention à ce qui se passe au moment présent."
Après une courte pause, l’oiseau continua : " Sache aussi cela mon ami, dans mon corps se trouve une pierre précieuse, d’un poids au moins égal à dix dirhams, un trésor rare et sans prix, qui n’a pas son égal en éclat et en beauté."
" La vérité est que ce bijou aurait put faire votre fortune ainsi que celle de vos enfants. Vous avez cependant perdu cette pierre précieuse, or vous ne pourrez jamais en retrouver de pareille de part le monde, car il n’en était pas de votre sort, de votre destin, de la recevoir. Et maintenant, vous ne pouvez rien faire pour changer le cours de votre destin."
En entendant ces propos, le chasseur se mit à se tirer les cheveux, à gémir et se lamenter comme une femme sur le point d’accoucher.
" Ô, qu’ais-je donc fait, qu’ais-je donc fait ? » se mit-il à répéter continuellement, ne pouvant se contenir."
" Monsieur l’ignorant ", l’oiseau continua en poussant un cri, " est-ce que je ne vous ai pas à l’instant prévenu en vous disant « abandonne regrets et repentance pour le passé, pour ce qui ne peut plus être changé. Puisque cela est passé et terminé, pourquoi éprouvez-vous du chagrin ? Ou bien vous n’avez pas compris le conseil que je viens juste de vous donner, ou bien vous etes sourd ? "
" En fait, vous avez aussi échoué à appliquer mon premier conseil – de ne pas croire ou accepter une absurdité, peu importe qui l’énonce. O, puissant chasseur, comment pouvez vous être aussi crédule ? Je suis moi-même loin de peser 10 dirhams, alors comment pourrait-il y avoir une perle pesant 10 dirhams dans mon corps ? Cette idée est totalement absurde ! "
Lorsque le chasseur entendit les propos de l’oiseau, il retrouva soudainement ces sens et se calma.
"Dites-moi donc, O être de plumes, quel est votre troisième et excellent conseils. Car vous m’en devez toujours un, n’est-ce pas ? Je mérite au moins cela après tous ces égarements."
"Mon ami, qu’avez-vous fait des conseils précédents pour que je prenne la peine de vous donner le troisième ? Pourquoi gaspiller mon souffle ? Je ne suis pas aussi fou que vous !"
Sur ce, l’oiseau s’envola pour ne plus jamais être revu par le chasseur.


Offrir un conseil à un ignorant,
assoupi et inconscient,
Est comme planter une semence dans une terre infertile.
L’habit déchiré de l’ignorance
Et de la folie
Ne peut jamais être recousu.
Ne tente point, O donneur de conseil, de planter
la graine de la sagesse
dans un fou :
Laisse le donc à sa folie !


Conte extrait du Mathanawi

Leave your comments

0
terms and condition.
  • No comments found

© 2013 JournalSoufi - Tous droits réservés.

Back to top